I.E MOYEN AGE
mense encyclopédie imagée que domine la foi : vertus et vices, arts, sciences, travaux, tout y figure et s’y rattache à l’idée religieuse. C’est le moment où l’esprit du moyen âge. confiant dans sa force et comme enivré de lui-même, rêve l’universalité de la science; Vincent de Beauvais
FIG. 96 bis. — TÊTE DE FEMME.
• Portait de Reims.)
écrit son Spéculum majus où prennent place toutes les connaissances, saint Thomas touche à toutes les questions.
Dans ces bas-reliefs et dans ces statues, la vérité des types et des mouvements, l’expression dramatique s’accentuent avec force. Non seulement les attitudes sont justes et vivantes, mais le caractère moral est marqué avec préci-
. L’ART FRANÇAIS OU ART G O T 1 1 I Q U F . iqi
sion. Les vierges, les saintes, les élus conservent une physionomie douce et mystique; mais les apôtres, les saints, les personnages historiques ont les traits qui conviennent à des penseurs ou à des hommes d’action. Les corps mêmes, quoi qu’on ait dit, ne manquent point de réalité; on les sent vivre sous les draperies, et, quand par
F l (j. 97. — TYMPAN DU PORTAIL MÉRIDIONAL A NOTRE-DAME DE PARIS.
(xin* siècle. — Histoire de saint Etienne.)
hasard le sculpteur traite une figure nue, il y fait preuve de qualités d’observation.
Les mêmes caractères se retrouvent dans la sculpture d’ornement. Ainsi les motifs empruntés à la flore sont choisis et traités d’après un esprit tout nouveau. On renonce aux anciens modèles, aux feuillages conventionnels de style romain ou byzantin, l’grtiste s’adresse aux boisetaux champs voisins : le chêne, le hêtre, le houx, le chardon, le chou frisé, .etc., lui fournissent les feuillages dont il enveloppe
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ses moulures et ses chapiteaux. Dans toutes ses œuvres enfin, la sculpture du xme siècle est naturaliste, au meilleur sens du mot. A cette époque, comme au xne siècle, plusieurs écoles existent qui chacune ont quelques qualités propres : ainsi celles de l’Ile-de-France, de la Picardie, de la Champagne, de la Bourgogne, mais toutes sont animées du
même esprit.
Vitraux et
MINIATURES. En
revanche, l’art gothique ne mé-.
nageàla peinture murale qu’un rôle secondaire.
Ce n’est point qu’il dédaigne les effets de coloris,lesornements peints couvrent lcsparois, imitant souvent les dessins des étoffes, et la polychromie s’étend aux moulures et aux chapiteaux ; mais, saufdansleschâteaux, les murs, F.G. 98. - la FILLE DE JEPHTÉ. ' percés de fenêtres
(Miniature du psautier de saint Louis.) et d’arcades, n’of-
frent guère les
surfaces continues que réclament de vastes compositions; aussi le plus souvent est-ce sur les fenêtres mêmes que le peintre trouve où s’exercer. Grand nombre de cathédrales ont conservé en partie leurs superbes verrières; les sujets y sont traités avec le même talent que dans les œuvres de la sculpture, les tons y s£>nt combinés avec une harmonie et un sentiment juste de l’effet qui s’altéreront dès le xiv* siècle. Nulle part ce système de décoration n’a été employé avec plus d’éclat qu’â la Sainte-Chapelje de
l’art français ou art gothique.
Paris : à l’étage supérieur, les murs sont, pour ainsi dire, supprimés et remplacés par les vitraux aux tons diaprés, si bien que, pour employer le langage d’une vieille légende chrétienne, les parois semblent construites avec de la lumière. L’ornementation des manuscrits est toujours en honneur :
les miniaturistes et les calligraphes de Paris sont fort célèbres, même à l’étranger. Suivant la même voie que les sculpteurs, ils délaissent les conventions, s’inspirent de la nature ; parmi leurshgures, beaucoup sontévidemment des portraits. Leur dessin est à la fois précis etsouple,leurstyle élégant et tin. Les bordures d’ornements, les lettres initiales, lettrines, sont d’un goût exquis. De très belles œuvres de ce genre fig. 99- — loutre sous Charles' v.
datent du règne de (Miniature des Heures du duc de Berry, frère de Charles V.)
saint Louis ; tel
entre autres le psautier du roi (Bibliothèque nationale).
