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CHAPITRE PREMIER

Sommaire. — L’art égyptien s'est développé environ depuis cinq mille ans avant Jésus-Christ jusqu’à l’ère chrétienne. C'est avant tout un art religieux : les principaux monuments qui nous en restent sont des temples et des tombeaux; les principaux centres sont Memphis et Thèbes. L’architecture est caractérisée par des constructions grandioses et massives; la sculpture, d’abord très réaliste, est devenue peu à peu conventionnelle.

L’art chaldéo-assyrien s'est développé dans les bassins du Tigre et de l’Euphrate, surtout du xxc au vu* siècle avant Jésus- Christ. C'est un art monarchique et guerrier : les principaux monuments qui en restent sont des palais; les principaux centres sont: Tello, Khorsabad et Nimroud. L’architecture est caractérisée par l’emploi de la brique, par des constructions vastes et lourdes. La sculpture, qui affecte des formés trapues et énergiques, représente surtout des faits d’armes.

L’art phénicien, qui s’est développé sur les côtes de Syrie, est un art sans originalité, soumis aux influences de l’Egypte et de l’Assyrie. 11 a été propagé par le commerce phénicien dans le bassin oriental de la Méditerranée, c’est dans l’île de Cyprc qu’on en a retrouvé les éléments les .plus intéressants. La Judée et la Perse n’ont, dans l’histoire de l’art antique, qu’un rôle secondaire.

l.es arts de l'Orient ont eu sur les origines de l’art grec une influence certaine, mais qu’il ne faut pas exagérer.

Caractères généraex de la civilisation égyptienne. — Hérodote a dit : « L’Egypte est un don du Nil. » Formée par les-alluvions de ce grand fleuve, c’est encore à ses inon-

dations régulières qu’elle doit chaque année son existence et sa fertilité. Autrefois comme aujourd’hui, l’Égypte habitable, enserrée par le désert, s’épanouissait sur les bords du Nil et puisait la vie à ses ondes. L’origine de l’ancienne population de l’Egypte est obscure; la langue paraît se rattacher aux langues sémitiques. Les tribus indépendantes qui la constituaient d’abord se réunirent plus étroitement; enfin un certain Menés s’empara du pouvoir et fonda la monarchie égyptienne (vers 5ooo av. J.-C.).

On distingue dans l’histoire d’Égypte quatre grandes périodes: i° période memphitc, avec Memphis (près du Caire) pour capitale; 2° période thébaine, pendant laquelle Thebes est le plus ordinairement la capitale; 3° période saïte : suprématie de Sais et des autres villes du Delta ; 4° domination grecque. Les divisions de l’histoire artistique correspondent assez bien aux divisions de l’histoire politique. Dès la période memphite, la civilisation est brillante en Egypte, et il faut croire qu’elle avait été préparée par de longs siècles d’élaboration. Plus tard, l’invasion de peuples chananéetis, les Pasteurs ou Hyksos, compromet quelque temps les destinées du peuple égyptien, mais il en triomphe; puis il se répand au dehors, conquiert la Syrie et arrive jusqu’au Tigre et à l’Euphrate (xvnc siècle). Le règne de Ramsès II, vers le xve siècle, marque l'apogée de la civilisation égyptienne. Dans la suite, l’Égypte, envahie et vaincue d’abord par les Assyriens, plus tard par les Perses, retrouva la prospérité sous la domination des Grecs (33o-3o av. J.-C.). Les Ptolémées, descendants d’un des généraux d’Alexandre, y introduisirent la culture grecque, mais sans attaquer l’ancienne civilisation.

Doux, facile au joug, peu belliqueux malgré ses conquêtes passagères, l’Ëgyptien est surtout religieux. Les dieux nombreux qu’il incarne souvent dans des animaux sacrés (ibis, bœuf, épervier, etc.), Râ, le soleil ; Osiris, l'êtrp bon par excellence; Set, le dieu des ténèbres, ne sont pour l’Égyptien éclairé que comme les formes d’une divinité unique. C’est du côté de la vie future que tendent ses préoccupations. Après la mort, l’âme comparaît au tribunal d’Osiris;

1 c Livre des Alorts, recueil de prières et de formules dont chaque momie portait un exemplaire, apprend les détails de

ce procès. L’âme était-elle coupable ? Après de nombreux tourments elle tombait dans le néant. Etait-elle juste ? Après une série de purifications, elle se mêlait à la troupe des dieux, voyait l’être parfait et s’abîmait en lui.

Dans les hymnes et les prières, on trouve une richesse d'images poétiques qui explique l’influence que les croyances

exerçaient sur les arts. Veuton célébrer Râ, le dieu du soleil? « Hommage à toi, momie qui se rajeunit et renaît perpétuellement, être qui s’enfante lui-même chaque jour ! Hommage à toi qui luis dans l’Océan primordial pour vivifier tout ce qu'il a créé, qui as fait le ciel et enveloppé de mystère son horizon ! Hommage à toi! quand tu circules au firmament, les dieux qui t’accompagnent poussent des cris de joie.» Ailleurs on le représentera qui, debout dans la barque sacrée, « glisse lentement sur le courant des eaux célestes », escorté de la foule des dieux. « Bienfaisant, resplendissant, flamboyant », il répand partout la vie et l’allégresse.

Les découvertes artistiques. — Longtemps les monuments comme l’histoire de ce pays ont été fort mal connus. Bonaparte, lors de son expédition d’Egypte, avait emmené avec lui des savants, des artistes: les résultats de leurs recherches furent réunis dans un grand ouvrage, Description de l'Égypte. Mais on était alors arrêté par une grave difficulté: les murs des monuments étaient chargés d’ins-

Kl O 2. — SCRIBE ACCROUPI.

(Musée du Louvre.)

criptions, on trouvait dans les tombes une foule d’écrits sur papyrus, mais on ne savait ni les lire ni les comprendre. Trois systèmes d’écriture avaient été en usage en Egypte. Le plus ancien était l’écriture hiéroglyphique, très intéressante pour l’histoire même de l’art, car elle avait un caractère représentatif et se composait de figures d'êtres animés ou d’objets. Un Français, Champollion (1790-1832), trouva le secret de ces écritures; dès lors on put traduire les documents et reconstituer l’histoire de l’ancienne Égypte. L’égyptologie est restée en grande partie une science française; parmi ceux qui ont contribué à la connaissance des monuments, Mariette fut le plus intrépide. Envoyé en Égypte en i85o, il entreprit, malgré d’incessantes difficultés, de retrouver le Sérapéon, nécropole fameuse des bœufs Apis. Les objets trouvés dans ces fouilles enrichirent en partie le musée du Louvre.

Devenu célèbre, Mariette se fixa là-bas et, investi d’une autorité officielle, explora sans relâche les ruines : ainsi s’est constitué le beau musée de Boulacq, transféré depuis à Gizeh, puis au Caire. Après lui, un de nos compatriotes, M. Maspero, par ses fouilles et par ses publications, a merveilleusement étendu le domaine de l’égyptologie, et une mission française, l’Institut français du Caire, s’attache à l’étude et à l’interprétation des monuments.

L’art de la période memphite. — L’art égyptien, pendant son long développement, n’est point resté immuable; il apparaît fort différent, seion qu’on l’étudie à Memphis ou à Thèbes.

A Memphis, il est surtout connu par des monuments funéraires; les temples ont disparu. La tombe est une demeure : le double y habite, c’est-à-dire « un second exemplaire du corps en une matière moins dense que la

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