‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 108 sur 177 · I.A RENAISSANCE · texte numérisé non relu

I.A RENAISSANCE

vénitien déclarait n'avoir rien vu qui surpassât « ce bel édifice avec ses créneaux dorés, ses ailes couvertes de plomb, ses pavillons, ses terrasses et ses galeries, ainsi que les poètes décrivent le palais de Morgane ou d’Alcine », et Charles-Quint y trouvait « un abrégé de ce que peut effectuer l’industrie humaine ». Des artistes du pays, Sourdeau, Pierre Nepveu, Cocqueau, en furent les architectes. Pierre Chambiges travaille au château de Saint-Germain, Jacques et Guillaume Le Breton élèvent celui de Villers-Cotterets. Au château de Madrid, maintenant détruit et qui se trouvait au bois de Boulogne, l'influence italienne est plus marquée, bien que les architectes soient encore des Français, Gadier, Gratien François. Il en est de même à Fontainebleau où a travaillé surtout Gilles Le Breton, qui dirigea les travaux de 1 5 28 à 1 5 5 2 et qui succédait à Pierre Chambiges. A côté de Ces demeures royales (et je n'ai cité que les plus importantes), combien de châteaux seigneuriaux seraient à nommer : Chen unceaux, Bury, Châteaudun, Azay-le-Rideau, etc. ! Entre toutes, la région de la Loire est riche en beaux châteaux du xvte siècle.

Le style nouveau, style vraiment français, se propage aussi dans les villes; on l’emploie pour les hôtels particuliers (hôtel archiépiscopal de Sens, hôtels Ecoville à Caen, et Bourgthéroulde à Rouen, maison dite d’Agnès Sorel à Orléans), pour les hôtels de ville (Orléans, Beaugency). Celui de Paris, où travaillèrent Chambiges et le Boccador, fut commencé en 1 5 3 3 , mais les travaux n’avancèrent d’abord que lentement et il ne fut achevé qu’au commencement du xviie siècle. Il fut brûlé sous la Commune, mais Ballu et Deperthes l’ont restitué aussi fidèlement que possible. Parmi les monuments de Paris qui remontent à cette époque, je citerai encore la tour Saint-Jacques, l’hôtel Carnavalet, qu’on attribue à Pierre Lescot et à Jean Bullant, la maison de François Ier, pavillon de chasse construit à Moret, qui a été transporté à Paris sur le Cours >a Reine.

Philibert de l’Orme, Pierre Lescot, Jean Bulunt. — Dans la seconde moitié du xvi* siècle, sous la protection de Henri II et de Catherine de Médicis, s’élèvent de grands monuments dont les auteurs sont les

L ART IÎN FRANCE A «J XVe RT AU XVIe SIÈCLE.

représentants les mieux connus de l’architecture française de ce siècle. Artistes considérés, ayant rang à la cour, en relations avec les lettrés, ils ' sont plus savants théoriciens et font un emploi plus raisonné des formes étrangères; mais ils laissent encore une large part à la fantaisie, à l’élégance gracieuse, et maintiennent à leurs œuvres un caractère national.

Philibert de l'Orme (né vers i 5 17, mort en 1570), a visité Rome de bonne heure et mesuré, luimême nous l’apprend, les édifices antiques. Il devient sous Henri II, dès 1 548, architecte du roi et inspecteur des bâtiments royaux; quelque temps disgracié

après la mort F,G’ '47' “ LANTERNE Dü CHATEAÜde Henri II, il (Chambord.,

rentre en faveur auprès de Catherine de Médicis. Ses écrits ( Nouvelles inventions pour bien bâtir , 1 5 6 1 ; Premier tome de l'architecture , 1 5 67) montrent avec quel soin il avait étudié la construction et uni aux vieilles tra-

LA RENAISSANCE

ditions des maîtres français la connaissance des ordres antiques. S’il parle des voûtes en croisée d’ogives, il ajoute qu’elles « ont été trouvées fort belles et s’en voit de bien exécutées et mises en œuvre ». Il ne veut point décrier ce style que les ouvriers, dit-il, appellent « la mode française ». Ces mêmes préoccupations se retrouvent dansses œuvres ; les plus importantes furent le château d’Anet et les Tuileries.- Le château d’Anet, construit pour Diane de Poitiers, ruiné depuis, a été récemment restauré. Quant auxTuileries, dont il fut chargé en 1 56q par Catherine de Médicis, il ne put en exécuter qu’une partie. Aux ordres gréco-romains, if mêle ce qu’il appelle « la colonne française », où les joints des tambours sont ornésde colliers sculptés.

Dans tous les détails, dans l’ornementation, se retrouve ce double caractère d’imitation et d’originalité. Surtout, il veut que les constructions soient logiques et répondent à leur destination, jugeant « qu il vaudrait mieux ne savoir faire ornefnents ni enrichissements de murailles ou autres, et entendre bien ce qu’il faut pour la santé et conservation des personnes et des biens ». Après lui, les Tuileries furent continuées par Jean Bullant, qui

Page 1