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FIG. 6. — TÊTE DU ROI HARMHABI

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élégance qu’on retrouve dans tous ses produits, pièces d’orfèvrerie ou ustensiles aussi bien que bas-reliefs1. L’emploi de matériaux très durs, tels que le granit, substitués au bois ou à des pierres plus tendres, a contribué à cet affaiblissement du modelé dont l’artiste, qui ne disposait que d’instruments imparfaits, ne savait plus préciser les détails.

Les sculpteurs de l’époque thébaine ne traitent pas en général des sujets isolés d’un ensemble architectural. Ils bâtissent de colossales statues proportionnées aux dimensions des pylônes ou des salles hypostyles, ou bien ils sculptent des bas-reliefs décoratifs dans les temples ou les tombeaux.

Un savant Danois, Julius Lange, a mis en lumière une loi fort importante de l’ancienne sculpture, la loi de frontalité. Que la statue soit droite, agenouillée, couchée, assise, penchée en avant ou en arrière, la tête, l’épine dorsale, la poitrine, le nombril sont sur le même plan vertical, sans inclinaison latérale. Cette loi observée en Égypte se retrouve en Assyrie, en Phénicie. Les Grecs, après l’avoir d’abord acceptée, seront les premiers à s’en affranchir.

Même sous la domination des Ptolémées, les traditions de l’art égyptien se maintinrent, tout en se combinant avec des influences grecques. L’architecture de l’époque grécoromaine nous a donné les superbes temples de Dendérah, Edfou, Ombos, Philé, mais la sculpture des bas-reliefs y est très négligée et d’un goût conventionnel détestable. Tout l’effort des sculpteurs se porte à ce moment sur l’exécution de statues traitées isolément et en dehors de toute idée de décoration architecturale. La peinture égyptienne à l’époque romaine nous est connue par de très intéressants portraits peints sur bois qu’on plaçait sur les sarcophages à la place du visage : quelques-uns sont au Louvre. Ces portraits ont une expression très caractéristique

i. Les plus beaux bijoux égyptiens retrouvés jusqu’ici sont ceux découverts par M. de Morgan autour des pyramides de Dahsliour (XIII* dynastie) et ceux de la reine Ahhotpou (XVIIIe dynastie); ce sont des colliers en or, en perles d’agate, des pectoraux d’or ornés d'émaux translucides. Le Louvre possède de très beaux spécimens de bijoux: l’art s’y révèle avec des qualités supérieures d’invention, d’elégance et d'habilete technique.

où l’on peut distinguer déjà quelques éléments de ce qui sera plus tard le style byzantin. Les fouilles de M. Gayet au Fayoum, notamment à Antinoé, ont livré des vêtements, de riches étoffes d’un grand intérêt pour l’histoire du style ornemental.

La civilisation chaldéo-assyriennk. — Dans les plaines autrefois fertiles, aujourd’hui presque partout stériles, des bassins du Tigre et de l'Euphrate se sont développées deux grandes monarchies : au sud, la Chaldée avec Babylone pour centre; au nord, l’Assyrie avec Ninive. Rivales l’une de l'autre, elles ont eu chacune leur période de prépondérance : la Chaldce d’abord, qui plus tard, vers la tin du xiv* siècle, tomba sous la suprématie de l’Assyrie. Conquérants infatigables, les grands monarques assyriens, les Sargonides, étendirentau loin leur domination violente et cruelle. L’Asie du nord-ouest, l’Egypte durent s’y soumettre. Ce ne fut qu’en 625 avant Jésus-Christ que Ninive succomba sous les efforts des Chaldéens et des Mèdes, et Babylone victorieuse jouit encore d’une splendeur qui ne fut qu’éphémère.

Sans cesse mêlés, malgré leurs luttes, Chaldéens et Assyriens ont confondu leurs civilisations, ou plutôt l’Assyrie dut les éléments de la sienne à la Chaldée. De là lui vint sa religion sombre, pénétrée de pratiques magiques. Habiles observateurs des astres, les Chaldéo-Assyriens cherchent à y lire le secret de leurs destinées ; leurs dieux, qu’ils incarnent souvent dans des formes animales, sontteriibleset méchants; leur esprit se plaît aux combinaisons monstrueuses; la

l’antiquité.

vie future elle-même leur apparaît misérable et morne.

Gouvernés par des despotes impitoyables pour leurs sujets comme pour leurs ennemis, les Assyriens ont Pâme dure. Ils aiment la guerre avec son cortège de cruautés; leur imagination s’exalte à la pensée du massacre, et ils expriment leurs sentiments dans un langage qu’anime un souffle de férocité épique. « La colère des grands dieux mes seigneurs, dit le roi Assourbanipal, s’appesantit sur mes ennemis; pas un ne s’échappa, pas un ne fut épargné : ils tombèrent tous dans mes mains. Leurs chariots de guerre, leurs harnais, leurs femmes, les trésors de leurs palais furent apportés devant moi. Ces hommes dont la bouche avait tramé des complots perfides contre moi et contre le dieu Assour, mon seigneur, j’ai arraché leur langue et j’ai accompli leur perte. Le reste du peuple fut exposé vivant devant les grands taureaux de pierre que Sennachérib, le père de mon père, avait élevés, et moi je les ai jetés dans le fossé, j’ai coupé leurs membres, je les ai fait manger par des chiens, des bêtes fauves, des oiseaux de proie, les animaux du ciel et des eaux; en accomplissant ces choses, j’ai réjoui le cœur des grands dieux mes seigneurs. »

Les fouilles. Les palais. — De là procède leur art, expression de la conquête et de la violence. Il ne nous est connu que depuis peu de temps : les fouilles de Botta, de Place, de Layard, de Fresnel et de M. Oppert n'ont commencé qu’à partir de i8q3; celles de M. de Sarzec à Tello, qui ont révélé l’ancien art chaldéen, sont toutes récentes (de 1877 à 1881); elles viennent d’être reprises par le capitaine Cros. Un autre Français, M. de Morgan, explore depuis 1897 l’Acropole de Suse et y exhume des monuments d’un grand intérêt historique et artistique. La lecture des inscriptions cunéiformes (c’est-à-dire composées de lettres dont les traits ont la forme de coins) a permis d’interpréter les monuments.

