CHAPITRE IV
l’art roman
Sommaire. — L’art languit en Occident jusqu’au xi° siècle; les efforts tentés par Charlemagne pour le ranimer n’ont que des résultats précaires. Après les invasions normandes, au xi'siècle, commence une véritable renaissance dont les ordres monastiques, surtout celui de Cluny, sont les agents. L’église se transforme par l’emploi des voûtes (voûte en berceau, voûte d'arêtes, croisée d’ogives) qui reposent sur des piliers ou des coloAnes et dont les contreforts supportent à l’extérieur la poussée. Dans les diverses régions de la France apparaissent des écoles dont chacune a une physionomie originale (école Provençale, école Toulousaine, écoles d’Auvergne, de Bourgogne, de Normandie). L’architecture romane s’épanouit aussi avec éclat en Italie, en Allemagne, en Angleterre. En même temps, la sculpture se ranime et trouve, dans les nouveaux édifices, un vaste champ à son activité. D’abord gauche, elle se perfectionne, grâce à la sincérité avec laquelle elle cherche h rendre les traits, les attitudes, les gestes de la figure humaine. La peinture invente un nouveau procédé, le vitrail peint, sur lequel se développent déjà des compositions. L’art religieux s’épanouit, avec un luxe dont témoignent l’orfèvrerie, les manuscrits historiés de miniatures.
Influence des établissements germaniques sur l’art. — En Occident, pendant plusieurs siècles, l’état de la société ne fut guère favorable au développement des arts : à l’administration romaine succédaient des royaumes barbares, et ces grandes transformations politiques ne s’accomplissaient pas sans troubles. Ce n’est point que les Ger-
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mains aient cherché à détruire brutalement la civilisation, antique : ils admiraient souvent ce passé dont ils s’étaient constitués les héritiers, ils en subissaient l'influence; mais leurs institutions plus rudimentaires, leurs passions grossières se prêtaient mal à la pratique de la culture romaine.
Les Germains n’avaient aucune idée des arts<qui s’étaient développés dans l’empire. Au delà du Rhin, ils habitaient souvent dans des chaumières construites avec du bois, des branchages et de la terre; ils n’élevaient pas d’édifices publics, tout leur luxe s’appliquait à leurs armes et à des bijoux d’un style primitif. A leur entrée dans l’empire, ils saccagèrent un certain nombre de villes ; mais, parmi leurschefs, beaucoup, frappés du luxe artistique qui partout s’offrait à eux, s’efforçaient de copier la civilisation romaine. Leurs rois s'habillaient parfois comme des empereurs ou des consuls; on en voyait qui, comme Chilpéric en Gaule, s’essayaient maladroitement à faire des vers latins ou à bâtir des cirques; en Italie, Théodoric prenait sous sa protection les monuments romains et ordonnait qu’ils fussent restaurés.
En outre, convertis au christianisme, ils en subissaient l’influence. Leur foi n’était pas toujours fort éclairée et, en pénétrant dans l’Eglise, ils y introduisaient des éléments barbares qui la troublaient et l’altéraient; mais, en revanche, ils construisaient ou enrichissaient beaucoup de basiliques. Dans la Gaule mérovingienne, celle de Saint-Martin de Tours était surtout célèbre. Le plan de ces sanctuaires reproduisait celui des basiliques antérieures, mais les architectes devenaient de plus en plus ignorants et malhabiles. A côté des monuments anciens, si solides, s’élevaient des édifices mal bâtis, voués à une ruine prochaine, qui n’étaient plus que les rejetons malingres de cet art romain autrefois si vigoureux, ün ne peut guère attribuer à l’époque mérovingienne, parmi les monuments qui existent encore, que la chapelle Saint- Laurent à Grenoble, la crypte de Jouarre, le baptistère Saint-Jean à Poitiers. D’ailleurs beaucoup d’églises mérovingiennes étaient en bois et des incendies les ont rapidement détruites. En peinture, en sculpture surtout, la décadence avait été encore plus rapide. L’orfèvrerie, grâce à la Valeur même des matières qu’elle emploie,
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était fort en honneur chez les Francs. Au xvn® siècle, on découvrit à Tournai, dans le tombeau du roi Childéric, mort en 481, des bijoux, des armes richement décorées ; plusieurs de ces objets paraissent, il est vrai, d’origine byzantine. Le roi Chilpéric montrait à l’évêque Grégoire de Tours de grandes pièces d’orfèvrerie, lui disant qu’il les avait fait faire « pour honorer et ennoblir la nation des Francs ». Au vu® siècle, saint Eloi était un orfèvre célèbre; grâce à son talent, il avait conquis la faveur royale et était devenu un grand personnage. Près de Limoges, à Solignac, il fonda un couvent dont le* moines se vouaient à la pratique des arts.
Rôlk artistique de Charlemagne. — A la fin du vme siècle et au commencement du ixe, quand Charlemagne essaya de reconstituer tout un immense empire, il voulut aussi relever les arts de l’abaissement ou ils étaient tombés. Il chercha des artistes à l’étranger : il en fit même venir, d’après un de ses biographes, des pays au delà de la mer. Cependant on a quelquefois exagéré les emprunts qu’il aurait faits à Byzance. De grandes constructions furent entreprises à Aix-la-Chapelle, résidence ordinaire de l’empereur, que les contemporains appelaient la « nouvelle Rome ». La chapelle du palais qui y fut bâti subsiste encore, bien que modifiée et restaurée : ce n'est point une basilique latine, mais un édifice circulaire qui rappelle ceux de l’Italie et de l’Orient. En même temps s’élevaient des palais; dans celui d’Ingelheim, la décoration attestait la puissance des souvenirs antiques : on y avait représenté Ninus, les grandes actions de Cyrus, les cruautés de Phalaris, les conquêtes d’Alexandre, Annibal, des épisodes de la vie de Constantin, de Théodose. Nous ne pouvons juger aujourd’hui de la peinture carolingienne au vm* et au ixe siècle que par les manuscrits à miniatures (fig. 76) : quelques-uns, il est vrai, ont une grande importance, comme l’évangéliaire de Charlemagne, exécuté par le peintre Godesscalc, la Bible offerte à Charles le Chauve par les moines de Saint-Martin de Tours, le sacramentaire de Drogon, la Bible de Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome, décorée en France par le moine Ingobert, etc. Dans les provinces, les évêques étaient invités à imiter l’empereur, à réparer les
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anciennes églises, à en construire de nouvelles. Il faut pourtant se délier beaucoup des édifices qu’on attribue çà