MICHEL-ANGE. — SIBYLLE. — ÉRYTHKÉE
(Chapelle Sixtine. — Rome.)
LA RENAISSANCE
résistance (1529). Quand Florence fut vaincue, il dut se cacher; mais le pape Clément VII, qui était un Médicis, avait besoin de lui pour terminer les tombeaux de l’église Saint-Laurent; une amnistie lui fut accordée. Il était de plus en plus découragé et sombre. « La peinture, la sculpture, la fatigue et la bonne foi m’ont miné, écrivait-il, et tout va de mal en pis. Il aurait bien mieux valu pour moi que, dès ma jeunesse, je me fusse établi fabricant d’allumettes, je ne souffrirais pas toutes les douleurs que j’endure. » Ces sentiments de tristesse, il les a traduits admirablement dans sa dernière grande œuvre de sculpture, la Descente de croix qui se trouve à Florence. «Jamais artiste, dit M. Marcel Reymond, n’a créé une œuvre plus profondément humaine, plus nôtre, disant plus le fond éternellement douloureux de la vie. »
La tin de sa vie se passa à Rome. Il y était rentré en 1 5 3 2 ; en 1 5 3 5 , le pape Paui III le nomma architecte, peintre et sculpteur du Vatican; en 1547, il fut chargé de diriger la construction de Saint-Pierre de Rome. Dès le xvc siècle, le pape Nicolas V avait voulu substituer à la vieille basilique du moyen âge une nouvelle église, et plusieurs artistes s’étaient succédé dans la direction dés travaux. En i5o6, l’architecte Bramante en avait été chargé et il est à regretter que son projet n’ait pas été entièrement exécuté. Michel-Ange le modifia. Ce qui lui appartient surtout, c’est la coupole centrale; du moins il en avait donné le plan et il en avait fait faire le modèle en bois. D’autres travaux d’architecture l’occupèrent encore : mais, il faut le reconnaître, l’architecte chez lui n’égale point le sculpteur et le peintre.
Jusqu’à sa mort, à quatre-vingt-huit ans, il n’a point cessé de travailler. On n’a pu citer ici que quelques-unes de ses maîtresses œuvres; pour le bien connaître, il faudrait aussi étudier ses nombreux dessins, les uns à peu près achevés, les autres à peine ébauchés, mais tous du moins poussés jusqu’à ce point où ils expriment la préoccupation qui s’était emparée de lui. Dans ses ouvrages, la grandeur du style égale celle des pensées. Peut-être lui reprochera-t-on parfois sa tendance aux attitudes violentes et tourmentées, ses exagérations de modelé; mais ces moyens d’expression
l’art ITALIEN AU XVIe SIÈCLE. 23y
sont chez lui au service de sentiments puissants et sincères, tandis que chez ses imitateurs, à qui manquera l’âme, ils tourneront à l’emphase et à la déclamation.
, Raphaël. — Les contemporains, comme la postérité, ont souvent opposé l’un à l’autre Michel-Ange et Raphaël: en effet, tout diffère en eux, leur vie comme leur génie. Par sa naissance, par ses premières œuvres, Raphaël, né à Urbin, appartient à l’école ombrienne; son père même, Giovanni
(Tombeaux des Médicis. — Florence.)
Santi, était peintre, et il reste de lui des œuvres religieuses d’un sentiment doux et naïf. Devenu l’élève du Pérugin, le jeune artiste en subit l’action. De belles œuvres, entre autres le Mariage de la Vierge (musée Brera, Milan), datent déjà de ces années de jeunesse.
En i 5oq, après quelques excursions en Toscane, Raphaël s’établit à Florence, et alors commence une seconde période de sa vie artistique. De nouvelles influences, entre autres celle de l’antiquité, s’exercent sur lui et modifient son style. Il étudie les grands maîtres florentins, Masaccio, Ghirlandajo, Léonard de Vinci surtout. Ce travail de transformation est sensible dans les œuvres qu il exécute alors,
FIG. I 2 4. — RAPHAËL. — LA DISPUTE DU SAINT SACREMENT. — (Rome. — Vatican.)