L A RT BYZANTIN
tiques. En Italie, si même on laisse de côté Ravenne dont il a déjà été parlé, la domination des empereurs de Constantinople s’est longtemps maintenue dans le sud, et la civilisation byzantine y était si florissante que les princes nor-
FIC. 63. — ISAlE ENTRE LA NUIT ET LE POINT DU JOUR ! I
(Miniature d’un manuscrit du ix« ou x° siècle. — Bibliothèque nationale |
mands, quand ils firent la conquête de ces paysau xi® siècle, n’essavèrent point d’abord de la détruire. En Sicile, des Byzantins, au xne siècle, décorent de mosaïques la chapelle Palatine de Palerme, le dôme de Cefalù, Sainte-Marie de ''Amiral, etc., et les artistes indigènes qui travaillent avec
LE MOYEN AGE
eux sont leurs disciples et leurs imitateurs. Près de Naples, au mont Cassin, l’abbé Didier, vers le milieu du xi° siècle, avait fait venir de Constantinople des mosaïstes et des sculpteurs. A Rome, à diverses époques du moyen âge, l’influence byzantine a été profonde. Enfin Venise est vraiment une ville byzantine; sans cesse en rapports avec l’Orient d’où elle tire sa richesse et sa puissance, elle emprunte à Constantinople ses industries et ses arts. Saint-Marc, commencé au xie siècle, est une église grecque par la construction et par la décoration.
En France, l’influence byzantine ne s’est jamais exercée d’une façon aussi sensible et aussi durable que dans certaines régions de l’Italie. Cependant les ivoires, les tissus de Constantinople y étaient fort recherchés. L'architecture romane présente avec l’architecture de la Syrie des analogies qui ne sauraient être fortuites, et même le système des coupoles byzantines se propage dans tout£ une partie de la France (Périgord, Angoumois, Saintonge, etc.) : Saint-Front de Périgueux en est le type le plus célèbre. Les sculpteurs français du xne siècle paraissent souvent imiter les ivoires et les miniatures qui leur viennent d’Orient, en les transposant sur la pierre. Dans l’art gothique, il est vrai, cette influence disparaît entièrement. En Allemagne, en 972. la princesse grecque Théophano, mariée au fils d’Otto Ier, avait, dit-on, emmené avec elle des artistes byzantins et pendant quelque temps on retrouve çà et là, sur les œuvres germaniques, les traces du style étranger; mais, à partir du xme siècle, elles s’effacent.
L'influence byzantine en Orient. — En Orient, l’action de l’art byzantin se montre partout où a pénétré le christianisme grec. Tel fut le cas en Russie, à partir du x° siècle; des Grecs construisent, décorent de mosaïques les églises de Novgorod, et surtout de Kief, dont Iaroslaf (1016- .1 o 5 f) voulait faire la rivale de Constantinople par la splendeur de ses monuments. Cependant l’art russe ne se maintint point dans une étroite reproduction des modèles byzantins. Pour l’architecture comme pour la décoration, il les modifia à l'aide d’emprunts à l’Asie, surtout à la Perse. On se tourne aussi vers l'Occident : dès le xii® siècle, des maîtres lombards bâtissent à Vladimir sur Kliazma l’église de l’As-
l’art byzantin.
somption de la Vierge; au xv' et au xvi* siècle, Ivan 111 et ses successeurs attirent à Moscou des architectes étrangers qui combinent les formes occidentales avec les formes russes. Dans la peinture, la sculpture, l’ornementation, se retrouvent ces memes mélanges, bien qu’en général l’iconographie sacrée reste fidèle aux traditions byzantines. Plus au sud, la Géorgie et l’Arménie, depuis le vii°siècle jusqu’à l’arrivée des Turcs Seldjoucides, à la fin du xi* siècle, acceptent aussi, mais en les modifiant assez librement, les données grecques : c’est surtout dans les cathédrales de Kutais et d’Ani (xi* siècle) que cette indépendance relative est sensible.
Bibliographie.
Bayet, l’Art byzantin, nouv. édit., 1904, dans la Bibliothèque de l’enseignement des Beaux-Arts ; Millet, l'Art byzantin , dans le t. I de l'Histoire de l'art publiée sous la direction d’André Michel, 1900. On y trouvera l'indication des ouvrages relatifs à l’art byzantin. Parmi les savants français, MM. Schlumberger, Diehl, Millet doivent surtout être cités. Voir notamment : De Vogué, l'Architecture civile et religieuse en Syrie, 186(3-1877 ; — Bayet. Recherches pour servir à l'histoire de la peinture et de la sculpture chrétiennes en Orient avant la querelle des iconoclastes, 1879; — Diehl, Justinien et la civilisation byzantine du VIe siècle, 1901; — Schlumberger, Un Empereur byzantin, Nicéphore Phocas, 1890; l’Épopée byzantine à la /tu du X ' siecle, Basile II, les Porphyrogénctes, Zoé et Tltéodora . 1905; — Millet, le Monastère de Daphni, 1899; — Molinier, Histoire générale des arts appliqués à l'industrie, 1896-1901; — Omont, Fac-similés des manuscrits grecs de la Bibliothèque nationale du VIe au XIe siècle, 1902. Les travaux de M. Strzygowski en Allemagne, notamment Orient oder Rom, 1901, Kleinasien, ein Neuland der Kanstgeschichte, 1903, ont contribué à mieux mettre en lumière le rôle important de l’Asie dans la formation de l’art byzantin.
hist. de l’art.