‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 67 sur 177 · FIG. 77- — ÉGLISE DE VIGNORV ( H A U T E - M A R N E ) NON VOÛTÉE · texte numérisé non relu

FIG. 77- — ÉGLISE DE VIGNORV ( H A U T E - M A R N E ) NON VOÛTÉE

(xi* siècle.)

s’effondrer : les luttes de ses successeurs, l’établissement du régime féodal, les invasions normandes semèrent partout la désolation et la ruine. Ce furent de mauvais jours pour les aits, bien que quelques-uns des héritiers débiles de Charle-

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magne eussent encore le désir de les protéger. La religion leur ouvrit des asiles. Depuis plusieurs siècles déjà, les mpnastères se multipliaient en Gaule; là, à l’ombre de l’Église, purent subsister et se développer des écoles artistiques. Si elles ne furent point d’abord fort curieuses de créations originales, du moins elles conservèrent en partie ce que le passé leur avait transmis et par là préparèrent l’avenir. Charlemagne lui-même avait fort contribué à augmenter la puissance et l’influence des grands monastères. Tels furent ceux de Saint-Riquier en Picardie, de Fontenelle en Normandie, de Fulde, de Saint-Gall en Allemagne, etc. Pour se rendre comptede leur étendue, on peut consulter le plan de celui de Saint-Gall, composé au ix' siècle, etqui existe encore. Les bâtiments forment comme une petite ville qui, avec ses ateliers de tout genre, se suflfit à elle-même; les services y sont distribués avec une netteté remarquable. Ils se groupent ordinairement autour d'un cloître, c'est-à-dire d’une cour à ciel ouvert entourée de galeries couvertes sur les quatre côtés. Ce cloître était un souvenir des anciennes maisons romaines et des premières basiliques chrétiennes. Les chroniques de ces couvents parlent des architectes, des peintres, des orfèvres qui y vivaient etqui appartenaient à l’ordre monastique. Quelquesuns avaient les talents les plus variés : ainsi Tütilo, moine de Saint-Gall au ix° siècle, au dire du chroniqueur, était éloquent, avait une belle voix, ciselait et peignait avec élégance, était musicien, s’occupait d’orfèvrerie et de construction, faisait des vers.

Influence des invasions normandes. — On put croire que les invasions des Sarrasins, des Hongrois, mais surtout des Normands, détruiraient les arts, même dans ces retraites. Ces nouveaux venus de la barbarie, encore païens, n’avaient aucune raison de respecter les édifices religieux. Au contraire, les églises, les monastères tentaient leurcupidité : là se conservaient les belles pièces d’orfèvrerie, les riches trésors que les moines n’étaient guère en état de défendre. Quand les Normands avaient dévasté l’église, ils entassaient sur le sol de la paille, du bois et y mettaient le feu; la flamme s’élevait, gagnait le plafond de bois; bientôt il ne restait que des murs noircis. « A cette époque, dit un

i.’art roman.

auteur du temps, toutes les églises des Gaules furent souillées et incendiées, à l’exception de celles qui subsistèrent dans quelques cités et endroits fortifiés. » Mais il arriva que le bien sortit de l’excès même du mal et que, quand on les rebâtit, peu à peu on chercha à corriger ce qu’il y avait de défectueux dans les anciens édifices.

Débuts d’une renaissance au xi* siècle. — Çà et là, au x" siècle, on surprend déjà des tendances vers un progrès dont on définira plus loin les caractères; mais les temps étaient encore mauvais, le x* siècle est un des plus sombres du moyen âge.