Époques de l’art gothique. — • Considéré dans son ensemble, l’art gothique est à son apogée au xine siècle; il unit alors harmonieusement la force et l’élégance, la simplicité et l’habileté technique; aussi est-ce cette époque
HIST. DE L ART
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qu’on s’est attaché surtout à faire connaître ici. Déjà, dès le siècle suivant, ces qualités s’altèrent. Ce n’est point que les arts aient cessé d’être en honneur, loin de là : princes, seigneurs, bourgeois déploient un faste extraordinaire, encouragent les artistes et recherchent leurs œuvres. Charles V les appelle à sa cour. Mais les artistes du xivc et du xve siècle n’ont plus le goût aussi sûr que ceux du xiuc, et le désir de faire preuve d’originalité les entraîne à des innovations dangereuses. En architecture (parmi les plus belles églises du xiv* et du xv' siècle, citons Saint-Ouen de Rouen, Sainte-Cécile d’Albi, etc.), ils veulent étonner le regard par la légèreté et la richesse des constructions; du coup ils méconnaissent parfois les lois des proportions et le rapport exact de l’ornementation à la construction1.
L'art français produit encore bien des œuvres dignes d’étude et qui charment l’œil, cependant il a perdu la fraîcheur saine et simple, la grâce naturelle de la jeunesse; il recourt aux artifices pour se faire admirer, et de beau devient souvent joli. A cette époque on construit moins de grandes églises, plus de chapelles; l’architecture seigneuriale fait une plus large part à la recherche du confortable : l’aspect des châteaux devient moins rude, les hôtels, les demeures de plaisance se multiplient, l'art civil tient une place de plus en plus grande. En sculpture et en peinture s’accomplit une évolution dont les caractères seront indiqués à propos des origines de la Renaissance française.
L’art gothique hors de France. — C’est en Francequ’il m’a paru le plus intéressant d’étudier l’art gothique; mais, s’il est né chez nous, il s’est répandu de là dans toutes les contrées voisines. Les pays du Nord surtout lui ont fait bon accueil et lui sont restés longtemps fidèles. En Allemagne, le nouveau style apparaît, au xme siècle, à Notre- Dame de Trêves (1227-1244), à Sainte-Elisabeth de Mar-
1. On donne souvent au gothique de la fin du xm* et du xtv* siècle le nom de rayonnant, à celui du XVe et du xvi* siècle le nom de flamboyant; mais on n'est pas toujours d’accord sur l’application chronologique de ces termes. Le style flamboyant, qui se distingue notamment par l’exagération et la complication de l’ornementation, s’est introduit chez nous au cours de la guerre de Cent ans et paraît d’origine anglaise.
i/art français or art oothiquf.
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bourg (1 235- 1 283); il atteint à tout son éclat à la cathédrale de Cologne, commencée en 1248, où l’imitation delà cathédrale d’Amiens est si visible dans le chœur. De la région du Rhin il se propage dans toutes les autres parties de l’Allemagne et plus au nord, en Scandinavie. En Angleterre, c’est un maître français, Guillaume de Sens, qui, en 1175, l’introduit à la cathédrale de Canterbury. Au xiti® siècle, s’élèvent l’église de Westminster à Londres, les cathédrales de Salisbury, de Lincoln, etc. Déjà cependant se montrent certaines différences avec l’architecture du continent; les églises anglaises n’ont régulièrement que trois nefs, et aux absides circulaires se substituent souvent des chœurs carrés. Au xiv* siècle, en Angleterre comme en France, l’art se complique, c’est ce que les Anglais appellent le style décoratif (cathédrales d’Exeter, d’York). Enfin, au xv* et au xvi* siècle, le style Tudor pousse la prodigalité de l’ornementation à un degré que n’atteignait même pas notre style flamboyant; la chapelle d’Henri VII à Westminster (1 5o2-i 520) en est le plus curieux exemple.
En Espagne et en Portugal, les monuments où l’on trouve les plus anciennes traces du gothique sont les cathédrales de Burgos (commencée en 1221) et de Tolède dont le maître d’œuvres fut un Français. Lors de la construction du monastère de Batalha (fin du xive siècle), le roi Jean I,r de Portugal fit appel à des architectes étrangers et notamment à un Français, maître Huguet. En Espagne, le nouveau style se mêle parfois à des éléments arabes. Quant à l’Italie, elle n’a point repoussé le gothique, et il est faux d’écrire, comme on le fait souvent, qu’il ne s’y rencontre que par exception. Ce sont des moines cisterciens français qui l’y ont introduit et il a fait son apparition à l’abbaye de Fossanova, entre Rome et Naples, qui fut reconstruite de 1187 à 1208; en Toscane, la plus ancienne construction gothique est l’église de San Galgano, commencée au xivc siècle, également d’origine cistercienne. Des moines de San Galgano furent, dans la seconde moitié du xm* siècle, les maîtres de l’œuvre de la cathédrale de Sienne. Dans le sud de l’Italie, le style nouveau se répand dans la seconde moitié du xm° siècle, sous l’influence de Charles d’Anjou et de ses successeurs. Les documents font connaître les noms
l’art français ou art gothique.
