B. A. E., t. XIII
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Oratorio de religiosos, 1543), ou didactiques {Libre de los inventores del marcar, 15o9, avec de curieux détails sur la vie à bord des galères).
La vogue dont jouirent les ouvrages de Guevara est aussi incontestable qu'elle semble aujourd'hui injustifiable. Ce qui l'explique, en dehors de son esprit (et il en avaitbeaucoup), c'est qu'il a, l'un des premiers, apporté des préoccupations d'art dans le détail du style. Guevara, excellent artiste et ^rtuose en matière de style, a été le grand professeur de rhétorique de la jeune génération, comme Balzac le fut en France au siècle suivant. Il avait d'ailleurs toutes les qualités et tous les défauts du parfait rhéteur. La pensée le préoccupe moins que les mots. Les lieux communs lui conviennent de préférence pour déployer à l'aise sa verbeuse ingéniosité ; son éloquence redondante et molle remplit aisément tous les vides. Il n'y a rien de plus prétentieusement ridicule que certains de ses développements moraux, tels que la longue discussion entre Faustinaet Marc-Aurèle, « qui lui a donné son cœur et lui refuse la clef de son bureau». La casuistique de ce moraliste est souvent suspecte : « Prendre aux soldats pour donner à l'Eglise, dit-il, passe encore; mais prendre à l'Eglise pour donner aux soldats, c'est un scandale digne de l'excommunication. » Le procédé de style familier à Guevara est à peu près celui de Sénèque: le développement par répétition avec antithèses et métaphores accumulées. Mais la concision du modèle est absente : Guevara a réussi en effet à joindre aux défauts de Sénèque ceux de Cicéron. Il prodigue les figures oratoires et épuise toutes les façons possibles de dire la même chose. On assure que Guevara fut responsable en partie de Veuphuisme anglais, Lilly s'étant inspiré du Marco Aurelio pour son Euphuès (lo78). La chose est possible, mais ce qui nous paraît incontestable, c'est que Guevara est le véritable précurseur du conceptisme espagnol et que son influence trop réelle sur la prose fut, somme toute, détestable.
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4. Bien différent de Guevara sous tous les rapports est Jaan de Valdés' (né à Cuenca, f 1541). Il fit d'excellentes études à Alcald et fut attaché par la suite, comme secrétaire, à la personne de l'Empereur, ainsi que son frère jumeau Alfonso, également secrétaire de l'Empereur et auteur d'une violente satire religieuse, le Didlogo de Lactancio y un arcediano. Juan servit surtout en Italie. Il était à Rome en 1531-1532; ilfut nommé, en cette dernière année, archiviste de Naples en remplacement de son frère Alfonso, qui mourait de la peste au moment même où il était designé pour ce poste. Moyennant une indemnité de 1.000 ducats, Juan renonça à celte place (1533; etrevintàRome.Mais, vers 1535, il retourna à .Xaples qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort. Là il s'entoura d'amitiés illustres et précieuses, entre autres celle de Julie Gonzague, et gagna des adeptes à ses croyances religieuses et mystiques, qui le rapprochaient beaucoup de certaines sectes protestantes. C'est assurément lune des plus séduisantes figures de l'hétérodoxie espagnole.
Comme écrivain, Valdés a des principes absolument opposés à ceux de Guevara. « J'écris comme je parle; je nai d'autre souci que d'employer des mots qui signifient bien ce que je veux dire, et je le dis le plus simplement pos- ^ihle ; l'affectation ne convient à aucune langue. » Malheureusement, soit à cause du nombre restreint de ses écrits littéraires, soit par suite de son éloignement presque perpétuel d'Espagne, son influence — en matière littéraire — fut à peu près nulle de son temps. Nous n'avons qu'à mentionner ici ses écrits religieux : le Comentario sobre la Epistola de S. Pablo à los Romanos (imprimé en 1556), \e Sal-
l. Edit. de Boehmer, dans les Romanische Sludien : t. VF, 1881-83, Didlogo de Mercurio y Carôn, — t. XXH, 1895, Diàlorjo de la Lencjtia.
^ALDÉS ]<S1
terio, et d'autres opuscules perdus {Alf'aheto Crisliano) ou conservés seulement dans des traductions {Les MO considérations (livines).
Ses œuvres proprement littéraires se réduisent à deux : |o Le Diulo(jiie de Mercure et de Charon, dans lequel sont racontés les événements de la guerre entre la France et l'Espagne, depuis lo2i jusqu'au défi adressé à l'empereur, en i5J3, parles rois de France et d'Angleterre, et aussi les événements survenus à Rome en 1527. Ce dialogue, composé et publié en 1528 sans nom d'auteur, est attribué parfois à D. Diego de Mendoza, par suite sans doute d'une confusion avec le Dialogue entre Charon et l'âme de Pedro Luis Farnèsc de ce dernier. C'est une imitation adroite et spirituelle de Lucien, en même temps qu'un remaniement moderne des antiques Danses Macabrces, où l'auteur (les auteurs, si Alfonso collabora à l'œuvrej passe en revue toutes les âmes qui descendent aux enfers à cette époque, et profite de l'occasion pour dire ses vérités à chacune d'elles. Le ton est très libre, l'exposition habile, le style clair, simple, sans alfectation, la langued'une irréprochable correction ; les prétentions fi'ançaises y sont vigoureusement prises à parti avec une hauteur toute espagnole.
