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L'ART ROMAN

misérable. Cependant l'esprit français semble avoir le goût naturel de la sculpture; à partir du xi* siècle; en présence des nouveaux édifices qu’il faut décorer, les ateliers se multiplient et une activité nouvelle les anime. Ici on consulte les vieilles œuvres romaines; là on se tourne vers l’Orient. L’art byzantin a délaissé la grande sculpture; mais il offre ses miniatures, ses ivoires, ses pièces d’orfèvrerie; parfois les sculpteurs prennent les figures qui s’y trouvent etles imitent, avec d’autres proportions et dans la pierre. Ces premiers essais sont encore grossiers, souvent presque ridicules; les personnages sont mal proportionnés, gauches ou raides; mais peu à peu la vie leur viendra, ils se naturaliseront Français et nous aurons alors la

sculpture la plus FIG. 83. — ÉGLISE DU PUY-EN-VELAY.

sincère et en même temps la plus élégante du moyen âge. Les débuts de la sculpture romane sont d’ailleurs assez obscurs. Il semble qu’il faille les chercher enAuvergne et dans le Languedoc1.

i. Un savant allemand, M. Wœge (die Anfânge des monumentale n Stiles im Mittelalter , 1894), avait cru trouver en Provence le point de départ de la renaissance de la sculpture. Le grand portail de Chartres serait l’adaptation. au nord de la sculpture provençale de Saint-Tro-

LE MOYEN AGE

Au cours même du xuc siècle, plusieurs écoles ont leur physionomie propre. En sculpture comme en architecture, la Provence subit l’influence antique; ainsi les figures du portail de Saint-Trophime offrent parfois de frappantes ressemblances avec celles des sarcophages du v* siècle; dans ce pays sans doute la tradition n’a jamais été brisée. Le beau portail de Saint-Gilles, qui, comme le précédent, date de la fin du xn* siècle, est un des plus remarquables monuments de la sculpture provençale. Un des artistes qui y travaillèrent, Brunus, a gravé son nom. A Toulouse et dans la région environnante, l’imitation orientale est d’abord plus sensible : au cloître de Moissac (commencement du xn* siècle), certaines figures semblent venir de Byzance; les traits, les attitudes, les plis des draperies l'attestent; mais rapidement, dès le milieu du xu* siècle, l’école languedocienne atteint à une franche originalité. Le musée de Toulouse possède une remarquable série de chapiteaux historiés de cette époque. L’école bourguignonne est pleine de sève et d’audace, l’aspect de la vie l’attire, elle veut le rendre; au portail de Vézelay et à celui d’Autun, les figures longues, grêles, mal agencées, paraissent presque grotesques, mais on sent qu’elles ont du moins la bonne volonté de se mouvoir et les types des figures attestent déjà l’observation de la nature. Bientôt l’école de l'Ile-de-France et de la région voisine se placera au premier rang : au portail occidental de Chartres, elle montre de remarquables qualités de vérité et de finesse. A Notre-Dame de Paris, la porte Sainte-Anne est en partie de cette époque.

Rôle de la sculpture dans la décoration des églises. — Les architectes livraient, du reste, un vaste champ à l’activité des sculpteurs. A l’extérieur, le portail se chargeait de figures et de bas-reliefs groupés avec une grande entente de la décoration : aussi, quand on veut se rendre compte de la' valeur des œuvres de ce temps, faut-il moins les- apprécier d’après des morceaux isolés que par l’ensemble qu’elles for-

phime et de Saint-Gilles. Mais M. de Lasteyrie (Etudes sur la sculpture française au moyen âge, ujoe) a établi que le portail de Chartres se placerait entre iiôo et 1175, tandis que celui de Saint-Trophime serait de 1 180 à 1 190.

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