CHAPITRE V
l’art étrusque
ET l’art ROMAIN
Sommaire. — L’art étrusque s’est développé dans l’Italie centrale, surtout du x* au vi* siècle. L’architecture étrusque se distingue par l’emploi de l’arcade et de la voûte. La sculpture et la peinture, connues par les fouilles des nécropoles de Vulci, Corneto, etc., accusent l’influence grecque, mais témoignent d’un goût artistique moins fin.
L'art romain est né de l’art étrusque, il a subi plus tard l’action de la Grèce. Sa plus belle époque se place au rr et au n* siècle après Jésus-Christ. C’est l’art d’un peuple pratique, sans grande originalité, dont le goût n’est point très pur, mais qui a le sentiment du grandiose. Les monuments romains sont vastes, solides, ils étonnent par leurs audacieuses proportions. Ce sont des temples, des amphithéâtres, des théâtres, des cirques pour les jeux publics, des thermes pour les bains, des aqueducs, des arcs de triomphe, etc. Les fouilles de Pompéi ont fait connaître l’architecture privée. En sculpture, les meilleures œuvres sont des statues ou des bustes de grands personnages, remarquables par la vérité des portraits.
L’art romain s’est répandu dans tout le monde antique avec la domination romaine. Les monuments en sont nombreux dans notre pays, notamment à Arles, à Orange, à Nîmes.
L’Étrurie et le caractère étrusque. — Si nous laissons de côté les civilisations primitives dont on a retrouvé çà et là ies traces sur le sol de l’Italie, les Etrusques sont le premier peuple qui, dans ce pays, ait atteint à une véritable culture artistique. Leur origine est encore une énigme. Hérodote les fait venir de Lydie; dans leur architecture et dans leurs
l’art étrusque et l’art romain.
mœurs plus d’un trait rappelle en effet l’Asie Mineure. Vers le x* siècle avarft Jésus-Christ, ils forment déjà dans le centre de l’Italie une confédération puissante; de là ils se répandent au nord dans le bassin du Pô, au sud jusque dans ces régions où dominaient alors les colonies grecques. Mais, divisés entre eux, assaillis par leurs voisins dont les forces avaient grandi, Gaulois, Romains, Samnites, ils virent sombrer leur suprématie au vie et au ve siècle, et l’Étruric même tomba sous la domination romaine. Pourtant par sa civilisation elle se survécut pour ainsi dire à elle-même ; longtemps encore elle garda une physionomie particulière, ses institutions, ses croyances,
Y 10. 47. — SARCOPHAGE TROUVÉ A CAERE.
• ’ (Louvre.)
ses'rites. Les devins étrusques ou aruspices étaient célèbres dans toute l’antiquité par l’art de lire l’avenir dans le vol des oiseaux ou les entrailles des victimes. L’esprit étrusque était du reste sombre et cruel, les sacrifices humains se maintinrent longtemps en Étrurie, mais à -ces idées se mêiait une sensualité souvent lourde et grossière. De là les caractères de leur civilisation qu’on ne connaît encore qu’assez mal, car, si l’on peut déchiffrer les lettres de leurs inscriptions, le sens même des mots échappe.
Les monuments de l’art étrusque. — Les ruines éparses en Toscane attestent que ce peuple fut puissant et industrieux. Il entourait ses villes de murs grands et forts. Dans
L ANTIQUITÉ
les parties basses du pays, où le sol est marécageux, il avait assaini la terre par de nombreux canaux souterrains : ces régions, depuis si insalubres, étaient alors fertiles et peuplées. A l’origine, les Étrusques subirent l’influence de l’art phénicien et on a retrouvé sur divers points, notamment à Palestrine, des objets emportés par les marchands de Tyr et de Sidon et dont les artistes indigènes copièrent l'ornementation. Plus tard,' ils furent en relations avec la Grèce, ils en imitèrent les œuvres, mais sans lui emprunter son élégance naturelle ni la finesse de son goût.
Leur art se distingue par certains traits. Ainsi ils employèrent l’arcade et la voûte, connues en Asie, mais qui, sauf de rares exceptions, n’avaient point trouvé place dans l’architecture grecque. On a voulu les gratifier de l’invention d'un quatrième ordre, mais le prétendu toscan n’est qu’un dorique corrompu. Les temples étrusques, presque entièrement construits en bois, ont disparu; on ne les connaît que par la description de l’architecte romain Vitruve. Le plan, à peu près carré, différait de celui du temple grec, et l’on n’y trouvait de portiques que sur la façade antérieure. L’intérieur était ordinairement divisé en trois sanctuaires. Les monuments les plus nombreux qui restent sont des tombeaux creusés sous terre ou qui s’ouvrent dans le roc; parfois, audessus de la tombe, s’élèvent des tours coniques ou des collines artificielles, comme à la Cucumella. A l’intérieur de ces hypogées on peut étudier les œuvres de la peinture étrusque. Ici encore, dans le style et souvent dans le choix des sujets, domine l’influence grecque, mais assombrie et assauvagie par le caractère étrusque qui se plaît aux scènes violentes, aux combats et aux massacres. ' Ou bien encore les morts sont représentés se livrant dans l’autre monde aux joies de la table. C’est à Cervetri, à Chiusi, à Vulci, à Orvieto, mais surtout à Cornetô, qu’ont été découvertes ces peintures. Dans ces memes tombes abondaient des vases peints dont la provenance grecque n’est point douteuse, et à côté s’en trouvaient d’autres, fabriqués dans le pays, où se voit l’effort de l’artisan étrusque qui imite, lourdement les œuvres étrangères. Ce même caractère d’imitation se traduit dans la décoration des miroirs, des cistes ou boîtes à toilettes, dans les bas-reliefs qui ornent les sar-
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cophages eu terre cuite : parfois cependant les figures en ronde bosse placées sur le couvercle des sarcophages, par le type et par le costume, rappellent plutôt l’Asie (fig. 47). Les Etrusques étaient assez renommés comme séulpteurs en bronze, leurs villes étaient peuplées de statues : un général romain qui s’était emparé de Vulsinies fit transporter de cette ville à Rome 2000 statues.
