‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 111 sur 263 · iîéédit. dans lAbros de (mlaùo. t. IX et X · texte numérisé non relu

iîéédit. dans lAbros de (mlaùo. t. IX et X

198 SIÈCLE DOR. PHE.MIKRE PARTIE. — I IIKATRE

hx Jacinta, intermédiaire entre les deux genres. A l'imitation des anciens, l'auteur divise ses pièces en cinq actes, ou, comme irdil, en cinq étapes, Jornada.*; (expression que reprendra plus tard Juan de La Cueva), et il les fait précéder d'un prologue ou introito. L'étude des caractères apparaît déjcà chez Torres Naharro; l'intrigue se complique et s'enrichit ; les personnages de toutes classes se multiplient; la préoccupation littéraire est, en somme, plus sensible. Valdés déclare qu'il a « illustré la langue castillane », mais il ajoute qu'il est supérieur dans les sujets bas et plébéiens, •< en las cosas bajas y plebeyas ». On lui reproche cependant d'avoir mêlé beaucoup d'italianismes à sa langue, et il no pouvait guère en être autrement, car l'italien était devenu pour lui sa langue habituelle. Il introduisit dans les formes métriques quelques innovations et, par exemple, varia et assouplit le long vers d'arte mayor en y mêlant son hémistiche isolé, en guise de quebrado.

L'influence de Torres Naharro sur le Ihéàtre espagnol fut grande. On la retrouve dans une foule de contemporains qui peuvent être considérés, plus ou moins, comme ses disciples ou ses imitateurs. Il suffira de citer Gastillejo {La Constanza, vers 1523t ; — l'Aragonais Jayme de Huete. auteur des comédies en "y actes la VUlriana et la Tcsorina vers l.")2"3 ; — Âgustin Ortiz (la Hailiana, vers 1525 ; la Comcdia Clariuna, 1522 ; — Antonio Dîez Auto de D. Clarindo, lb3o); — Vasco Dîaz Tanco de Frejenal i Tf /no comediario autual ; Jardin del aima, 1)52;, lequel, àluiseul,avaitcomposé une (juaranlaine de pièces ; — Luis de Miranda Cumcdio Prodùja, imitée de l'italien (M'cchi, 1.t5 1 ; — Miguel de Carvajal, l'un des meilleurs dramaturgts du milieu du siècle ( La Josefina, en 4 actes, lo40i ; — Villegas Selvago [La Selvayia, 1554), etSebastiân Fernândez Trayedia Polkiana, 1337), deux comé'ilies qui s'inspirent, comme tant d'autres à celle époque, de la Celeslina; — Lorenzo de Sepùlveda (Corncdia de Srpiilceda, entre 1531 et (551) ; — le baclitlier Bartolomé Palau, tourné en ridicule par I-ope de Hueda dans son Convidado [Fana Salamantina, tableau curieux des mu-urs

(Al. \ ICJiNTE 101)

universitaires; la Victoria Chiisti. imitation de \a Histoi'ia Je D(M<.s, de Gil Vicente); — Francisco de Avendaho LuFlorisca, lool, qui, l'une des premières, sinon la première, oïïvr cette particularité d'être divisée en trois actes.)

14. Gil Vicente naquit probablement la même année que Juan del Encina, en 1469, mais il vivait encore en 1536: on ignore la date exacte de sa mort. Serviteur et écuyer du roi .luan 11 de Portugal, il trouva, dans les événements et les fêtes de cour, l'occasion de révéler son talentdramatique. Soit qu'il voulut faire sa cour à la Reine Dofia Maria, espagnole de naissance (elle était fille des Rois catholiques), soit plutôt parce que la plupart des écrivains portugais de cette époque employaient avec une égale facilité leur propre idiome ou la langue castillane, soit enfin que l'exemple tout récent d'Encina ait constitué à cette dernière une sorte de privilège, Gil Vicente se servit tour à tour, et souvent dans la même pièce, de l'une et l'autre langue. Sur les quarante-deux pièces de son théâtre, sept seulement sont exclusivement portugaises : toutes les autres sont écrites, en entier ou en partie, en castillan. Nul doute que, dans ses débuts, il ne se soit proposé Encina comme modèle [Monôloijo del Vaquera 6 de la Visitaciôn 1502, Auto pastoril. Auto de los Reyes Magos, et même le curieux Auto de la Sibila Casandra, où cependant la fable est déjà bien plus compliquée, mais où l'inspiration populaire est encore très sensible). Il en est de même des Autos de la Fe, De los riiatro tiempos, et de la Trilogia de las très Barcas c'est-à-dire del Infterno, del Purgatorio et de la Gloria, cette dernière partie seule en castillan, 1517-19 . Parmi les pièces non religieuses de Gil Vicente écrites en entier ou en majeure partie en castillan, il faut citer la Rubena, en trois actes, avec un JntroUo ou argumento, la comédie del Viudo, et les deux tragi-comédies chevaleresques dWmadis de Gaula et de Don Duardos, cette dernière (son

200 SIÈCLE DOn. PREMIÈRE PARTIE. — THÉÂTRE

chef-d'œuvre peut-èlre), tirée du Primaleôn. Les poésies lyriques forment une partie de l'œuvre de Gil Vicente : ses Triunfos dellnvierno y del Yerano donneront une idée avantageuse de sa manière, pleine d'imagination, de grâce et de vivacité. Gil Vicente était, surtout au théâtre, un véritable poète lyrique, et ce qu'il y a de remarquable chez lui, c'est que ses pièces, quoique presque toutes représentées à la cour de Don Manuel ou de Don Juan III, conservent une saveur populaire et une fraîcheur d'imagination qu'on ne s'attendrait pas à y trouver'.

1. Édit. J. V. Barreto et Gomes Monleiro. Hambourg, 1834 3 vol.

Page 1