FIG. 121. — MICHEL-ANGE. — MOÏSE
(Eglise Saint-Pierrc-aux-l.icns. Rome ).
LA RENAISSANCE
connaître le plan grandiose qu’il avait conçu; la vigoureuse ligure de Moïse (fig. 1 2 1 ), exécutée longtemps plus tard, en est la partie la plus remarquable. Les deux Esclaves captifs , du musée du Louvre, dont l’attitude et l’expression sont si douloureuses, devaient faire partie de ce monument et représenter les sciences et les arts enchaînés par la mort du pape.
Dès 1 5o8, Jules II chargeait Michel- Ange de décorer le plafond de la chapelle Sixtine, au Vatican. Il n’avait point encore peint de fresques; on a prétendu qu’un de ses ennemis, l’architecte Bramante, lui avait tait confier ce travail, espérant qu'il y échouerait. Michel-Ange s’enferme à la Sixtine; là, sa sombre imagination s’exalte dans la solitude, dans la fièvre du travail sans relâche, et, l’esprit plein des visions de la Bible, il compose une œuvre ( r 5o8- 1 5 1 2), où passent toute son âme de penseur, tout son génie d’artiste. A la voûte se succèdent les scènes de la Genèse : Dieu séparant la lumière des ténèbres. Création des mondes , Séparation de la terre et des eaux, Création d'Adam et d'Eve, la Chute, Sacrifice d'Abel et de Caïn. Déluge, Ivresse de Noé. Aux angles, il place YHistoire de Judith et d’Holopherne, de David et de Goliath, le Serpent d'airain, le Supplice d'Aman. Puis, aux douze pendentifs, il peint sept prophètes, cinq sibylles, ici déchiffrant les livres obscurs des destins (fig. 122), là plongés dans une méditation profonde, ou comme gonflés par le souffle fatidique. Partout circule une inspiration puissante et terrible, partout éclate le sentiment dramatique et profond de la composition. La forme est digne des conceptions, admirable tout à la fois d’ampleur et de force. Plus tard ( 1 5 36 - 1 5q 1 ) , sur la paroi de fond, Michel-Ange peignit le Jugement dernier, où une trop large part est faite à la recherche des effets violents et des détails anatomiques.
Dans l œuvre de Michel-Ange, les tombeaux des Médicis correspondent en sculpture à la décoration de la Sixtine en peinture. De retour à Florence depuis i520, il ne les commença que plus tard. Les tombeaux sont au nombre de deux, celui de Laurent, duc d’Urbin, et de Julien, duc de Nemours, dans la sacristie de l'église Saint-Laurent, dont Michel-Ange lut lui-même l’architecte. Chacun d’eux est
l’art italien au xvic sn:c l e.
forme par un sarcophage que surmonte une console sur laquelle s’allongent deux figures : d’un côté, le Jour et la Nuit ; de l’autre, Y Aurore et le Crépuscule. Plus haut sont les statues des deux Médicis; celle de Laurent est célèbre par son attitude, qui lui a fait donner le nom de Penseur (il Pensieroso). Quant aux figures symboliques, elles sont de la même famille que les prophètes de la Sixtine. La Nuit (fig. i 2 3) surtout est conçue avec une force d’expression poignante :
elle est plongée dans un sommeil douloureux, où se sentent toutes les lassitudes de la vie, toutes les amertumes de l’âme.
A un contemporain, qui avait composé quelques vers pour en faire l’éloge, Michel- Ange répondait par d’autres vers où il faisait parler son œuvre :
« Cher m’est le sommeil, et plus encore d’être de pierre, tant que durent le mal et la honte; ne point voir, ne point sentir m’est un grand bonheur; aussi ne m’éveille pas, parle bas. »
A sa mélancolie naturelle venaient s’ajouter de patriotiques douleurs. Les Florentins avaient chassé les indignes descendants des Médicis; à la suite de cette révolution, Charles-Quint marchait contre eux. Michel-Ange, élu commissaire général des fortifications, prit une part active à la