Le second ouvrage de Valdés est plus intéressant enc(»re et appartient directement à la littérature didactique. Mais il resta inconnu des contemporains et ne fut publié qu'en 1737, parMayans, dans sesOrigenes. Il est intitulé Diàlogo de la Lengua et fut rédigé à Naples dans les dernières années de la vie de l'auteur, vers 1533, et, en tout cas, avant la mortde Garcilaso delà Vega (1336). C'est une conversation entre deux Italiens, .Marcio et Coriolano, et deux Espagnols, le capitaine Pacheco (qui ailleurs est appelé Torres) et Valdés lui-même. Le sujet roule sur la dignité et l'illustration de la langue espagnole, dont l'auteur explique les origines, étudie le vocabulaire, cite un grand nombre d'expressions populaires ou de proverbes, et apprécie brièvement les principaux écrits. Il va de soi que les théories historiques et philologiques laissent souvent beaucou|> à
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désirer, et l'appréciation des auteurs prêterait aussi à bien des critiques. De même, les minutieuses remarques de lexique, si e41es intéressent les spécialistes, paraissent bien longues et bien confuses à la majorité des lecteurs. Mais, eu général, la critique est inlelligente, le jugement sérieux, la mise en scène agréable et la langue d'excellente qualité. Cela ne suffit pas sans doute pour mettre lauteur à côté de Cervantes, dont il na ni la grâce souriante, ni la verve, ni les heureuses trouvailles de détail, ni enfin le génie si humain, mais c'est beaucoup déjà que Ton ait pu parfois, par un paradoxe trop indulgent, le rapprocher d'un si grand nom.
l>a complaisance avec laquelle Valdés cite les proverbes nous donne l'occasion de mentionner quelques recueils de ces derniers, faits sous Carlos V, ou peu après, par exemple : les Refranes {/losados (Burgos, l.olS); — les Cartas fie Ref'ranes, de Blasco de Garay (1545); — le Libra de Refranea. de Pedro Vallès (1549); — les Dichos de los siete Sahios... de Herndn Lôpez de Yanguas (1549), — les Refranes, du Comendador Hernân Niinez (t555), — la Pliilosophia vulgary de J. de Malara (1568).
5. Autres écrivains didactiques. — Nous énumérerons ra[iidemenl les auteurs secondaires, qui méritent cependant, après Guevara et Valdés, d'occuper une place dans la littérature didactique au temps de Carlos V.
Juan Lôpez de Palacios Rubios est. en réalité, un peu antérieur à cette époque. Comme jurisconsulte, il avait fait paraître en latin, au début du siècle, divers opuscules politico-histoiiques. Mais son unique titre, comme écrivain en langue espagnole, est un traité sur le courage militaire, Def eafnerzo bélico herôico , (\\x\ fut im[>rimé en 1524, un an avant sa mort, et qui avait été écrit pour l'édification de son fils.
Nous avons de Juan Sedeho, Dos coloquios de amores y otro de hieitaventuranza, }iarus en 153(1, une traduction en
KCRIVAINS DIDAcriOl ES \H',i
vers de la Celestina (1540) et un dictionnaire de deux cent vingt-quatre biographies [Swna de Varones illustres, IS'il^. Sedeno était d'Arévalo et avait guerroyé en Italie. Il est 1res vraisemblablement diiïérent d'un autre Juan Sedeno, traducteur de Tansillo et de Torquato Tasso.
Le D' Francisco de Villalobos avail été médecin de Fernando le (^atliolique et de Carlos V. Il avait rédiiçé, en cette qualité, un Sumario de hi Medicina, en strophes de 10 vers de 12 syllabes (1498K Le recueil de ses œuvres (1543 romprend en outre: l°le livre des Prohlemas, qm traite des lorps naturels (astronomie, cosmographie, etc.), et des êtres moraux (traité de morale, d'un style souvent pittoresque et satirique); — 2° deux dialogues sur des sujets de médecine; — 3° le traité bizarrement intitulé des « Trois l/randes... » à savoir: la gran parleria, la gran porfta, la ijran risa (bavardage, obstination et rire). Cette suite de considérations morales constitue, avec les Prohlemas, le principal titre de Villalobos à la notorit'f(''. Un dialogue Sur l'amour, et la traduction de ÏAniphitri/on de Plante, des closes sur Pline ( 15! 5), qui provoquèrent une polémique avec Hernân Ni'iùez, enfin un recueil de lettres complètent la liste de ses œuvres'.
Hernân Ferez de Oliva (1492-1530), l'un des types les plus ( omplets de l'humaniste espagnol, successivement étudiant ou professeur à Salamanque, Alcalâ, Paris et Rome, puis recteur à Salamanque, traduisit plusieurs pièces et œuvres antiques [C Amphitryon de Plaute, l'Agamemnon de Sophocle, VHécube d'Euripide), composa deux traités, l'un sur \a Dignité de l'homme <> donde por manera de disputa se trata de las grandezas y maravillas que ay en el hombre, 1/ por el contrario de sus trabajos y miserias- »; l'autre, sur les facultés de rame et leur usage légitime {De las potrncias del aima y dcl buen usa délias). Il fut, malgré sa culture antique, l'un des premiers à revendiquer les droits de