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FIG. IOI. — NICOLAS DE PISE. — PRÉSENTATION AU TEMPLE

(Pise.)

avoir de beaux édifices; les bourgeois opulents se piquèrent d’une même émulation : ainsi se formèrent dans bien des cités des écoles artistiques originales. Plus tard, les hommes d’Etat qui parvinrent à établir leur pouvoir aux dépens des anciennes institutions, comme les Médicis à Florence, les Visconti et les Sforza à Milan, etc., conservèrent ces traditions : au milieu des révolutions politiques, l’art se développa donc sans interruption.

La littérature et les croyances exercèrent aussi sur sa naissance une puissante influence. Par bien des côtés l’art

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italien procède de Dante et de saint François d'Assise, dont le prestige a été si grand et si populaire en Italie à cette époque. Dante, qui, dans la Divine Comédie, abandonne le latin, la langue du passé, pour l’idiome vulgaire, montre aux artistes comment il faut s’affranchir des traditions, en même temps que ses conceptions mystiques, ses descriptions

Cl. Atinari, Florence.

FIG. 102. — GIOTTO. — RÉSURRECTION DE LAZARE. — (PadoUC.)

pleines de vie s'emparent de leurs imaginations et les inspirent. Saint François prêche aux hirondelles, au loup de Gubbio; dans un cantique d'une poésie ardente, il invoque le création entière et appelle les étoiles, les vents, les oiseaux, ses frères et ses sœurs; par là il consacre l’amour de la nature. Alors un souffle nouveau pénètre l’art : Giotto, le grand novateur en peinture, est l’ami de Dante en même temps qu’une partie de son œuvre célèbre saint François, et chez presque tous les artistes de ce temps se retrouve le

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double souvenir du saint et du poète. Qu'on y ajoute l’étude de l’antique, qui apparaîtra surtout au xv* siècle, et l’on aura

les principaux éléments de la renaissance italienne: l’expression de la vie, l’observation de la nature, l’influence du passé.

Cliché Alinuri, Florence.

FIG. 103. — SIMONE DI MARTINO (SIMONE MEMMl). — L'ANNONCIATION.

(Florence — Galerie des Offices.',

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L’art italien au xiii* et au xiv® siècle. — Au xme siècle et au commencement du xiv”, trois hommes personnifient l’art sous ses trois formes principales: Nicolas de Pise, Giotto, Arnolfo di Cambio.

Nicolas de Pise est né entre 1205 et 1207. Il était originaire de l’Italie du Sud, de la Pouille. Les grands travaux, qui marquent une évolution nouvelle dans la sculpture, sont de sa vieillesse : ainsi la chaire du Baptistère de Pise (1260 J, la chaire de la cathédrale de Sienne (1266-1268), à laquelle son fils Jean a collaboré1. Dans ces bas-reliefs, si les sujets religieux sont ceux que traitait le moyen âge, si Nicolas de Pise se rattache à l’art gothique et même, dan< une certaine mesure, à la sculpture française du xme siècle, le style se rapproche de l’antique. On a pu prouver que les sarcophages romains conservés au Campo Santo de Pis< ont frappé l’artiste, qu’il leur a emprunté même certaine! figures, alors qu’il travaillait à la chaire du Baptistère. Ainsi s’est transformé son style; mais ses personnages sont encore lourds, ses compositions souvent gauches. Son fils Jean (1 240-1 320), qui fut l’architecte du Campo Santo de Pise (1278-1283), s’inspire plus de la nature, il est aussi plus apparenté à nos sculpteurs gothiques; ses œuvres, dont les morceaux sont au musée de la ville, comme la chaire de la cathédrale de Pise (i3o3-i3ii), celle de Saint- André à Pistoia sont pleines de vie et d’une énergie qui va jusqu’à la violence. L’influence de l’école de sculpture pisane s’est étendue à Venise et à tout le nord de l’Italie. A Florence, André de Pise (1270-1348), l’auteur d’une des portes du Baptistère, où les figures sont si gracieuses et si élégantes, fut le créateur de l’école de sculpture florentine. Citons encore parmi les principales œuvres de cette époque les admirables bas-reliefs de la cathédrale d’Orvieto.

Jusqu’au xiii® siècle, d’une manière générale, l’art byzantin exerce sur la peinture italienne une action profonde. Sans doute, çà et là, quelques artistes font preuve d’originalité, on trouve quelques traces d’écoles indigènes, mais c’est seulement avec Giotto (1266-1337) fl116 la peinture prend

1. Nicolas et Jean de Pise ont aussi collaboré à la belle fontaine de Pérouse, terminée en 1278.

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définitivement une physionomie toute nouvelle. Son maître Cimabué, dans certaines de ses œuvres, avait déjà cherché ,

FIO. 104. — PALAIS DE la sEir.NEURiE. (Florence.)

