CHAPITRE PREMIER LA POÉSIE
3» La poésie lyrique^. — Au point de vue chionolofjique^ •m peut grouper tous les poètes lyriques de cette période eit Irois générations : 1° Celle qui naquit vers la troisième décade du xvi« siècle : Luis de Leôn (1527-1591); Alcâzar (1530- 1G06); Herrera (1534-1594); Francisco de la ïorre (mort vers 1594); Figueroa (153H, mort vers 1620). — 2° Celle qui fut à peu près contemporaine de Gôngora (1561-1627), dans laquelle se placent : Ledesma (1552-1623) ; Valdivielsu
1560-1636); Lupercio (1559-1613), et Bartolomé (1562- 1631) de Argensola; Lope de Vega (1562-1635) etc. - Enfin, kl jeune génération, dont l'activité littéraire se manifesta vers le début du xvn* siècle : Rodrigo Garo (1573-1647); \ ijjamediana (1580-1622); Quevedo (1580-1645); Esquilache
1580-1658); Jâuregui (1583-1641); Luis Martin (1585-1635); Medinilla (1585-1620); Kioja (v. 1586-1659) ; Villegas (1589- 1069), etc. — Les trois noms qui caractérisent le mieux ' hacun de ces trois groupes sont ceux de Hei'rera, de Gôn- 'ura et de Quevedo. Parmi ceux qui dépassent assez sensiblement cette date, il suffira de citer Rebolledo (1597- 1676).
4. Le premier groupe comprend quelques-uns des meilleurs lyriques espagnols. Ce titre, à la vérité, ne peut être
1. Voyez un choix des textes dans B. A. E.. t. XXXII, XXW et XLII
IIIST. r>E L.\ LIT. ESPAGNOLE. 12
2ÛG SIÈCLE d'or. DKLXIÈME PARTIE. — LYRIQUE
donné au sévillan Baltasar de Alcâzar (1330-1606;, ancien soldat de Santa Cruz, ancien gouverneur de la ville de Los Molares pour les ducs d'Alcalâ, puis administrateur des biens du comte de delves : D. Jorge de Portugal), poêle spirituel et aimable, qui rimait avec facilité d'agréables fantaisies et que ses compatriotes se plaisent à nommer le Martial Andalou^; — ni à Francisco de Figueroa, néàAlcalâ de Ilenares, en 153 >, et qui parcourut successivement ritalie et les Pays-Bas. L'influence de l'Italie sur son talent fut considérable : elle est sensible dans la plupart de ses poésies amoureuses et bucoliques, publiées en 1626, plusieurs années après sa mort. Elles font songera celles de Garcilaso, mais elles n'avaient plus le charme de nouveauté qui séduisit les contemporains du premier. Tircis le Divin (car on le surnomma ainsi) avait vieilli, et I' « ingrate Filis n aussi.
On retrouve, à peu de choses près, les mêmes personnages, les mêmes paysages, et les mêmes sujets dans les poésies de l'énigmatique Francisco de laTorre, publiées en 1631, par Quevedo, cinq ans après colles de Figueroa. Sur la personne de l'auteur, ignorée des contemporains, on ne sait à peu près rien. De l'étude de ses poésies, on peut inférer qu'il avait vécu en Italie, étudié de près les poètes de ce pays, et quelques-uns des lyriques latins. Il diffère sensiblement de Quevedo, avec lequel on a voulu le confondre: le manuscrit de ses œuvres, préparées pour l'impression, était d'ailleurs pourvu du visa et de l'approbation d'Krcilla ; entre 1580 et 1595?). C'est en effet vers cette époque qu'il paraît avoir écrit. Ses poésies (65 sonnets, 6 cancioncf^, 10 odes, quelques endechas, la Bucolique du Tagc, en huit églogues), sont pleines de douceur, d'élégance, d'habileté; la facture en est savante, le goût pur, la langue irréprochable, sauf quelques italianismes. Le fait seul qu'on ^ pu le confondre avec plusieurs autres poètes indiquerait que sa personnalité n'est ni très forte ni très originale.
1. Poesias de BaUasnr de Alciizar. Bihliôfilos Anduluces, 1878.
LUIS DK LEÔ.\ 20"i
5. Il n'en est point de même de Luis de Le6n ni d'Hen ei'a auxquels revient, sans conteste, ce titre d'excellents poêles Iviiques que nous refusions aux précédents.
il sera plus amplement question de Fray Luis de Leôn ù propos des mystiques i p. 2o0) : nous ne parlerons ici que de -is poésies. Elles sont plus importantes par leur valeur que par leur nombre ; car, si l'on met de côté les traductions li'S anciens ou des Livres saints qui remplissent deux des Il ois livres' de son recueil, ses compositions originales se Il duisent à une trentaine de pièces. Elles fuient aussi pulliées pai-Quevcdo, quarante ans après la mort de l'auteur. Mlles venaient bien tard si l'éditeur, comme il l'assure, avait \oulu véritablement opposer leur belle simplicité aux labo- 1 leuses finesses des gongoristes : à cette date, le mal était ! lit. Quoi qu'il en soit, la plus pure inspiration du mystii isme espagnol s'alliait dans la plupart de ces qnintillas^ I' Tcets, stauces el canciones, aux élans divins de la poésieplatonicienne, et à l'élégance classique d'Horace. Lesadmi-, râbles quintillas au musicien aveugle Salinas {El aire se scjcna...), à Felipe Ruiz {En vano el mar fatiga...; ^ Cuando sera quepucda?), à Oloarte {Noche serena..,), à Cherinto {Las sercnas; celles à la Descansada Vida, à la Asce/isùin, à la Vida del Cielo ; la Profccia del Tajo, les quintillas à Santiago, animées d'un souffle si patriotique à la fois et si philosophique, et bien d'autres « obrecillas », « qui m'échappèrent des mains, dit modestement l'auteur, dans mon enfance et presque (Sans ma jeunesse ", ne seront jamais dépassées par les poètes espagnols. Elles joignent en effet deux choses bien rarement unies dans la lyrique castillane : la pureté harmonieuse et vraiment classique de la forme à la sincéinté et à la profondeur du sentiment. La recherche, l'extrême finesse, la pompe vide et sonore,