FIG. 166. — VELASQUEZ. — LES BUVEURS
(Musée de Madrid )
dans diverses églises de Rome et des environs. L’Albane (1578-1660) cherche la grâce, les sujets aimables, qu’il emprunte surtout à la mythologie : souvent, au milieu de paysages frais et ombreux, il place des figures nues de petites proportions, taches blanches qui s’enlèvent sur un fond plus sombre ( Toilette de Vénus, Vénus et Vulcain, Amours désarmés, au Louvre). L'influence de l’école bolonaise s’étend à toute l’Italie. Les artistes français qui viendront en Italie au xviic siècle la subiront à leur tour : les Carrache seront pour eux des maîtres à l’égal de Michel- Ange et de Raphaël. Dans l’autre camp, à la tête des natu-
ralistes, est Michel-Ange de Caravage (1569-1609), violent et brutal dans ses œuvres comme dans sa vie. Si même il traite des sujets religieux ( Mort de la Vierge , au Louvre), il donne à ses figures un caractère trivial; mais il préfère peindre des vagabonds et des aventuriers; son coloris affecte les tons sombres et noirs. Son influence est surtout puissante à Rome et à Naples; le naturalisme fait même des recrues dans l’école bolonaise, comme Guerchin (1590- 1 666). Entre les deux partis, la lutte est ardente : le pauvre Dominiquin, persécuté toute sa vie, fut peut-être empoisonné par ses rivaux à Naples. Le Napolitain Salvator Rosa (1615-1673) compose des paysages pittoresques et sauvages où il introduit des brigands, des soldats, parfois de furieuses mêlées ( Bataille , Paysages des Abru^es, au Louvre). 11 est inutile d’insister ici sur cette décadence, qui, par les Pierre de Cortone, les Luca Giordano, les Lanfranc, conduit aux Carlo Dolci et aux Maratta. Ces peintres ont souvent la main adroite; mais leurs œuvres sont, ou d’une emphase excessive, ou surtout d’une écœurante fadeur.
A Venise cependant, au xvui' siècle, quelques artistes encore doivent être signalés. Canaletto (1697-1768) et son élève Guardi sont comme les portraitistes de leur ville : ils en reproduisent les canaux, les palais, les églises, tous les aspects si divers, avec autant de fidélité que de finesse. Jean-Baptiste Tiepolo (1697-1770) reprend la tradition des grandes décorations chères à l’école vénitienne, et il y montre beaucoup de verve et d’habileté, d’ingéniosité pittoresque et lumineuse (nombreuses décorations à Venise et à Madrid, où il fut appelé).
L’Espagne. — En Espagne, par un contraste qui d’abord surprend, c’est au xvn* siècle, alors que décroissent la gloire et la prospérité du pays, qu’apparaît une école de peinture originale. Elle se développe grâce à la protection de rois qui s’intéressent aux arts, et de l’Église catholique désormais toute-puissante.
Au xvc siècle, l’influence flamande avait pénétré en Espagne. Au xvie siècle ce fut l’influence italienne qui y domina: ce sont surtout des artistes italiens qu’on trouve à la cour de Charles-Quint et de Philippe IL Peu à peu se
l’art EN FLANDRE ET EN ESPAGNE.
forme l’école nationale, dont Séville est le centre; hardi, emporté, Herrera le Vieux (1576-1656) contribue à l’affranchir de l’esprit d’imitation. De son atelier sort le maître
Cliché Giraudon.