S’il fallait en croire quelques auteurs, le monde occidental désespéré aurait été convaincu de sa fin prochaine; mais on a fort exagéré l’inHuence des croyances relatives à l’an 1000. En tout cas, au xic siècle, une vie nouvelle semble circuler. De tous côtés ont lieu de grandes assemblées où F,c- 78- — vo0te en berceau. • les évêques et les abbés (D’après Viollet-le Duc )

prêchent la paix, puis la

trêve de Dieu. L’état de la société s’améliore, l’ame s’ouvre aux grandes espérances, un autre moyen âge commence : avant la fin du siècle, les trouvères chantent la chanson de Roland, les croisés prennent la route de Jérusalem, le mouvement communal éclate çà et là, et, au milieu de ce réveil général, les arts se relèvent. « Aux environs de l’an ioo3, dit le chroniqueur Raoul Glaber, dans tout l’univers, mais surtout en Italie et en Gaule, on se mit à recon-

LE MOYEN AGE

struire les églises, bien que pour la plupart ce ne fût point nécessaire; mais c’était à qui, entre les populations chrétiennes, aurait les plus beaux édifices. On eût dit que le monde, secouant ses vieux haillons, voulait partout revêtir la robe blanche des églises. Les fidèles rebâtissaient, en les améliorant, non pas seulement les basiliques épiscopales et les monastères, mais même les petits oratoires. » Cependant ce fut surtout au xue siècle que l’art roman s’épanouit dans toute sa force et dans tout son éclat.

Les écoles monastiques; l’ordre df. Cluny. — Les arts renaissent d’abord sous l’influence monastique. Entre tous, un ordre religieux les cultive et les propage, celui de Cluny, fondé au xe siècle, et qui, auxi* siècle, multiplie ses monastères dans toute l’Europe. Les abbés de Cluny sont de véritables souverains, conseillers des papes et des rois, et leur abbaye est la plus vaste de la chrétienté. L’église de Cluny, reconstruite de la fin du xi® siècle au commencement du xiii0, avait 171 mètres de long: le moderne Saint-Pierre de Rome n’a que 12 mètres de plus. Les Cisterciens, qui réagiront contre le luxe des églises clunisiennes, seront cependant, eux aussi, d’excellents architectes. Les artistes que citent les contemporains étaient en grande partie clercs ou moines : ainsi Gauzon et Hézelon, qui, au xie siècle, fournirent les plans de la nouvelle abbaye de Cluny; Jean, architecte de la nef de la cathédrale du Mans; Raymond Gayrard, à qui l’on attribue le choeur de Saint-Sernin, de Toulouse, etc. Il s’en trouvait aussi qui composaient des manuels techniques à l’usage des artistes : tel fut le moine Théophile, qui vécut probablement au xi* siècie en Allemagne; sa Schedula diversarum artium1 traite des procédés de la peinture, des vitraux, du travail des métaux et de l’orfèvrerie. Certains monastères étaient de véritables écoles de beaux-arts. Ainsi, en 1094, Bernard, ex-abbé de Quincy, avait fondé près de Chartres un monastère du Saint-Sauveur où il avait réuni des sculpteurs, des orfèvres, des peintres.

Les nouvelles églises : emploi de la voûte. — C’est tout d’abord dans l’architecture qu’il faut chercher l’originalité

1. Traduction française publiée en 1843 par le comte de l’Escalopier.

de l'art nouveau. Depuis le iv* siècle, la basilique chrétienne a subi déjà bien des modifications en Occident; deux bras transversaux ( transept ) se sont développés à l’intersection du chœur et des nefs et lui ont donné la forme d’une croix; sous le sanctuaire s’est étendue la crypte, véritable église souterraine; enfin sur l’édifice se sont dressés les clochers qui, malgré leur nom moderne, n ont pas étédestinésd’abord aux cloches : on les a ppelait alors tours et, pendant les invasions normandes, ces tours avaient souvent servi pour leguetet la défense. Ces divers changements sesontaccomplisà l’époque mérovingienne et à l’époquecarolingienne.

Cependant, pour couvrir les basiliques, on avait conservé le plus souvent l’ancien système des combles et plafondsen bois, si exposés aux incendies; les invasions normandes en firent mieux sentir les défauts; au xi® siècle, on commence à y substituer la voûte en pierre ef ce fut là le point de départ de toutes les transformations architecturales du style gothique comme du style roman. Mais cette substitution ne se fit que lente-

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