‹ Précis d'histoire de l'artChapitre 97 sur 177 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

l’art EN FLANDRE ET EN ALLEMAGNE AU XVe ET AU XVIe SIECLE

Sommaire. — En Flandre se manifeste, au xive siècle, une renaissance vigoureuse, mais, en général, moins élevée dans ses tendances, moins délicate par le style. Elle a pour centres de grandes cités industrielles, ouvrières, commerçantes, elle s’inspire des goûts et des sentiments de ce milieu. Jean et Hubert Van Eyck ouvrent la marche et, par les progrès qu’ils font faire à la technique de la peinture à l’huile, ils créent une nouvelle école de coloristes. Puis viennent le doux et mystique Memlinc, Van der Weyden, d’un talent énergique mais plus rude. L’école flamande étend son action en Hollande, mais bientôt, dès le commencement du xvie siècle, elle s’altère sous l’influence de l’art italien.

En Allemagne, la Renaissance offre des caractères analogues. Deux grands artistes surtout la personnifient à la fin du xv' siècle et au commencement du xviu : A. Durer, (de Nuremberg) et Holbein (de Bàle). Le premier, peintre et gra- • veur, d’un génie plus puissant et plus profond, a su interpréter les sujets évangéliques en leur donnant une physionomie familière et locale, il a créé des compositions d’une expression douloureuse et émue. Le second a été surtout un portraitiste d’une précision incomparable, mais on retrouve chez lui, comme chez Durer, le goût des sujets où la souffrance, les misères de la vie sont rendues avec un réalisme poignant.

Caractères de l’art nouveau. — L’habitude s’est introduite d’étudier les manifestations de l’art successivement dans les divers pays où elles sont apparues. Il en résulte que, au Moyen Age ou à la Renaissance, nous sommes

l’art EN FLANDRE ET EN ALLEMAGNE. 2$\

enclins à supposer entre ces pays des différences qui parfois n’ont jamais existé ou qui n'ont pas eu l’importance que nous leur attribuons. L’art roman, l’art gothique, on l’a vu, ne se sont point limités aux frontières d’un Etat, ils se sont propagés à travers tout le monde chrétien. Il en a été de même de la Renaissance. Elle s’est manifestée au nord et au centre de l’Europe comme en Italie, et, si des écoles de date contemporaine se reconnaissent à des traits distincts, cependant de part et d’autre dominent les mêmes tendances.

L’art de Giotto procède du retour à la nature, l’art du xve siècle italien est réaliste. De même, dans les pays du Nord, la sculpture gothique s’était inspirée de la nature. Puis à la simplicité et à la vérité des œuvres du xi i Ie siècle, avaient succédé, comme dans l’école giottesque, les conventions, la recherche, même le maniérisme. Au xive et au xve siècle, en sculpture et en peinture, on voir apparaître un art nouveau. L’art gothique se rajeunit en se remettant encore à l’école de la nature, mais il veut l’interpréter avec plus d’exactitude et de rigueur; il devient réaliste. Les sculpteurs du xhic siècle étudiaient la figure humaine, mais ils se contentaient d’en rendre les traits généraux, on retrouve souvent chez leurs personnages les types des pays où ils travaillent, on n’y surprend guère le souci de la physionomie individuelle, du portrait. Au contraire, au xiv* et au xv“ siècle, les artistes s’attacheront à reproduire avec une précision implacable les modèles qu’ils ont choisis. Chez eux le portrait domine, non seulement quand il s’agit de rendre les traits d’un personnage illustre : dans une composition religieuse chaque personnage sacré est la reproduction individuelle d’un être vivant. Dans cet effort énergique vers la vérité ils ne reculent ni devant la laideur, ni même devant la vulgarité.

De même, à l’époque antérieure, on ne cherchait guère à préciser le lieu où s’accomplissaient les événements qu’on retraçait. Au contraire, dans l’art nouveau, avec le portrait s’introduit le paysage. Les sites, les édifices sont copiés d’après nature, et souvent c’est d’après ces indications qu’on peut déterminer le pays d’origine d’une œuvre. Il en est ainsi de tous les accessoires, mobilier, armes,

LA RENAISSANCE

costumes : on y retrouve la même préoccupation d’une fidélité scrupuleuse1. Les artistes cependant ne rompent point avec les souvenirs du moyen âge : par les sujets qu'ils traitent et par leur foi, ce sont des artistes chrétiens, capables de ressentir et de traduire avec une sincérité naïve l’inspiration religieuse. Ces caractères et ces contrastes se comprennent, si l’on considère les origines de cet art. Il nait dans des villes de grosse bourgeoisie et de population dense et travailleuse, où ne se retrouve point la finesse du goût italien; néanmoins, la poésie n’en est point bannie, elle se concentre dans les sentiments intimes et les croyances qu’elle pénètre de tendresse et de mysticisme.

La Flandre. — La Flandre fut un des pays où se manifesta cette évolution de l’art. Elle le dut à sa richesse et à son activité : au sein des grandes cités d’industrie et de commerce, comme Bruges, Gand, etc., se forment les corporations ou ghildes d'artistes d’où va sortir la rénovation. Puis vient la domination des ducs de Bourgogne : à leur cour fastueuse ou sous leur protection travaillent quelques-uns des grands maîtres flamands dù xve siècle. Bien que la Flandre ait eu des sculpteurs de mérite, l’activité créatrice des artistes se manifeste surtout dans la peinture; ici même, point de grandes décorations d’églises ou d’édifices comme en Italie, l’architecture gothique a restreint la peinture murale et les œuvres sont des tableaux.

Les Van Eyck. — Les débuts de l’école flamande sont obscurs. Au cours du xive siècle, dans les principales villes, naquirent des ghildes ou associations de peintres et de sculpteurs sous le patronage de saint Luc. De là sont sortis les peintres de tableaux. C’est avec les frères Van Eyck que l’école se constitue dans toute la force de son originalité. Les deux frères, H ubert (i 366 [?]- 1426) et Jean (?- 1 44 1 ), bien que nés dans la principauté de Liège, sont Flamands d’adoption : Hubert passe la fin de sa vie à Gand; Jean est à Bruges

1. Sur ce point, M. Mâle (le Renouvellement de l'art par les mystères [ Ga des Beaux-Arts, 1904]) a cherché à démontrer que le théâtre avait eu sa part dans la transformation de l’art et que les peintres et les sculpteurs s’étaient souvent inspirés des inventions et de la mise en scène des mystères.

♦l’art EN FI. AND RE ET EN ALLEMAGNE. 253

dès 1425, il y devient peintre et valet de chambre de Phi-

lippe le Bon. Le duc l’emploie parfois à des ambassades et en meme temps déclare qu’il ne trouverait point « de

LillCtic -i • uuvJOl*.

l’homme a l’ceillet.

Page 1