CHAPITRE PREMIER
I.’aRI EN FLANDRE, EN HOLLANDE, EN ANGLETERRE, EN ITALIE ET EN ESPAGNE AU XVIIe ET AU XVIIIe SIECLE
Sommaire. — A la fin du xvie siècle et au commencement du xvne, le principal centre artistique de l’Europe est en Flandre et en Hollande. Il s’y développe une école vigoureuse et plantureuse, tout imprégnée de vie locale. En Flandre, le principal représentant en est Rubens, dont le génie fécond s’épanche dans les oeuvres les plus diverses La vie, la couleur y débordent. Van Dyck, son élève, d’une distinction plus froide et plus correcte, est surtout un grand portraitiste. Jordaens et Téniers représentent de préférence des scènes de la vie bourgeoise et populaire. Tous se distinguent par leurs qualités de coloris.
En Hollande, le développement de l’école de peinture date de l’affranchissement de la domination espagnole. Rembrandt, dans ses portraits, dans ses compositions, excelle à dégager l’expression morale de chaque figure en même temps que, par l’exécution, il tire de la lumière, du clair-obscur, des effets d’une extraordinaire puissance. Aucun peintre peutêtre n’a eu une originalité tout à la fois aussi forte et aussi complexe. L’école hollandaise, plus encore que l’école flamande, s’attache aux sujets populaires, parfois les plus
LFS TEMPS MODERNES.
vulgaires (Frans Hais, Brauwer, Van Ostade, etc.). Elle crée aussi un genre tout nouveau sous la forme qu’elle lui donne, le paysage familier, l'étude des sites de la nature rendus dans leur simplicité vraie ou leur poésie grandiose : Ruysdaël, Hobbema sont les deux plus grands paysagistes de ce temps.
C’est aussi la grande époque de l’école espagnole. Velâzquez en est le maître par excellence; dans ses portraits, dans ses tableaux de la vie populaire il se distingue par sa sincérité et sa finesse, par sa science de la lumière.
En Italie persiste l’amour des arts, mais le goût n’est plus sûr, l’originalité n'est plus franche. Les meilleurs peintres de ce temps, Annibal Carrache, le Dominiquin, l’Albane, Michel-Ange de Caravage, ne sont plus, à tout prendre, que des maîtres de décadence.
Situation df, la Flandre. — Au xvie siècle, la Flandre avait subi de dures épreuves. Héritier des ducs de Bourgogne, Charles-Quint y avait favorisé le développement de la prospérité; mais après lui, quand le protestantisme se propagea aux Pays-Bas, Philippe II et le terrible duc d'Albe cherchèrent à l’étouffer dans le sang. Les provinces du Nord, plus opiniâtres, parvinrent à s’affranchir de la domination espagnole et "à se constituer en république : ainsi se forma la Hollande; celles du Sud, la Flandre et les pays wallons, se soumirent : le catholicisme y triompha. Le pays semblait ruiné, mais la vitalité y était énergique, les sources de richesse abondantes. Philippe II, en 1598, concède aux Pays-Bas un gouvernement particulier; les archiducs Albert et Isabelle s’efforcent de réparer les maux du passé et de se rendre populaires par leur modération. De plus, ils furent les princes amateurs de peinture qui convenaient à ce pays et à cette époque. L’archiduc composa une collection de tableaux qui fut un véritable musée, et Otto Vœnius, Brueghel, Rubens reçurent le titre de peintres de la cour.
C’est donc comme un renouveau dans l’histoire de la Flandre : la civilisation s’y épanouit, ample et féconde; le goût du bien-être matériel, des joies franches et grasses, s’y marque fortement; le catholicisme raffermi élève un grand nombre de riches monastères, d’églises de style
jésuite et favorise ainsi le développement de la peinture décorative et religieuse.
Rubens — Alors parait le puissant génie en qui se personnifient toutes les forces de l’art flamand. Rubens ( i 577-
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son naturalisme et son goût delà couleur éclatante, est le continuateur de l’école nat i o n a 1 e ; mais, selon la mode du temps, il a visité l’Italie et il y a même séjourné huit ans. Déjà se montre l’origin a lité de son tempérament :
ce sont les Vénitiens, les grands maîtres de la couleur, jqu’il étudie de préférence. Les
œuvres de la Renaissance italienne lui ont appris ce qu’il ne trouvait pas en Flandre: l’art d’ordonner avec majesté une grande peinture décorative. De retour à Anvers (1608), nommé peintre des archiducs, il se fixe définitivement dans son pays. Désormais c’est là, dans une activité régulière et féconde que se déroulera cette triom-
Cl. Giraudon.