de nombreux architectes français qui y ont travaillé. Mais, fidèle aux traditions antérieures, obéissant à d’autres goûts que les peuples du Nord, l’Italie n’accepte point tout entier le style gothique. Très souvent elle ne lui emprunte que des éléments décoratifs, laissant de côté les éléments essentiels de la construction, hautes voûtes, arcs-boutants; partout sous le gothique perce le roman. L’église de Saint- François à Assise (1236-1259), la cathédrale de Sienne, la cathédrale d’Orvieto (fig. 100) (commencée en 1290), plus tard la cathédrale de Milan (commencée en 1 386) comptent parmi les plus célèbres monuments gothiques de l’Italie. Du reste, nous aurons occasion de revenir, dans le chapitre suivant, sur l’architecture italienne au moyen âge. Enfin, en Orient même, en Syrie, à Chypre, à Rhodes, etc., l’art gothique pénétra avec les croisés.
L’influence artistique de la France a l’étranger. — Au milieu de ce développement général, l’influence française est partout sensible, et souvent c’est à nos artistes que s’adressent les étrangers. On a déjà vu plus haut que Guillaume de Sens avait travaillé en Angleterre, Villard de Honnecourt en Hongrie. « Entre 1259 et 1278,1e doyen de la collégiale de Wimpfen, près Heidelberg, charge un architecte arrivé de « Paris en pays de France », de lui faire son église en ouvrage français, opéré francigeno. En 1287, Etienne Bonneuil part de Paris avec dix compagnons pour construire la cathédrale d’Upsal, et nos ouvriers conservent au loin leur renommée. L’empereur Charles IV, lors de son voyage en France sous Charles V, emmène avec lui des architectes à qui l’on attribue plusieurs édifices de Bohême. La cathédrale de Prague est commencée (i3q3) par un artiste français, Matthieu d'Arras. Henri Arler, de Boulogne, au xii* siècle, fait les plans de la cathédrale d’Ulm. L’Espagne emploie des architectes et des sculpteurs français. Vers la fin du siècle, ce sont des Français qui tracent le plan du dôme de Milan, et un Parisien, Nicolas Bonaventure, en dirige les travaux. » (Renan.) Jean Mignot, Jean Roquelin de Saint-Omer y travaillent après lui. Ce fut un Parisien, Thierri, qui commença à Chypre la cathédrale de Nicosie (première moitié du xuT siècle). Les étrangers eux-mêmes reconnaissent alors l’excellence de la France et
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regardent Paris comme le centre de la civilisation. 11 a fallu d’étranges aberrations pour nous faire mépriser si longtemps les beautés de cet art gothique auquel nous devons de tels titres de gloire et qui est, par excellence, notre art national.
Bibliographie.
Voir les ouvrages cités à la fin du chapitre précédent.
Histoire de V Art, publiée sous la direction d’André Michel, 1906, t. II : Formation, expansion et évolution de l’art gothique. — Gonse, l’Art gothique, 1891, ouvrage d’ensemble fort bien illustré. — Mâle, l'Art religieux en France au XIIIe siècle, études sur l' iconographie religieuse, 1902. — Les Archives de la commission des monuments historiques, publiées par la Direction des Beaux-Arts, offrent une riche sérié de relevés architecturaux et de reproductions. — L. Gautier, la Chevalerie, 1884, sur le château et la vie féodale. — Corroyer et Marcou, Catalogue raisonné du musée de sculpture du Trocadéro (xivc et xv' siècles), 1892.
Parmi les nombreuses monographies relatives à cette période, voir notamment: de Lasteyrie, les Origines de l’architecture gothique, 1901 ; — Vitet, Cathédrale de Noyon, 1845; — Lefèvre-Pontalis, Cathédrale de Noyon, 1900; — Lassus et Viollet-le-Duc, Notre-Dame de Paris ; — Durand, Monographie de la cathédrale d'Amiens, 1901-1903, dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Picardie; — Bégule et Guigue, Monographie de la cathédrale de Lyon, 1880; — Bulteau, Monographie de la cathédrale de Chartres, 1888-1902, qu’il faut rectifier avec le travail plus récent de Lefèvre-Pontalis, Les architectes et la construction de la cathédrale de Chartres, 1905, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de France ; — Dehaisnes, Histoire de l’art dans la Flandre, l’Artois et le Hainaut avant le XVIe siècle. — Corroyer, le Mont Saint-Michel, 1877; — De Vogué, les Églises de la 7 erre sainte, 1860; — Enlart, Origines de l'architecture gothique en Italie, 1894; l’Art gothique et la Renaissance en Chypre, 1899. — Comme guide pour les monuments de Paris, de Guilhermy, Itinéraire archéologique de Paris, 1 85 5, est encore utile, mais devrait être remis au courant.