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FIG. I98. DELACROIX. — UNE NOCE JUIVE AU MAROC

(Musée du Louvre.)

l’art depuis 1789.

monde, plein de courtoisie et d’esprit, fort goûté dans les salons où il charmait ceux qui détestaient le plus sa peinture. Il était ambitieux des consécrations officielles qu’on lui refusait; il s'obstina à être de l’Institut, il songea à devenir directeur des Beaux-Arts. Tandis que les romantiques l’acclamaient comme leur chef, lui faisait profession d’admirer Racine; fin lettré, il était classique. Mais, si l’art était en question, il lui échappait de vives appréciations qui devaient exaspérer la haine de ses adversaires. « Cette école d’Ingres, écrivait-il par exemple, a un travers bien particulier, c’est de vouloir faire de la peinture une dépendance des antiquaires y c’est de l’archéologie prétentieuse, ce ne sont pas des tableaux. » Mais ce qu’il reproche surtout à Ingres, c’est « l’absence de cœur, d’âme, de raison, enfin de tout ce qui touche mortalia corda ».

Dans le génie de Delacroix les qualités de coloris tiennent une large place. Sans doute on naît plus ou moins coloriste, mais il ne faudrait pas croire qu’il n’y ait là que don naturel où l’éducation et le travail n’entrent pour rien. Il existe une science des couleurs, de leurs ressources, de leurs oppositions: Delacroix la connaissait à fond. Il savait que telle d’entre elles en appelle telle autre, et que leur voisinage donne naissance à telle tonalité, qu’il y a un art de composition dans la façon dont on groupe les tons, aussi bien que dans la façon dont 011 groupe les personnages.

Ce qui avant tout assure sa grandeur et sa supériorité, c’est son âme d’artiste, si sensible, si puissante, qu’il a en quelque sorte épanchée dans ses œuvres. Nul n’a plus que lui le sentiment de la vie et du mouvement, l’intelligence des passions, nul ne les exprime avec plus de sincérité et de force dramatique. Mais il est si loin de toute préoccupation réaliste qu’il écrira : « La peinture ainsi que la musique sont au-dessus de la pensée; de là leur avantage sur la littérature par le vague » ; et ce n’est pas une boutade, il se plaît à le répéter.

Delacroix n’a pas eu d’élèves, à proprement parler, et il ne pouyait pas en avoir. On n’enseigne dans un atelier ni la passion, ni la fougue; quant à faire le maître de peinture, cela n’allait ni à son humeur ni à son caractère. Par contre, la plupart des grands artistes de l’école française du xix* siècle,

» l’art FRANÇAIS AU XIXe SIÈCLE.

s’ils n’ont point passé par son atelier, ont admiré, étudié ses oeuvres et relèvent de lui. Ingres, au contraire, a eu beaucoup d’élèves, mais, formés par sa tyrannique discipline, la plupart sont restés élèves toute leur vie. Hippolytc Flandrin cependant, sous l’influence de ses sentiments religieux, a su trouver une voie à lui. Ame tendre et mystique, il a fait de la peinture chrétienne avec quelque chose de cette ferveur pieuse qui animait un Fra Angelico, il s’est inspiré des primitifs Italiens et même des oeuvres les plus anciennes de l’art chrétien (peintures de l’église de Saint-Vincent-de-Paul, de Saint-Germain-des-Prés, à Paris).

