‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 149 sur 177 · FIG. 197. — INGRES. — APOTHÉOSE D'HOMÈRE · texte numérisé non relu

FIG. 197. — INGRES. — APOTHÉOSE D'HOMÈRE

(Musée du Louvre.)

l’art depuis 1789.

générations précédentes se sont calmées : on peut admirer Delacroix sans se croire tenu d’injurier la mémoire d'Ingres. Le sujet même du débat est mieux défini. S’il est permis de dire, dans une mesure relative, qu'Ingres représente l’école du dessin, Delacroix celle du coloris, du moins n’attache-t-on plus à ces formules une signification aussi exclusive; ainsi qu'on l’a écrit avec raison, « il n’y a pas, il ne saurait y avoir de purs dessinateurs et de purs coloristes ». Ingres n’a jamais prétendu qu’il ne fallait tenir aucun compte de la science de la couleur; lui-même ne semble guère l’avoir pratiquée, bien qu’il se figura naïvement y exceller, mais, s’il défendait à ses élèves l’étude néfaste de Rubens, il tolérait celle du Titien. Quant à Delacroix, ce n’était ni l'improvisateur fiévreux et désordonné, ni le dessinateur négligé et incorrect qu’ont dépeint ses détracteurs; il suffit de voir quelques-uns de ses admirables dessins, d’une vie, d’une expression si intense, pour être fixé sur ce point.

L’art df. Delacroix. — Mais il reste vrai qu’on ne saurait imaginer deux tempéraments plus opposés. Ingres incarne le respect des traditions, l’étude des œuvres du passé; il est maître de lui. plein de mesure; il a des doctrines rigoureusement établies, il est le gardien d’une religion orthodoxe dont Phidias, Raphaël, David sont les dieux. Au contraire, ce qui distingue Delacroix, c’est que, tout en réunissant dans une large et compréhensive admiration les chefs-d’œuvre du passé, il revendique l’indépendance de l’artiste, les droits de l’inspiration individuelle, le mépris des conventions et des traditions. « Là, écrit-il, où un peintre cherchera une expression, un style de convention, il sera tendu, il perdra son cachet; là où il s'abandonnera franchement à son originalité, qu'il s’appelle Raphaël, Michel-Ange, Rubens ou Rembrandt, il sera toujours sùr de sa puissance. » Et, parlant de lui-même : « Si l’on entend par mon romantisme la libre manifestation de mes impressions personnelles, mon éloignement pour les types calqués dans les écoles et ma répugnance pour les recettes académiques, je dois avouer que non seulement je suis romantique, mais que je l’étais déjà à quinze ans : je préférais déjà Prudhon et Gros à Guérin et à Girodet. »

Chez lui d’ailleurs, nulle affectation, nul souci de se poser

L'ART FRANÇAIS AU XIXe SIÈCLE. 3Sj

en révolutionnaire. « Voilà trente ans, disait-il un jour, que je suis livré, aux bêtes! » Mais il ne se drapait point avec

orgueil dans la rooe du martyre. Celui que ses adversaires traitaient de sauvage et de furieux était un hogime du

Page 1