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FIG. 92. — HÔTEL DE JACQUES CŒUR, A BOURGES

des assemblées; le jubé assure le recueillement des clercs.

LE MOYEN AGE

Sur la plate-forme sont dressés des pupitres pour la lecture de l'évangile et de l’épître. Dans le chœur sont placées les stalles de bois des chanoines, souvent richement sculptées, et le maître-autel qui, simple dans les anciennes basiliques, est devenu peu à peu un véritable monument. Primitivement le chœur allait jusqu’aux murs de l’abside. Plus tard on intercala une galerie voûtée, prolongement des bas côtés, sur laquelle s’ouvrirent des chapelles absidales : celle qui se trouvait dans l’axe même de l’édifice, la chapelle de la Vierge, par ses proportions plus fortes, devint parfois comme une petite église. Mentionnons enfin les cloîtres, ordinairement placés sur un des côtés de l’église, et qui, par leur plan, rappellent l’ancien atrium.

Parmi les dispositions que j’ai indiquées dans cette description, nécessairement fort incomplète, beaucoup ne datent point de l’architecture gothique, et se trouvent aussi dans les édifices romans : on peut dire que l’église gothique du xni° siècle offre la coordination de tout ce que les constructeurs du moyen âge avaient créé de plus original.

Le chateau. — L’architecture n’est point exclusivement religieuse : parmi les édifices qui expriment le mieux le caractère du temps, à côté de l’église se place le château. Par certains traits, le château féodal se rattache aux camps et aux forteresses de l’époque romaine; cependant c’est au milieu des invasions normandes que l’architecture militaire du moyen âge a véritablement pris naissance. Les premiers châteaux sont grossièrement bâtis : un fossé, des palissades, quelques bâtiments de service, une tour en bois sur une éminence artificielle ou motte. Bientôt la pierre remplace le bois, les constructeurs améliorent les dispositions ; à la fin du xit* siècle et au xiii% l’architecture féodale est dans toute sa force. Derrière un large fossé que protège une palissade ( barres ) se développe l’épaisse enceinte, flanquée de tours qui la divisent en courtines. Le sommet du mur se couronne de créneaux, c’est-à-dire d’entailles, de baies rectangulaires, d’où tirent les archers; des cons ructions saillantes, d’abord en bois ( hourd ), puis en pierre, dont le plancher est percé de fentes ( mâche coulis), permettent aux assiégés de précipiter d’énormes projectiles sur l’ennemi qui tente de saper le mur. Sur

L ART FRANÇAIS OU ART GOTHIQUE

le pourtôur règne un chemin de ronde. La porte d’entrée, ' laquelle on n’a accès que par un pont-levis mobile, est

FIT.. 93. — HAI. LE ET BEFFROI l> E BRUGES (BELGIQUE).

protégée par deux fortes tours. L'intérieur du château se divise en deu x bailles ou cours :1a première est occupée par les dépendances, les ateliers et les logements des artisans ; un

LE MOYEN AGE

nouveau rempart la sépare de la seconde. Là se trouvent les logis du seigneur et de ses gens, et, sur un des côtés, adossé au mur, mais séparé des autres bâtiments par un fossé, se dresse \q donjon : dans cette énorme tour, cylindrique, rectangulaire, polygonale, selon les époques et les pays, divisée en plusieurs étages, le seigneur peut soutenir un dernier siège. Parmi les plus redoutables châteaux de ce temps, citons le château Gaillard en Normandie , construit sous la direction même de Richard Cœur de Lion, mais surtout le château de Coucy (xin° siècle) : le donjon de Coucy, dont les murs avaient plus de 7 mètres d’épaisseur, mesurait 55 mètres de haut sur 3o mètres de diamètre. Ce système de défense n’était pas, du reste, exclusivement réservé aux demeures seigneuriales : on le retrouvait dans les villes, et les enceintes d’Aigues-Mortes, de Carcassonne, d’Avignon, offrent de remarquables modèles de l’architecture militaire du xiii0 siècle. Le château de Pierrefonds (1390-1420), qui-a été restauré par Viollet-le-Duc, est un remarquable type de l'architecture militaire pendant la guerre de Cent ans. Les monastères eux-mêmes sont parfois devéritables forteresses, comme la célèbre abbaye du mont Saint-Michel (tig. 9 1 ).

