‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 109 sur 263 · LE LAZARILLO · texte numérisé non relu

LE LAZARILLO

TAllemagne, la France, enrichirent aussi cette littérature spéciale. Mais nulle part elle ne fut aussi florissante qu'en Espagne, et ce fut cette dernière, en somme, qui lui donna le nom qu'elle porte.

10. Le Lazarillo. — Le Lazarillo parut sans nom danleur. Des différents noms qui ont été proposés, un seul réunit quelques probabilités, c'est celui de D. Diego de Mendoza. Mais quoique cette hypothèse, pour des raisons diverses que nous ne pouvons développer ici, continue à nous sembler séduisante, il faut avouer que, jusqu'à présent, une preuve certaine, directe, manque, et que d'autre part les arguments que l'on a fait valoir contre cette attribution ne sont pas sans force.

L'ouvrage comprenait sept chapitres ou Traites. Lazarillo y racontait lui-même (et la forme autobiographique fut fidèlement conservée par la suite) sa naissance, son enfance et ses séjours chez les différents maîtres qu'il servit: l'aveugle, le Clérigo de Maqueda, l'écuyer, le Frère delà Merci, le vendeur de bulles, le chapelain, Valguacil. Chemin faisant, il lançait, d'une main sûre autant qu'audacieuse, des traits acérés et multipliés contre les gens d'Eglise. Les dernières lignes semblent annoncer une suite qui ne parut point.

Le réalisme vigoureux des esquisses, la précision du trait, la simplicité alerte du style font de ce récit un petit chefd'œuvre. Il resta cependant longtemps isolé dans son genre; car c'est à peine si l'on ose nommer, après lui, sa prétendue Seconde partie, qui parut à Anvers en 1555, et qui remplace l'exactitude de la peinture satirique par de fantastiques et ridicules aventures.

Quant au Lazarillo ciel Manzanares, de Juan Cortés, de Tolosa, et à celui de Juan deLuna, professeur d'espagnol à Paris, ils ne parurent que soixante-six ans plus tard, en 1620, et ne méritent guère plus qu'une citation.

194 SIÈCLE d'or, première partie. — THÉÂTRE

11. Le Théâtre sous Carlos V, — Pendant cette période, le théâtre, fondé par Encina, se développe à son tour. Les pièces se multiplient et plusieurs directions diverses sont tour à tour essayées : l'art dramatique cherche évidemment sa voie. Deux noms importants, ceux de Torres Naharro et de Gil Vicente, dominent la fouie. Ces deux auteurs sont en réalité contemporains d'Encina, mais leur activité littéraire se produisit postérieurement à 1 apparition du Cancionero de 1496, et Tun d'eux tout au moins, Gil Vicente, commença par être un disciple d'Encina.

Le nombre des pièces, imprimées ou manuscrites, en collection ou siieltas, qui nous restent de la première moitié du xvi^ siècle, est considérable : elle augmente chaque jour par des publications nouvelles. Celte période, à peu près vide jadis, se remplit de plus en plus'. Un seul manuscrit de la Bibliothèque nationale"^ de Madrid a fourni 96 pièces, en grande partie inédiles. Elles sont toutes religieuses et paraissent du troisième quart du xvi« siècle (i550-157.j). Ce n'est qu'un faible échantillon de tout ce qui a disparu. Il est difficile, au milieu de tant de productions si diverses, d'établir un ordre bien clairet bien logique; il ne faut point songer davantage à des énuméralions plus ou moins complètes, peuuliles ici. Le plussimpleserade grouper lesœuvres ou les noms les plus importants autour des deux chefs de file, qui représentent assez bien deux tendances diverses, Encina et Torres Naharro. Certes, ces deux auteurs et ces deux écoles se rejoignent par certains points ; mais la première représente plus exclusivement, dans le fond et dans

i. Le catalogue des pièces manuscrites de la Bibliothèque nationale de Madrid (1889, fieii. f/e^rc/iii'oj) contient 4.307 numéros, dont beaucoup appartiennent au xvi" siècle.

2. Cod. M. 273 {Colecc'um de Autos, Farsas y Coloquios ciel Siglo XVI, édit. p. L. Rouanet, 1901, i vol.).

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lii forme, la tradition nationale, tandis que lu seconde est déjà plus influencée par l'esprit de la Renaissance italoclassitjue. A cùti- d'Encina et de Torres Naharro, Gil Vioenle, fondateur et gloire dvi théâtre portugais, crée un art nouveau, où Ton peut sans doute signaler au début l'inlluence prépondérante d'Encina, et peut-être celle de Torres plus lard, mais qui se soutient par son mérite propre. — l-]nfin,à côté de ce théâtre vivant, en grande partie original, mention doit être faite du lliéâtre savant, traduit ou direclement imité des anciens, par exemple des pièces de Vlllaloho^ {Amphitryon), de Hoscân {Euripide), de Pérez de Oliva Amphitryon, Electre, Hccube), du bachelier de Villalôn Myrrha, 1530) et d'autres Cet ait érudit n'eut d'ailleurs (|u"uneaclion insignifiante sur le théâtre national.

13. L'Ecole d'Encina. — Le groupe dont Encina est le type le plus célèbre est très nombreux : presque toutes les Fnrms, Eijloyas, Coloquios, liepresentaciones, Autos de Satiridad ou del Sacramento, qui remplispent le manuscrit cité plus haut, les vingt-huit pièces et moralités du Recueil ou Recopilaciôn de Diego Sânchez de Badajoz, ou celles d'autres cancioneros dramatiques, comme celui de Sébastian de Horozco, beaucoup des compositions de Luis llurtado, de .luan de Paris, de Pedraza, de Ferruz, de Pero Lépez llanjel, en passant par les trente-huit auteurs antérieurs à 1!j40, énumérés par M. Canete ', se rattachent plus ou moins à l'école d'Encina. Il en est de même de Fernân Ldpez de Yanguas, dont nous avons déjà cité les iiiciios de lus Sieir S(d)ios de Grccia, ou Bocadillos de oro, écrits en vers, dit-il, « poi'que los ninos màs tiernos /os pucdan sabcrde coro ». Il poursuivait le même but pédagogique dans les Cinquenta preguntas y respuestaf! (l'JOO). Il

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