L’art funéraire, si riche en Égypte, est ici peu représenté. On n’a point trouvé de tombes en Assyrie, et celles de la Chaldéc n’offrent pas un grand intérêt artistique. Les temples chaldéens, dont les ruines ont été découvertes à Lagash, Ourou, Babylone, présentent comme disposition

LES ARTS EN ÉGYPTE, ASSYRIE ET PHÉNICIE. 3l

caractéristique des tours à plusieurs étages (T iggourdt ) et des murailles à rainures prismatiques. Ce sont surtout des palais qu’on a explorés; chaque grand monarque assyrien se plaisait a en elevet un qui était son œuvre et glorifiait sa puissance. Les plus importants sont ceux de Nimroud qui a été commencé au ix* siècle avant Jésus-Christ de Khorsabad, qui fut entrepris vers 710, mais n’étaitpas encore terminé en 667. r

Les Assyriens ont peu employé la pierre; ils construi-

saient surtout avec des briques d’argile qui souvent n étaient que séchées au soleil; de là le peu de solidité de leurs édifices qui de bonne heure s’effondrèrent. Les architectes connaissaient les colonnes; ils les faisaient souvent de bois recouvert de métal, mais en général ils ne leur attribuaient guère le rôle de supports réels et s’en servaient plutôt comme de motifs de décoration. En revanche, et cest là un des traits de leur art, ils faisaient un usage frequent des voûtes, auxquelles ils donnaient les formes les plus variées, et des coupoles.

Le palais de Khorsabad (fig. 8), qu’on peut choisir

l’antiquité.

comme type, était à lui seul une véritable ville où tout un peuple de serviteurs vivait autour du roi. L’enceinte forme un carré de i .800 mètres de côté. L’architecte a dû distribuer de plain-pied trente et une cours et deux cent neuf pièces. Le centre est formé par une vaste cour : sur un des côtés s’ouvrent les communications avec le dehors; sur les trois autres viennent s'appliquer les trois grands quartiers du palais: l’habitation du souverain; le quartier des femmes; les dépendances où demeurent les serviteurs et où se trouvent les cuisines, les écuries, etc. Chacun de ces quartiers se subdivise lui-même en diverses régions : ainsi, en avant du premier, sont placées les grandes salles de réception, tandis que les appartements privés sont plus-retirés et occupent le fond.

Malgré l’étendue de ses constructions, l’architecture assyrienne a été condamnée à l’infériorité par la nature même des matériaux qu’elle a employés.

Elle a dû, pouren compenser les défauts, exagérer l’épaisseur des murs, donner à toutes ses œuvres un aspect massif.

La sculpturk. — La sculpture chffldé'enne de l’époque la plus ancienne nous est connue par les bas-reliefs du .roi Naramsin, par des cylindres finement gravés, par la stèle des Vautours, monument commémoratif des guerres des rois de Lagash, surtout par les superbes statues en dolérite de Goudéa, patesi (roi) de Lagash, d’une allure si robuste, d’un modelé si précis. Ces monuments, trouvés à Suse et à Tello, sont au Louvre (fig. 9). La sculpture assyrienne se développe plus tard, telle que nous la montrent les(monumcnts de Nimroud et de Khorsabad, elle est moins simple, plus conventionnelle. Elle a surtout un caractère historique; elle est destinée à transmettre le souvenir des victoires et de la puissance des rois et s’applique à l’exécution de bas-reliefs qui décoraient les murs des

Cliché Giraudon* FIG. 9. — STATUE CHALDÉENNE TROUVÉE

a tello. — (Louvre )

palais, à lextéiieur, des figures de dimensions colossales et souvent monolithes se dressaient a l'entrée des portes: tels les taureaux ailés qui sont au Louvre. Tandis qu’en Egypte, dès la période thébaine, les sculpteurs atténuent le modelé, en Assyrie ils 1 exagèrent, et leurs personnages dépassent la vérité par leur vigueur et par l'accentuation des saillies aux endroits où les vêtements, longs et épais, laissent paraître les membres.

De là des figures lourdes, trapues et d’une expression rude (fig. i o) ; on se sent en face d’un peuple guerrier chez qui la force physique est surtout en honneur. Ont-ils à représenter des animaux ?

Les sculpteurs s’attachent à en rendre fidèlement la forme, et pour certaines espèces, comme le lion, ils arrivent à une vérité d’expression, à une énergie de vie admirables.

On a expliqué en partiel’opposition entre la scu 1 pture égyptienne et la sculpture assyrienne par la différence des matériaux employés de part et d’autre. « La préférence accordée aux pierres dures avait conduit les Egyptiens à atténuer, à supprimer les détails ; l’usage d’une pierre très tendre a conduit les Assyriens à les souligner, à les exagérer. L’albâtre se raye à l'ongle, le ciseau s’y enfonce presque comme le couteau dans du beurre; quelle tentation pour lui d'appuyer, d’insister, de marquer outre

Cliché Giraudon.

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