à s’affranchir de la tradition byzantine. Giotto s’en détache d’un plus vigoureux effort. De bonne heure célébré, U

voyagea beaucoup, comme Nicolas de Pise et la plupart des artistes italiens, parce qu’on l’appelait de ville en ville : on le trouve successivement à Padoue, à Assise, à Rome, à Naples, etc. Son activité ne se limitait point à la peinture; en 1 3 3q, Florence lui confia la direction des travaux du Dôme ou cathédrale : il donnait en meme temps des modèles pour les beaux bas-reliefs du Campanile qu’exécuta André de Pise. Parmi ses grandes décorations, plusieurs subsistent. A Assise, il retraça dans l’église de Saint-François les principaux épisodes de la vie du saint, des compositions allégoriques destinées à glorifier ses vertus, des scènes du Nouveau Testament. A Padoue, dans la chapelle de Santa-Maria dell’Arena, il peignit des sujets empruntés à la vie du Christ et à celle de la Vierge. A Santa-Croce de Florence il représenta des scènes de la vie de s. Jean l’évangéliste, de s. Jean- Baptiste et de s. François. Bien plus original que Nicolas de Pise, ce n’est point de l’influence antique qu’il procède, mais de l’observation de la nature; il conserve du passé l’inspiration religieuse, mais il l’exprime sous des formes nouvelles. Ses figures ont le charme de la vie et de la sincérité de l’expression : par les attitudes, les gestes, elles appartiennent au monde ou a vécu l’artiste ; ses compositions sont souvent pleines de force dramatique. Ceux qui l’imitèrent répétaient que la véritable entrée de l’art est « la porte triomphale de l’étude de la nature » ; un d’eux, Cennino Cennini, le dit dans son Livre de l'art , manuel des peintres giot&esques.

Son influence fut immense. La plupart des peintres illustres du xive siècle, dans l’Italie centrale,’ relèvent de lui : Taddeo Gaddi, Giottino, Spinello Aretino, etc. Les sculpteurs même suivent cet exemple : un des plus grands artistes de Florence à cette époque, Orcagna, qui fut à la fois peintre et sculpteur, est tout pénétré de Giotto. Le tabernacle d’Or San Michèle (1349), qui est un véritable chef-d’œuvre, en témoigne. Le reproche qu’on pourrait adresser à tous ces disciples serait plutôt de s’être montrés trop fidèles au maître : jusque vers le milieu du xv' siècle, l’école florentine présente une physionomie trop uniforme.

A Sie nne, longtemps rivale de Florence, s’était développée une école de peinture que représentait, ai^, commencement du xiv' siècle, Duccio, encore attaché aux

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traditions des maîtres byzantins. Après lui, Simone di Martino était placé par Pétrarque au meme rang que Giotto.

Cliché Alinari, Florence •

FIG. Io5. — B R U N E L L E SC H 1. — LA CATHÉDRALE DE FLORENCE

Ses œuvres étaient remarquables par la suavité de l’expression. C’est en France qu’il est mort (1344), à Avignon, où il travailla à la décoration du palais pontifical. Un autre Siennc's, Ambrogio Lorenzetti, a orné de fresques une des salles du palais municipal de sa patrie (i337-i33y). L’école

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siennoise s’opposa à l’ccole de Giotto. Giotto est simple, énergique. Les maîtres siennois sont en général plus curieux de la grâce, de l’élégance, du pittoresque ; leur art est plus fleuri que puissant.

Pour l’architecture, si l’on ne constate point une transformation aussi complète qu’en peinture ou en sculpture, le xni* siècle est cependant encore une époque de renaissance. En Toscane, se forme une école qui, par les proportions des édifices, la finesse des détails, les revêtements de marbres blancs et noirs, donne aux églises de ce pays une physionomie toute particulière. Tout en adoptant la croisée d’ogives, les architectes florentins renforcent les murs et évitent les arcs-boutants. Par contre, à l’intersection de la nef et du transept, ils élèvent de vastes dômes, d’où le nom de dômes qu’on donne à ces églises. Parmi les constructeurs de ce temps, le plus illustre est Arnolfo di Cambio, qui construisit l’église de Santa Croce et qui commença, en 1296, la cathédrale de Florence, Santa Maria del Fiore, dont les travaux ne furent activement poussés qu’à partir de i 3 5 7 . De toutes ses œuvres, la plus grandiose peut-être, par son aspect comme par les souvenirs qu’elle évoque, est le palais de la Seigneurie à Florence, qu’il entreprit peu de temps avant sa mort, en 1298. Dans cette cité tumultueuse où il fallait mettre le gouvernement à l’abri de l’émeute, l’architecte a voulu que, par la force de ses murs, le palais communal imposât le respect et la crainte, mais aussi qu’un élément d’élégance vînt tempérer cette impression dominante; les fenêtres aux sveltes colonnettes, les arcatures où brillaient les armoiries de Florence, la haute tour ( Campanile ) qui se dresse sur la terrasse, varient l’aspect robuste de l’ensemble. Tout à côté, l’élégante Loggia dei Lanzi, commencée en 1376, est l’œuvre de Francesco Talenti et de Benci di Cione. Non loin de là, le Palais du Podestat, le Bargello, dont l’escalier de la cour intérieure est d’un charme si pittoresque, est du xmR et du xive siècle. Parmi les villes de Toscane, Sienne est avec Florence et Pise une de celles qui présentent le plus riche ensemble d’édifices de cette époque (Cathédrale, Palais public, xiii° siècle).

Tel est le tableau, fort sommaire, de la renaissance ita-

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