FIG. 148. — LE LOUVRE
l’art EN FRANCE AU XVe ET AU XVIe SIÈCLE. 285
avait tràvaillé au château d'Ecouen pour le conne'table de Montmorency. Lui aussi avait visité l’Italie, et le souvenir de ses études est consigné dans un de ses traités : Règle générale d' architecture des cinq manières de colonnes... à l'exemple de l'antique , suivant les règles et doctrine de Vit ruée, i568.
Pierre Lescot (de i5ro environ à 1578), ami du poète Ronsard, architecte de François Ier et de Henri II, a été chargé, en i 546, du nouveau Louvre (tig. 148) que François Ier voulait substituer au château de Charles V. On a souvent
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(D'après une vue cavalière de Du Cerceau.)
discuté sur la part précise qui lui revient dans l’ensemble dè l’édifice : il est certain qu’il a travaillé à l’aile occidentale et à l’aile méridionale de la grande cour, sans pourtant les achever. La postérité a ratifié le jugement qu’en portait un architecte contemporain : « Cette face de maçonnerie est tellement enrichie de colonnes, frises, architraves et toutes sorte d’architecture avec symétrie ,et beauté si excellente, qu’à peine, en toute l’Europe, ne se trouvera la seconde ».
Après ces grands maîtres on ne saurait, sans ingratitude, oublier Jacques Androuet Du Cerceau, qui a publié de nombreux recueils précieux pour la connaissance de l’architecture et la décoration au xvi” siècle. Dans le plus important de tous, les Plus excellais bastimens de France ,
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1576 et 1579, il a reproduit les édifices célèbres de son temps, les châteaux surtout, dont beaucoup ont été depuis modifiés ou détruits (fig. 149).
Bon nombre de recueils de Du Cerceau sont remplis de relevés ou de compositions d’après l’antique, d’ornements étrangers. En effet, à mesure qu’on avance, l’invasioq de ces éléments dans notre architecture devient plus sensible. L’architecture religieuse y avait longtemps résisté; jusqu’au milieu du xvie siècle, elle cta.it presque partout restée gothique, n’empruntant que çà et là quelque détail à l’antiquité : Saint-Maclou à Rouen, Notre-Dame du Brou à Bourg, Saint-Germain-l’Auxerrois à Paris, en sont des exemples. Déjà, au chœur de Saint-Pierre de Caen, vers 1 5 2 5 , par Hector Sohier, à Saint-Eustache de Paris, dont la construction commença en 1 5 3 2, à Saint-Etienne-du- Mont dont les travaux furent entrepris en i5o6, et dont le jubé mérite l’attention, dans les églises dé Gisors, de Vétheuil, à Saintc-Clodilde des Andelys, œuvre de Pierre Lemercier, etc , la transition est plus marquée et, dès la fin du siècle, on pressent la rupture définitive qui va s’ac- f complir avec le moyen âge.
La sculpture. — En sculpture, l’influence italienne au xvi6 siècle s’est de bonne heure manifestée. Le tombeau de Charles VIII à Saint-Denis était l’œuvre de Paganino. A Gaillon, plusieurs sculpteurs employés par le cardinal d’Amboise viennent d’au delà des Alpes; à Fécamp, toute une série de sculptures ont été exécutées, en i5o8, parle Génois Girolamo Viscardo; on trouve des Italiens jusque dans l’atelier de Michel Colombe. A Tours même s’établit, sous Louis XII, une véritable colonie italienne, la famille desJuste: ilsexécutent le tombeau de l’évêque Thomas James à Dol, une partie des sculptures de Gaillon, le tombeau de Louis XII et d’Anne de Bretagne (Saint-Denis), etc. Sous François Ier, c’est le tour de Benvenuto Cellini, de Paul Ponce Trebatti; plus tard, du Florentin Dominique, qui travaille à Paris, à Fontainebleau, à Joinville, à Troyes, etc. Bien des œuvres anonymes se rattachent directement ou indirectement à ces étrangers. Cependant l’école de sculpture française se maintient et, parmi ceux même qui goûtent le charme de l’art italien, plus d’un reste original.
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Tel est Jean Goujon, qu’on entrevoit pour la première fois en 1540-1541, travaillant à Saint-Maclou de Rouen. En 1542, il est à Paris, occupé au jubé de Saint-Germainl’Auxerrois; un peu plus tard le connétable de Montmorency l’emploie à Écouen , enfin il est attaché a la décoration du Louvre A partir de 1 56a, on perdait sa trace, et l’on a souvent raconté qu’il avait péri lors de la Saint-Barthélemy.
FIG. l5o. — JEAN GOUJON. — DIANE DU CHATEAU d’aNET. — (Louvre.)
Des documents récemment découverts établissent qu’il avait quitté la France, peut-être parce qu’il était protestant; en 1564, il était établi à Bologne; il mourut avant i568. Ami de Lescot, avec lequel il collabora plusieurs fois, lecteur de Vitruve, dont il illustra une traduction, Goujon est souvent désigné comme architecte dans les documents du temps; aussi s’entendait-il admirablement dans l’art d’accommoder ses figures aux lignes et aux dispositions des édifices et a-t-il au plus haut degré le sentiment de la décoration. Ses meilleures œuvres sont: la Diane qui se trouvait à Anet (fig. i5o), les Nymphes de la fontaine des