HE FELIPE 11 A LA MORT DE LOPE DE VEGA
I . Caractères g-énéraux de cette époque. — La longue période qui s'ouvre maintenant devant nous et qui correspond à peu près aux règnes du iils et du petit-fils de Carlos V mérite par excellence le nom de siècle d'or. C'est vraiment le grand siècle de la littérature, non point seulement par le nombre extraordinaire des écrivains dans lous les genres ou par le point de maturité et de perfection classique qu'atteint la langue, mais parce qu'alors brillent quelquesuns des plus grands noms de l'histoire littéraire : on pourrait très justement l'appeler l'époque de Cervantes et de Lope de Vega.-Cet épanouissement des lettres et des arts, il faut le répéter, ne correspond pas exactement, en Espagne, à l'apogée de la puissance politique : cette dernière est déjà gravement compromise, mais l'éclat persistant de la civilisation dissimule encore les plaies secrètes, qui n'apparaîtront |)Ieinement, et sans illusion possible, que vers la tin du règne de Felipe IV.
Les caractères principaux de cette période littéraire sont les suivants : développement extraordinaire de la littérature dramatique, laquelle, avec Lope de Vega et son école, va prendre le premier rang. Elle rejette peu à peu dans l'ombre la poésie épique, si florissante de son côté, pendant la première partie de cette é]ioque, sinon par l'éclat des œuvres, du moinspar leurnombre. La poésie lyrique reste en
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faveur : elle cherche à plusieurs reprises avec Herrera particulièrement, puisavec Gûngora; àse renouveler et à s'enrichir, mais elle n'y réussit pas complètement. Malgré des tentatives ingénieuses, les grands lyriques dont les noms demeurent dans la mémoire de tous, et franchissent les frontières, sont rares : après de si séduisantes promesses, c'est presque une faillite. — En prose, troisfaits saillants : en premier lieu, le remarquable mais trop court épanouissement de la littérature mystique, laquelle révèle si bien l'un des côtés de l'âme espagnole, mais qui se dessèche trop vite : ses plus illustres représentants disparaissent avant b^ tlébut du xvii" siècle. En second lieu, et comme pour faire contrepoids ou contraste, il faut noter la faveur dont jouissent alors tous les genres romanesques, mais plus particulièrement celui que nous appellerons réaliste, cestà-dire le roman de mœurs et le roman picaresque, qui en est la variété la plus nationale. Un dernier fait très important à signaler, c'est qu'au moment même où la littérature arrive à son point de perfection, elle est gravement menacée par un double fléau qui atteint la forme et le fond, le mot et la pensée, et que l'on désigne des noms de fjongorisme et de conceptisme : nous aurons à délinir ces mots.
Cette période est longue : elle comprend presque un siècle. Il ne nous paraît pas cependant qu'il y ait avantage et il nous semble qu'il y aurait au contraire inconvénient à la diviser : elle a son unité, qu'il est bon de ne point trop dissimuler par des coupures inutiles. Une remarque cependant : il n'est point douteux qui! y a drs didérences sensibles entre les deux moitiés de cette époque littéraire, et que les changements conespondent non pas à des dates d'ordre politii|ue et historique, mais à des faits purement littéraires. C'est ainsi que la prédominance du type de ComedUi lixé par [.ope de Vega (Hablit une différence fondamentale entre le théâtre avant et après lui ; c'est ainsi encore que le coup d'état tenté par Gôngora amène danslalyrique une évolulion capitale. Et enliii. quoique l'n'uxre de (^.ervantes.
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iliine bien autre valeur esthétique, n'ait point eu, en fait, de loiiséquences immédiates aussi graves, elle marque, dans riiistoire de la langue et de l'art espagnol, une date culminante. Ces trois noms, de Lope de Vega, deCiôngora, de Cer- \;iiiles (que je n'associe ici qu'à cause de leur signiticaimn historique , atteignirent tout leur éclat à peu près à Il même date, cest-à-dire au début du xvii'-' siècle ; ils -ont comme trois sommets voisins, inégalement élevés, iixquels tout alioulit et desquels tout découle.
2. Les littératures contemporaines. — 1° En France. — Cette période est rrin|i[ie par la lutte de l'esprit de la lléforme, de la Henaissance, de la Pléiade, plus tard du bel esprit, de la fantaisie et du précieux, avec l'esprit d'ordre, de sagesse classique, de naturel, qui, d'Amyot et Montaigne, par Malherbe, Balzac, Chapelain, nous conduira à l'Académie (1634), à Descartes [Dificours de la Méthode, 1637 , et à Corneille (Le Cid, 1636). Ronsard, Desportes, d'Aubigné, du Bartas, Kégnier dans la poésie ; (Jrévin, (Jarnier, Montchrétien, Hardy, I. arriver, Mairet au théâtre; Amyot, Bodin, la Ménippéc, Charron, Monluc, saint François de Sales dans les divers genres en prose, assouplissent et nuancent la langue. Des tendances se manifestent, analogues à celles que nous constaterons en Espagne, mais tandis qu'ici elles triomphent, là elles avortent. Chez nous, les tentatives d'un théâtre libre, anliclassique, ne prospèrent point; la préciosité conceptiste, un moment menaçante avec Théophile, VAstréc, Voiture et liambouillel, Unit par céder au bon sens. Le roman, ijui, avec le Baron de Freneste, Francion, [' Astrce elle-même, présentait bien des analogies avec le roman espagnol, disparaîtra avec les insipides récits des Gomberville, des La Calprenède, des Scudéry. Les deux littt'ratures, depuis Hanri IV, marchent évidemment dans des sens opposés. Les inlilti'ations existent cependant. Le coiiceptisme, par
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Antonio Pérez surtout, rejoint la préciosité. Mais TEspagne. jalousement fermée, nous emprunte peu.
2° En Italie. — A côté de la liltéx'ature française, cellr d'Italie, si florissante dans la période précédente, s'appauvrit manifestement. Un grand écrivain, Torquato Tasso 15'i-4-lo95) suffit à sa gloire. VAminta (Io73), — auprès de laquelle il faut nommer le Vastor fido (IS90), de Guarini, — et la Jénimlem délivrée (l;J80-i5H4) allaient exercer leur influence sur l'Espagne. Le xvii" siècle devait être, en Italie, lune des périodes les plus vides de son histoire littéraire. Il débute pai- les poésies, fâcheusement célèbres de Marino (1569-1623;. Grâce à lui, seccntismo et mauvais goût allaient devenir svnonvmes.