L'architecture civile. — A côté de l'architecture religieuse et de l’architecture militaire grandit l’architecture civile. Si les villes du moyen âge étaient souvent étroites et tortueuses, on aurait tort de se figurer nos aïeux vivant tous dans de misérables masures. Grand nombre d’artisans et de marchands avaient des maisons bien construites, d’un aspect élégant et pittoresque; les riches bourgeois possédaient de véritables hôtels. Telle était la maison de Jacques Cœur, à Bourges (xvc siècle), qui existe encore (fig. 92), et les contemporains qui décrivent d’autres demeures de ce genre, vastes, richement meublées, montrent qu’il n’y faut point voir une exception *. Les bourgeois, en bien des endroits, veulent aussi avoir leur maison commune ou hôtel de ville. La partie essentielle en est le beffroi , sortede donjon municipal; là sont les cloches qui appellent les citoyens aux assemblées : priver une ville de son beffroi et

1. Voir notamment Leroux de Lincy, Paris et ses historiens au XIV" siècle, 1868 : maison de J. Duchié décrite par Guillebert de Metz

l’art français ou art gothique.

de ses cloches, c’est proclamer la déchéance de ses institutions. Une grande salle où délibèrent les conseils, des archives, des corps de garde, une prison complètent l’éditice; sur la façade s’applique un perron où s’ouvre une loge : de là les magistrats peuvent haranguer la foule réunie sur la place. Les beaux hôtelsdevilledu moyen âge sont maintenant assez rares dans le midi et le centre de ' la France ; on les rencontre vers le nord, où la vie municipale a été si énergique. Ainsi à Douai, à Arras (xv* siècle), à Saint-Quentin (xvi*).

Parmi les plus i m portants, on peut citer ceux de Bruxelles et de Louvain (xv® siècle) ; à Bruxelles le beffroi atteint une hautéur de 1 14 mètres, et la grande salle est longue de 60 mètres. Dans ce même pays on trouve encore les plus beaux modèles de ces halles couvertes qui, pour

les grandes villes FIG ^ — maison du xiv* siècle.

marchandes du moyen

âge, étaient le centre du commerce : telles sont celles de Bruges (fig.g3) et d’Ypres, qui datent du xme et du xivesiècle. Même au point de vue de la distribution intérieure des édifices et de l’hygiène, l’architecture civile du moyen âge était habile et vigilante : c’est ainsi que les hôpitaux d’Angers (xtie siècle),

LE MOYEN AGE

de Tonnerre (xm® siècle), de Beaune (xv* siècle), aux salles amples, bien aérées, sont fort supérieurs aux hôpitaux qu’on

fit dans la suite et même à bon nombre de nos hôpitaux modernes, Certaines villes, construites de toutes pièces au moyen âge (d’où le terme de Villeneuve), sont régulières etsymétriques.

Entre toutes les villes d’Europe, Paris est alors célèbre par son importance politique etses richesses, par son Université. mais aussi par ses monuments. Aucommencement du xiv'siècle, Jean de Jandun en composait un éloge enthousiaste ; il célébrait les beautés de Notre- Dame, de la Sainte-Chapelle, du palais royal, place

out auprès, à l’endroit où se trouve maintenant le Palais de lustice ; il décrivait les richesses entassées à la halle des

' I G. 9 5. — STATUES DE LA CATHÉDRALE DE R E I M (xiir siècle.»

l'art FRANÇAIS OU ART GOTHIQUE. iSi»

Champeaux. Pour lui déjà, l’existence à Paris est la seule vraie, ailleurs on ne vit qu’à demi. L’hôtel de Cluny, qui ne fut commencé que vers 1490, l’hôtel de Sens (1475-1525), la tour de Jean Sans Peur, rue Tiquetonne, l’hôtel de Clisson (Archives nationales), sont les seuls restes importants de l’architecture civile parisienne à l’époque gothique.

La sculpture. — Au xi 1 ie siècle et dans les grandes cathédrales, surtout à Paris, à Bourges, à Amiens, à Chartres, à Reims, la sculpture gothique atteint à tout son éclat. Et qu’on ne croie pas qu’il s’agisse d’une beauté relative, que dépareraient à chaque instant des fautes de goût et des maladresses d’exécution ; les sculpteurs de ce temps, dans quelques-unes de leurs œuvres, sont arrivés à un harmonieux ensemble de qualités : ils ont réalisé sous des formes simples, vraies, élégantes, l’idéal le plus élevé. A ce moment, aux influences étrangères, aux traditions conventionnelles, l’art français a substitué définitivement l’observation de la nature; il est maître de ses procédés et de ses conceptions, il s’épanouit dans toute savigueuretsa grâce, statue a la sai nte-c h ap e lle. Déjà, sur la façade des églises <XI„. siècle.)

antérieures, les artistes avaient

développé ces vastes séries de compositions où se déroulait en quelque sorte l’épopée chrétienne. Au xme siècle, ces poèmes s’enrichissent comme de chants nouveaux : la décoration des portails et des façades devient une im-

igo

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