‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 5 sur 177 · TÊTE DE LA PRINCESSE N O F R I T · texte numérisé non relu

TÊTE DE LA PRINCESSE N O F R I T

(XI° dynastie).

l’antiquité.

matière corporelle, une projection colorée, mais aérienne, de l’individu, le reproduisant trait pour trait ». De là l’importance de l’architecture funéraire. Les pyramides 1 sont des tombes royales élevées par des monarques de la quatrième dynastie; or la plus grande atteint 137 mètres environ d’élévation; 100000 hommes, relayés tous les trois mois, ont été employés pendant trente ans à la construire. Tout près s’allonge le Sphinx, taillé dans le roc, et dont le nez, pour donner quelque idée des proportions, mesure près de 2 mètres. Ici se manifeste la tendance fréquente de l’art égyptien à étonner le regard par la masse.

Près des grandes pyramides se développe la nécropole de Memphis. Chaque tombe ( mastaba ) importante comprend trois parties : la chambre, accessible au public, où se dresse la stèle funéraire, où s’accomplissent lescérémonies sacrées; le serdab, réduit où sont enfermées les statues, les images du mort; entin le caveau funéraire où l’on descend par un puits creusé dans le roc et sur lequel viennent s’ouvrir des couloirs. Là est le grand sarcophage où repose le corps embaumé, la momie, et les précautions les plus minutieuses ont été prises pour dissimuler le caveau et le soustraire aux profanations.

Sur les parois des salles se déroulent les peintures et les bas-reliefs. Mais, pour bien juger de la sculpture à cette époque, il faut étudier surtout les statues, en bois ou en pierre, trouvées dans ces tombes et qui en représentent les habitants. On a même rencontré récemment à Hiéracompolis de superbes statues en bronze de la VIL dynastie. Sur les meilleures de ces œuvres, les traits individuels du modèle, qu’il fût laid ou beau, sont rendus avec une fidélité surprenante : tous les détails concourent à donner l'illusion de la vie (fig. 2, 3). Ces vieux artistes étaient donc d’admirables portraitistes; il en faut chercher la raison dans les croyances religieuses du temps : on pensait que, si la momie était détruite, l’existence du double était encore possible, à la condition qu’il existât du mort une image scrupuleu-

1. On connaît une centaine environ de pyramides, mais trois surtout sont célébrés par leurs proportions.

sement exacte. Quant aux bas-reliefs et aux peintures, ils représentent souvent la vie terrestre du mort et initient ainsi aux mœurs de l’ancienne Égypte. La peinture égyptienne a ignoré l’art de la perspective et des nuances, elle procède partons francs qu’elle juxtapose : l’ensemble forme une décoration éclatante, mais fort différente de nos procédés et de nos conceptions modernes. Un de ces mastabas , fort bien conservé, a été reconstitué de toutes pièces au musée du Louvre en 1904.

Cliché Giraudon.

FId. 4. — TEMPLE DE RAMSÈS IV. — (Kamak.) •

L’art de la période thébaine et saïte. — Pendant cette période, l'art funéraire conserva la même importance, et les nécropoles de Thèbes, d’Abydos, de Siout, de Beni- Hassan en offrent de nombreux spécimens ; mais les grands temples doivent surtout fixer l’attention. Voici quelle en était la disposition ordinaire.

Une avenue bordée de sphinx, longue parfois de deux kilomètres, conduisait à une porte qui donnait accès, non point dans le temple même, mais dans l’enceinte sacrée qui

2f> l’antiquïté.

l’entourait. Cette entrée [pylône] avait un aspect monumental; la porte était flanquée de deux massifs pyramidaux, devant lesquels se dressaient des mâts pour les étendards, des obélisques, des statues colossales.

Toute l’enceinte était délimitée par un mur épais. A l’intérieur s’étendaient de petits lacs sur lesquels, à certains joursde fêtes, voguaient des barques magnifiques, chargées des images des dieux. Un nouveau pylône marquait l’entrée du temple même.

Là, au fond d’une cour appelée cour antérieure , s’ouvrait la grande salle, salle large des offrandes ou de l’apparition , d’après les documents égyptiens; les nombreuses colonnes qui en soutiennent le plafond l’ont fait appeler salle hj'postyle. La foule s’y tenait, tandis que, seuls, le roi et les principaux prêtres Fio. 5. — bas-relief de l’époque thébaine. avaient accès au

sanctuaire, oùétait

placée l’image du dieu; derrière le sanctuaire se trouvaient une sorte de sacristie et des magasins pour les offrandes, les statues divines et les instruments du culte. Chacune de ces salles pouvait être répétée, et l’étendue du temple était souvent immense. On peut prendre comme exemple le grand temple de Karnak où l’ensemble des constructions atteint 365 mètres de longueur sur 1 1 3 mètres de largeur; la salle

hypostyle a 102 mètres sur 5 1 ; le plafond était soutenu par 134 colonnes dont les plus grosses sont hautes de 23 mètres, tandis que leur circonférence est supérieure à 10 mètres. Un autre détail important de la disposition des temples égyptiens est que la hauteur des parties de l'édifice va en décroissant depuis les pylônes jusqu’au sanctuaire, tandis que le sol est progressivement surélevé de la porte jusqu’au saint des saints.

Le temple égyptien est d’aspect massif; il semble qu'on ait voulu plutôt étonner le regard par l'énormité des dimensions que satisfaire,, le goût par l’harmonie des proportions; les détails memes de la construction sont souvent négligés. Les architectes ne sont point arrivés à constituer des ordres, comme les Grecs; mais leurs épais piliers, leurs colonnes offrent des types assez variés; souvent les chapiteaux affectent la forme d’une fleur qui s’évase, et la flore du Nil (le papyrus, le lotus) occupe une large place dans leur ornementation.

Quantàla sculpture, elle perd peu à peu les caractères qui la distinguaient dans les belles œuvres de la période memphite. On abandonne la reproduction exacte des

traits pour donner aux figures des proportions plus sveltes que la nature; on simplifie le modelé. Le même type de tête est sans cesse reproduit: des yeux fendus en amande, des lèvres toujours souriantes, une finesse qui charme, mais ne varie guère (fig. 5, 7). Les attitudes aussi sont uniformes; l’art devient conventionnel, mais il est souvent d’une rare

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