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FIG. 154. — RUBENS. — DESCENTE DE CROIX

(Cathédrale d’Anvers.)

2<j8 LES TEMPS MODERNES.

phante carrière pleine d’œuvres, pleine aussi de succès et d'honneurs, qui se prolonge pendant plus de trente années. Entouré d’admirations, riche, heureux, vivant en prince, Rubens joue meme un rôle politique; Philippe IV le charge d’ambassades importantes, il est envoyé à Londres et négocie la paix entre l’Espagne et l’Angleterre (i63o). Mais il entend rester peintre avant tout, et, au milieu de cette existence en apparence si facile et si fastueuse, il multiplie sans relâche les grandes œuvres. On compte de lui plus de 2000 tableaux (il est vrai qu’il s’aida souvent de collaborateurs). Il semble qu’il produise naturellement, par la libre expansion du génie. « Il créait comme un arbre produit ses fruits, sans plus de malaise ni d’elîort. » (Fromentin.) Et cependant tout ce qu'il fait est composé, d'une exécution, à la fois simple et savante, audacieuse et sûre. Peinture religieuse : Adoration des Mages , Pèche miraculeuse, à Malines; Mise en croix , Descente de croix, Communion de saint François, à Anvers; sujets mythologiques : Castor et Pollux enlevant les filles de Leucippe, à Munich; scènes populaires : la Kermesse, au Louvre; portraits : Chapeau de paille , à la Galerie nationale de Londres ; Portraits de sa femme Hélène Fourment, à Munich et au Louvre (fig. i 55), plusieurs autres portraits au Louvre, etc.; il aborde tous les genres avec la même verve.

Il n’est pas facile d’analyser son talent. On voit bien qu’il lui a manqué le souci constant de la noblesse et de la délicatesse dans les conceptions et le style. Rubens est un Flamand qui aime les formes robustes et plantureuses; volontiers, dans ses grandes compositions, il empruntera ses types aux mariniers du port d’Anvers ou aux servantes d’auberge. Pourtant ce n’est point là son unique idéal; il a peint bien des figures chez qui la force et la fraîcheur, n’excluent point la grâce, et souvent l’expression qu’il donne à ses personnages ne manque ni de sentiment ni de profondeur. Les belles œuvres religieuses de Rubens, si débordantes de vie, atteignent parfois à un haut degré de pathétique.

Il est grand coloriste, mais à sa façon, par la justesse naturelle du coup d'œil. Fromentin, qui l’a étudié en homme du métier, remarque la simplicité des moyens, le

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peu de couleurs qu’il emploie pour obtenir les effets les plus puissants. L’ampleur et la richesse de ses compositions n étonnent pas moins. On peut y trouver souvent trop d’agitation, une trop grande dépense de muscles, de chairs luxuriantes, de mouvements violents; mais l’ensemble est toujours d'une grande allure.

Les scènes de la vie de Marie de Médicis, exécutées pour le Luxembourg, et qui ont été placées récemmentau Louvre dans un cadre digne d’eiles, permettent de jugercombienil avait le sens de la grande peinture décorative.

L’Ecole de Rubens. — Autour de Rubens se groupent de nombreux collaborateurs et F disciples. Le plus i 11 ustre est Van Dyck (1599-1641). Au sortir de l’atelier du maitre, il voyage en Italie (1621-1625) et devient grand portraitiste en étudiant Titien. Puis, après sept années passées en Flandre, il part pour l’Angleterre ( 1 63 2) et s’y établit. Nomrnépar Charles Ier principal peintre ordinaire du roi et de la reine, il est à leur cour l’artiste à la mode, et tout grand

Cl. Giraudon.

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