‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 71 sur 177 · I. ART ROMAN · texte numérisé non relu

I. ART ROMAN

maient. Dans le tympan même de la porte, le Jugement dernier ou le Christ dans l’éclat de sa gloire, entouré des apôtres, sont les sujets préférés. A l’intérieur, la sculpture historiée avait aussi sa place : on l’appliquait souvent à la décoration des chapiteaux. A Vézelay, toute une série de chapiteaux représentent des scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament, des épisodes de vies des saints, des allégories de vices et de vertus, les travaux de l’année.

Auprès de la sculpture historiée, la sculpture ornemen-

FIG. 84. — T V M P A N DE n'otRE-DAME DE CHAR 1RES.

taie a un rôle plus modeste : elle se contente de chercher des motifs, animaux, fleurs, entrelacs, qu’elle sème sur les moulures, sur les chapiteaux, les parois, etc. Elle aussi se développa, au xi* et au xu0 siècle, sous l’influence romaine et orientale. Cette dernière surtout fut très puissante et se maintint longtemps presque partout : bien des œuvres de ce genre, qui décorent nos églises, pourraient passer pour des fragments arrachés à quelque édifice d’Orient. Un des caractères de l’ornementation byzantine est que, quand elle reproduit une plante ou un animal, elle ne le représente pas avec ses formes réelles, mais le transforme au point

LE MOYEN AGE

^'aboutir à une combinaison fantastique où souvent on ne reconnaît qu’avec peine les formes de l’original. Peu à peu, l'esprit plus sain de nos ornemanistes se dégagea de ces conceptions, ils voulurent revenir à l’imitation des formes naturelles; il leur fallut un certain temps pour l’oser avec pleine franchise; cependant, dès le milieu du xne siècle, en plus d’un endroit, la sculpture ornementale est déjà conçue dans un esprit presque opposé aux types byzantins. Ce progrès est sensible dans la flore; il l’est moins dans la faune, parce que ces formes bizarres répondent à des croyances ou à des erreurs qu’enregistrent les Bestiaires , où sont décrits tous les animaux réels ou imaginaires. Parmi ces derniers, beaucoup sont empruntés à l’Orient, d’autres sont nés de la fantaisie des artistes; on les voit courir le long des frises, se tordre autour des chapiteaux. Parfois la forme humaine se combine avec les formes animales : les savants du moyen âge avaient emprunté aux écrivains anciens, notamment à Pline, la description de peuplades imaginaires dont l’art adoptait les types : quadrupèdes à tête de femme, etc. A la sculpture se rattachait l’orfèvrerie. Certains trésors d’églises étaient d’une merveilleuse splendeur. Suger a longuement décrit les œuvres dont il avait enrichi son abbaye de Saint- Denis, châsses, croix, reliquaires couverts d’émaux; il avait attiré des artistes rhénans qui excellaient alors dans ces travaux.

La peinture : fresque, miniature; peinture sur verre. — De tous les arts, la peinture est alors le plus pauvrement représentée en France. Peu d’églises ont conservé l’ensemble de leur décoration peinte : Saint-Savin, près Poitiers, est, à cet égard, une exception. Quelques compositions n’y manquent point de vie, mais l’exécution est encore bien imparfaite. Dans les manuscrits, si les lettres ornées charment souvent par une ingénieuse fantaisie, les figures sont, en général, incorrectes et mal groupées. En revanche, avait pris naissance un système de décoration qui bientôt allait créer de véritables chefs-d’œuvre. On connaissait depuis longtemps les verres colorés en pâte appliqués à la fermeture des fenêtres, mais on ne savait pas peindre sur verre avec des couleurs que la fusion fixait ensuite définitivement sur le fond en les vitrifiant. Au xe siècle seulement,

l’art roman.

on voit apparaître avec certitude ce procédé, et l’on se sert à la fois de verres teints dans la masse (rouge, bleu, jaune,

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