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I. A RENAISSANCE

pareil à son gré, ni si excellent en son art et science' ».

Dans la technique de la peinture, la tradition attribue aux Van Eyck la découverte de la peinture à l’huile. Si, sous cette forme absolue, l’affirmation n’est pas exacte, cependant les Van Eyck mêlèrent plus habilement qu’on ne l’avait fait encore l’huile aux couleurs, et ils améliorèrent la préparation des vernis qu’on étendait sur ies peintures. En outre, ils surent mieux combiner les couleurs sur la palette, multiplier les tojis et les nuances. Ils obtinrent ainsi un coloris plus riche et plus chaud, et leurs procédés accrurent les ressources de l’art.

Ce n’est là qu’une partie de leur gloire. Parmi leurs . œuvres,- la plus importante est la vaste composition de Y Agneau mystique, maintenant partagée entre l’église de Saint-Bavon, à Gand, et les musées de Bruxelles et de Berlin. Tous deux y ont travaillé; commencée peut-être vers 1420, elle ne fut complètement terminée qu’en iq32, six ans après la mort d’Hubert. En haut se présentent les grandes figures de Dieu le Père, de la Vierge et de saint Jean, d’Adam et d’Eve, etc. Au-dessous, sur un autel, est placé l’Agneau qu’entourent des anges; au premier plan jaillit la fontaine de vie; sur les côtés se groupent les docteurs, les martyrs, les saints et les saintes, et jusqu’aux philosophes pa'iens qui ont annoncé le Christ. Les tendances réalistes de l’école s’accusent dans les types de la plupart des personnages, qui ont le caractère de portraits, et dans les figures d'Adam et Eve, exactement copiées d’après des artisans aux formes laides et pauvres, aux attitudes gauches.

Il n’est aucune autre œuvre qu’on puisse attribuer avec une certitude absolue à Hubert, tandis qu’il en reste un assez grand nombre de Jean. Portraitiste, il rend ses modèles avec une précision scrupuleuse, tout en dégageant avec vigueurle caractère dominant de la physionomie (fig. i3i). Peintre religieux, il montre les mêmes préoccupations : ses vierges sont de jeunes Flamandes dont il n’idéalise guère les traits;

1. On a attribue, par de bons arguments, à Hubert Van Eyck le superbe manuscrit connu sous le nom d 'Heures de Turin qui vient de disparaître dans l’incendie de la bibliothèque de Turin. Il semble qu’il ait d’abord travaillé en Hollande, à la Haye, au service du comte Guillaume IV.

LA RENAISSANCE

les personnages qui les entourent sont copiés d’après nature, et le souci de l’exactitude se retrouve dans les moindres accessoires (Vierge aux Donateurs, Louvre). Au fond se développent souvent des paysages pittoresques, exécutés avec une merveilleuse finesse. Partout le dessin est ferme, le coloris d’un éclat et d’une harmonie qu’on ne connaissait point encoie.

Van der Weyden, Memlinc, Quentin Metsys, etc. — Roger Van der Weyden (1399 ou 1400-1464), dont la vie s’est passée en grande partie à Bruxelles, est un artiste plus dur de dessin, plus sec de coloris. En revanche, ses oeuvres, d’un aspect sévère, sont remarquables par la force de l’expression, ainsi les Sept Sacrements (fig. i32), au musée d'Anvers, et le Jugement dernier (hôpital de Beaune). Il a exercé une grande influence en Allemagne comme dans sa patrie. De son atelier sort peut-être Hans Memlinc, mort en 1494. On discute encore sur le lieu de sa naissance (Allemagne ou Hollande du Nord). Sa vie, que longtemps on a ornée de légendes romanesques, est obscure; on sait cependant qu’elle s’écoula en grande partie à Bruges. ■ Là aussi, à l’hôpital Saint-Jean, sont réunies plusieurs de ses plus belles œuvres : la Châsse de sainte Ursule , des portraits, Y Adoration des mages , et surtout le Mariage de sainte Catherine. Il excelle à donner à ses madones, à ses saints et à ses saintes une expression de foi profonde et naïve (fig. i33). Son talent est plus tendre, plus pénétré d’idéal que celui de Van Eyck; son dessin n’est pas moins précis, ni son coloris moins moelleux, mais peut-être, avec plus de grâce, a-t-il moins de force Ua Vierge et la famille Floreins, au Louvre).

Autour de ces grands maîtres se pressent les disciples, les artistesde second ordre, comme Thierri Bouts, Vander Goes, Gérard David, etc. A Anvers, Quentin Metsys (1466-1530) aborde déjà les scènes de mœurs [le Banquier et sa femme, au Louvre), tandis que, dans ses tableaux religieux [Triptyque du musée d'Anvers), il rappelle parfois Van der Weyden, mais avec plus de variété et de souplesse dans l’exécution. En Hollande, où s’étend alors le domaine de l’école flamande, Lucas de Leyde ( 1 494- 1 5«J 3) vaut mieux encore comme graveur que comme peintre, et ses estampes sont remarquables

l’art EN FLANDRE ET EN ALLEMAGNE. 25 7

par la science des effets de lumière et de perspective.

Les maîtres flamands étaient connus dans l’Europe entière. On verra, dans un autre chapitre, quels furent leurs rapports avec la France. Même en Italie on recherchait, on étudiait leurs œuvres. Plusieurs d’entre eux s’y établirent, y travaillèrent. A Florence, par exemple, la famille des Portinari commandait à Hsgo Van der Goes le merveilleux retable de la Nativité qui est maintenantau musée des Offices.

L’Italien Bartolommeo Fazio, en 1455, dans son Liber de viris ilhistribus , disait de Jean Van Eyck :

« Il a été considéré comme le premier des peintres de neutre siècle. » Antonello de Messine venait en Flandre étudier les œuvres etlesprocédés de la peinture flamande.

L’influence de l’école flamande dominait jusqu’en Espagne et en Portugal.

Mais au xvi° siècle les artistes flamands prennent la route de l’Italie pour se mettre à l’école de maîtres étrangers, et, s’ils ne dépouillent point entièrement le caractère national, ils l’altèrent par ces emprunts. Il en est pourtant qui restent chez eux, comme Jean Mostaert, d’autres qui voient l'Italie sans en subir l’influence, Flamands de cœur et de style, comme Pierre Brueghel le Vieux (mort en 1 5 59), qui peint les kermesses du pays, les franches lippées, avec autant de

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Cl. Bruekmann, Munich.

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