‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 147 sur 177 · ÉDUCATION D'ACHILLE · texte numérisé non relu

ÉDUCATION D'ACHILLE

(Dessin d'F.. Delacroix.)

l’art depuis 1789.

avait devinés : de là dans son œuvre une série nouvelle de compositions, les Femmes d'Alger, la Noce juive.

Le gouvernement de Juillet lui fut relativement favorable; Louis-Philippe le protégea sans le comprendre et lui commanda des tableaux pour Versailles. De ce nombre est Y Entrée des croisés à Constantinople (fig. 1 94) (Louvre), une des oeuvres les plus brillantes du maître, une de celles où l’on peut le mieux apprécier son merveilleux sentiment du pittoresque. Thiers qui, dès 1822, avait reconnu son talent, le chargea enfin de ces grandes décorations monumentales telles qu’il en rêvait : à la Chambre des députés le salon du roi, puis la bibliothèque (cinq coupoles et deux hémicycles), où, dans un grandiose programme, il entreprit de retracer l’histoire de l’esprit humain. En dépit de tant de succès, les classiques le maintenaient à l’index; en 1837, il se présentait une première fois à l'Académie des beaux-arts, on l’écarta; il s’obstina, mais ne fut élu qu’en 1857, après cinq échecs.

Ingres. — C’est qu’en effet contre Delacroix, derrière lequel se presse l’armée jeune et turbulente des romantiques, Ingres, à la tête des académiciens, des classiques, défend les traditions et les règles. Né à Montauban en 1780, Ingres était arrivé à Paris en 1796, et il y était devenu l’élève de David. Fidèle aux principes du maître, il fut le grand-prêtre du culte de l’antiquité, mais avec un sentiment plus large du passé et une certaine intuition de l’art grec. Maintes fois il s’est plu à reconnaître ce qu’il devait à David. « David, écrivait-il, établit son enseignement sur les principes les plus élevés et les plus purs », ou encore : « David a été le seul maître de notre époque ». Cette admiration excessive s’explique par l’analogie des caractères aussi bien que des goûts : l’un comme l’autre avaient l’humeur despotique, l’esprit exclusif, l’ambition de régenter l’art et les artistes. Contre qui voyait, sentait autrement qu’eux, le dédain le plus acerbe, la lutte sans merci leur paraissaient un devoir profession nel.

Aux débuts de sa carrière, il est vrai, lorsqu’il vivait en Italie, Ingres céda quelque temps à l’attrait des anciens maîtres italiens. L’Académie lui reprochait de négliger l’antiquité, on le vit aussi traiter des sujets de l’histoire moderne [Henri IV et ses enfants , la Mort de Léonard de Vinci). Mais

l’art français AU XIX* SIECLE. 3S3

ce ne fut là qu’une courte période dans l’histoire de son talent, C’est par la fermeté intransigeante et âpre de ses convictions que, doué d'un talent irtcomplet, il est devenu un chef d’école si puissant. Il n’était encore que simple pensionnaire à Rome lorsqu’il peignit Œdipe et le Sphinx (fig. 196) (Louvre) : le héros, éphèbe au corps souple et fort, se penche à demi vers la caverne d’où sort le Sphinx. Quel constraste entre cette compositioni, calme et sipiple, et l’œuvre de début de Delacroix,

Dante et Virgile , si violente et si sombre ! Maisdéjà se montrent ici cette correction froide, cette pauvreté de coloris dont Ingres ne s’affranchira jamais et dont il prétendra faire une loi.

Ingres eut à subir de dures épreuves, il lui fallut de longues années pour s’imposer au public.

Jamais il ne se découragea ni ne

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