Horace Vernet, Delaroche et Chassériau. — En dehors de la véritable armée romantique comme de l’école d’Ingres se placent deux peintres, Horace Vernet (1789-1863) et Paul Delaroche (1797-1856), dont la renommée fut fort grande. Le premier, héritier de cette dynastie qui commence à son grand-père, Joseph Vernet, a été l’artiste préféré de Louis-Philippe à qui devait plaire sa peinture facile. Horace Vernet exploite avec entrain le fonds de la peinture militaire, mais ses grandes toiles n’ont pas la puissance des œuvres de Gros. La plus célèbre, la Prise de la Smala (Versailles), encombrée de personnages, se décompose toute en épisodes. Delaroche, qui devint son gendre, ne lui ressemble guère. Artiste sérieux et consciencieux, il s’enfonce dans l’histoire pour y chercher des épisodes célèbres ou dramatiques dont il médite savamment la composition ( les Enfants d’Édouard, la Décapitation de Jane Grey , les Girondins, l'Assassinat du duc de Guise). Professeur à l’Ecole des Beaux-Arts, il y a exécuté dans l’hémicycle une vaste composition oü il a groupé les grands artistes de tous les temps et de tous les pays. Au centre, assis sur des sièges de marbre, Ictinos, Phidias, Apelles décernent des couronnes que distribue la Gloire. En avant, quatre femmes personnifient l’Art grec et l’Art romain, le Moyen Age et la Renaissance. L’œuvre est claire, d’une belle ordonnance, l’effet décoratif en est heureux, mais la correction en est un peu froide. Si la renommée d’Horace Vernet et de Delaroche a pâli, en revanche ces dernières années ont remis en lumière Chassériau ( 1819-1856), élève d’Ingres, mais qui sut s’affranchir d’une discipline étroite.

l’art depuis 1789.

Sa décoration de la Cour des comptes était vraiment une grande œuvre où il montra des qualités de force et de grâce et le sens de la composition. On trouve dans ses tableaux des délicatesses de coloris souvent exquises. De lui procéderont, dans une certaine mesure, Gustave Moreau et Puvis de Chavannes.

Les peintres romantiques. — Aux premiers rangs des adeptes du romantisme se place Ary Scheffer (1795-1858). Né en Hollande à l’époque de la conquête française, élève de Guérin et de Prudhon, c’était un poète à l’âme délicate. Fidèle au goût du jour, il emprunta ses sujets surtout à Dante, à Goethe, à Schiller {Francesca de Rimini, Dante et Beatrix , le Larmoyeur , la série des sujets tirés de Faust, etc.). Mais chez lui l’exécution est faible, le dessin lâche, la couleur terne. De plus, comme il fit un usage immodéré du bitume, bon nombre de ses tableaux peuvent à peine être devinés aujourd’hui. Moins célèbre, mais d’un tempérament plus vigoureux, Xavier Sigalon ( 1 788-1837) n’a pas donné tout ce qu’on pouvait attendre de lui. Sa plus belle œuvre, Locuste empoisonnant un esclave devant Néron (musée de Nîmes), exposée au Salon de 1824, fit sensation et mérite de rester célèbre par l’énergie de l’expression. Certains furent fameux un jour, comme Devéria, dont la Naissance d'Henri IV fut un événement au Salon de 1 827. Dans cette composition confuse on voulait voir du génie. Aux novateurs se ralliaient même des élèves de David comme Granet, qui peint avec un si juste sentiment des intérieurs à demi éclairés, des salles de couvents, de châteaux ou des cloîtres. Lébpold Robert ( 1 794- 1 835), né en Suisse, se rattache cependant à l’école française. Il sut se créer un domaine à lui; on allait en Italie pour y étudier des sculptures antiques ou les œuvres de la Renaissance, il y étudia les Italiens eux-mêmes, les pâtres, les brigands, les fêtes populaires : les Moissonneurs des marais Pontins , les Pêcheurs de /’ Adriatique (Louvre). Son dessin est précis, mais son coloris est faux, ses compositions manquent de naturel et la recherche du pittoresque y est trop marquée. Schnetz, bien que directeur de l’académie de France à Rome et gardien officiel des traditions classiques, peignait aussi d’un pinceau ferme et honnête des scènes italiennes.

l’art FRANÇAIS AU XIXe SIÈCLE. 3f)I

Orientalistes et décorateurs. — Au xv® siècle, avec Gentile Bellini, l’école vénitienne avait déjà compris ce que l’Orient, son éclatante lumière, ses costumes brillants

Cliché Braun, Clément et Cu. Typogravure Georges Petit.

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