En résumé, l’art étrusque est de valeur médiocre; mais ce qui en accroît l’intérêt, c’est que, après avoir subi l’action de l’Orient et de la Grèce, à son tour il a exercé sur Rome une influence profonde.
Origines de l'art romain. — Rome, dont les origines sont encore si obscures, n’a eu longtemps qu-’unc civilisa tion rude et grossière. Elle s’est élevée dans une contrée d’aspect sauvage, sur des collines couvertes d’épaisses forêts au pied desquelles s’étendaient des marécages boueux formés par le Tibre. Elle a dû lutter contre la nature, puis contre les peuples voisins. Alors point de loisirs, point de • place pour les distractions élégantes ou les spéculations de l’esprit; dans tous ses actes, le Romain poursuit un but pratique. Devenu puissant par l’àpre travail, il en conserve d’abord le goût, il entreprend la conquête de l’Italie, puis celle du monde, tandis qu’à l’intérieur de la cité se succèdent les révolutions, les luttes des partis. Que lui importent donc les vaines fantaisies de l’art? Au siècle d’Auguste encore, Virgile faisait dire à l’un de ses personnages :
« D’autres sculpteront plus délicatement le bronze et donneront la vie au marbre, toi, Romain, souviens-toi que ton, rôle est de gouverner les peuples. » Aussi, pendant longtemps il emprunte ses arts, comme une partie de ses institutions, à l’Etrurie. Des architectes étrusques construisent ses murs et ses temples; des sculpteurs étrusques exécutent les statues de ses dieux. Cependant, au cours de ses conquêtes, il s’empare de la Grèce (u* siècle av. J.-C.) et alors, malgré les murmures des partisans de l’ancienne discipline, comme Caton qui prétendait que « les statues grecques entraient à Rome en ennemies », sa rudesse s’amollit au contact de cette civilisation facile et brillante. Rome se remplit de statues grecques; un seul général, Fulvius Nobilior, en exhibe plus de cinq cents à son
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l’antiquité.
triomphe. Le Romain les regarde avec plaisir, d’abord parce qu’il les a conquises, qu’on lui en a dit la valeur; puis son goût se forme; il ne deviendra jamais très fin ni très pur, mais les arts sont à la mode. Les hommes d’Etat eux-mèmes sont des collectionneurs, ils attirent les artistes grecs, les protègent. A leur école se forment des élèves indigènes; vers la fin de la république, naît un art où des éléments étrusques se mêlent aux éléments grecs, mais que l’esprit romain marque de sa forte empreinte. Au Tr et au ii° siècle de l’empire il atteint son plein développement; au ni® siècle, il est déjà en décadence ; cependant telle est. son activité qu’il a couvert de ses monuments ce vaste monde sur lequel s’étend la domination romaine.
Caractères généraux de l’architecture. — C’est dans l’architecture que le génie propre du Romain se montre avec le plus de netteté : cet art pratique lui convient mieux que tout autre. Aux Étrusques il emprunte l’arcade et la voûte; mais, quand il a appris à s’en servir, il en fait un usage bien plus audacieux. Il introduit l’arcade dans un grand nombre de ses monuments publics, il projette audessus de vastes salles des voûtes immenses, comme celles du Panthéon ou des Thermes de Caracalla. La voûte du Panthéon mesure q.3 m. 42 d’ouverture à la base, q3 m. 12 de hauteuret, depuis la Renaissance jusqu’à nos jours, elle n’a cessé d’être un objet d’étude et un modèle pour tous ceux qui ont voulu entreprendre des constructions analogues. Des découvertes récentes dues à un architecte français (M. Chédanne) ont prouvé qu’elle date de l’époque d’Hadrien et non, comme on le croyait, de celle d’Auguste. Pour résister à la poussée de ces arcades et de ces voûtes, l’architecte bâtit des murs épais, ne se restreignant pas à la pierre de taille, mais employant la brique, les petites pierres, les cailloux, qu’il noie dans un lit de mortier compact. Cependant il connaît les ordres grecs, il s’en empare, et, peu soucieux des principes qui en réglaient les proportions et les formes, il les altère, donne des bases au dorique, supprime les cannelures, modifie les volutes, combine l’ionique et le corinthien pour en tirer le chapiteau composite. A mesure qu’on avance, il en charge l’ornementation, ainsi qu’un parvenu qui cherche à frapper
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le regard par son luxe. Ces ordres, que les Grecs ne mêlaient dans un monument qu’avec tant de réserve et de goût, il les accumule les uns par-dessus les autres, comme au Colisée (fig. 48). D’ailleurs, dans plusieurs de ses édifices, ils ne sont qu’un hors-d’œuvre décoratif appliqué à une construction bâtie d’après d’autres principes et qui tiendrait sans eux (au Colisée, par exemple). Néanmoins de ces vieux monuments à demi ruinés se dégage une telle
Cl. Alinari, Florence.