B. A. E., t. XXXVil
^08 SIÈCLE d'or. Deuxième partie. — lyrique
défauts habituels des poètes d'outre-monts, sont absentes de ces inspirations tendres et fortes, écloses dans le silence du cloître, ou dans la solitude aimable de la maison des champs de la Flécha.
6. Si Luis de Léon ne put avoir, en fait, aucune influence sur la poésie de son temps, Fernando de Herrera (né v. 1534 -i-d597) fut le véritable chef de l'école andalouse.On oppose d'ordinaire les poètes andalous aux poètes castillans et particulièrement aux Salmantins, parmi lesquels on peut rangerGarcilaso et Luisde Leôn. Il y a en effet entre eux, à les considérer dans l'ensemble, des différences appréciables et qui, plus ou moins, persistentà toutes les époques. Les qualités communes aux Andalous sont l'éclat de l'imagination, la richesse et l'audace des métaphores, la pompe du style, la finesse souvent recherchée de l'expression, toutes qualités qui trouvent particulièrement leur emploi dans la lyrique. Les Castillans, au contraire, avec une imagination moins ardente, ont un goût plus discret, plus de mesure dans l'expression, plus de force et de netteté que d'éclat. Ils sont plus enclins à rechercher la beauté dans la justesse et la sobriété relative du dessin que dans la profusion des couleurs. Cette opposition entre les caractères des deux régions souffre naturellement bien des exceptions, mais, au fond des polémiques qui éclatèrent à diverses reprises entre les représentants des deux écoles, ce sont bien ces deux conceptions opposées que l'on retrouverait. Nul ne représente l'école sévillane avec plus d'autorité qu'Herrera.
La vie d'Herrera n'offre aucun incident notable. Bénéficier d'une paroisse de Séville, sans être prêtre, il se livra en paix à ses goûts littéraires. Le seul événement de son existence fut la passion qu'il conçut pour la comtesse de Oelves, Leonor de Milâ; mais l'on se demande si cette passion toute iilalonique ne fut pas surtout une occasion d'adresser à la dame de ses pensées, à sa Liiz, à son Estrella, une foule de poésies où l'auteur, nourri de Pétrarque et
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d'Ausias Mardi, subtilise selon toutes les règles de l'art.
Ces poésies pseudo-amoureuses, où les sonnets dominent, forment une partie impoitante de ses œuvres. Celles-ci furent publiées une première fois, par l'auteur lui-même, en 1582, une seconde fois en 1619, par le peintre Pacheco, dont l'atelier servait de lieu de réunion et comme de ?alon à tout ce que Séville comptait de plus distingut'.
Le recueil n'était pas absolument com[ilet : VHistoria de las m(h notables cos<is que hnn succdido en cl mundo, achevée en 1590, est perdue. Nous savons qu'en outre une assez grande partie de l'œuvre poétique d'Herrera disparut après sa mort. Parmi ce qui reste, ce sont les Canciones qui ont assuré sa gloire. Les plus connues de ces odes sont VHymnc .«{</• la victoire de Lépante 1 1390),. celle sur la Défaite du roi de Portitijal, D. Sébastian, à Alcazarquebir, en 1598, et VOde à D. Juan d'Autriche, vainqueur des Morisques, cette dernière sensiblementinférieure aux deux premières. — L'inspiration patriotique, l'élévation de la pensée, la noblesse du style, où abondent les images empruntées à la Bible, donnent une lirandeur réelle à ces compositions C'est là quHerrera est le plus original ; c'est là aussi qu'il applique avec le plus de succès ses rt'-formes littéraires.
Ce qu'il prétendait surtout, c'était donner à la lyrique espagnole plus d'('lévalion et de noblesse dans les sujets, plus de richesse et d'éclat dans la forme, afin qu'elle pût rivaliser dans tous les genres avec celle des Italiens ou des Anciens. Pour cela, il s'efforce de monter de quelques tons la lyre castillane, qui se contentait jusque-là, trop volontiers, de sujets ordinaires. Il étudie la langue des Livres Saints, celles de Pindare et d'Horace, il bannit les mots trop familiers ou populaires, il les remplace par des expressions calquées sur le latin ou l'ilalifii; il use hariliment des néologismes et des archaïsmes et prodigue les inversions et les métaphores. Enjin il invente tout un système orthographique nouveau. Ce travail, savant et minutieux, imprime un caractère un peu artificiel et donne par suite quelque froideur à la poésie herreiienne.
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Les principes de cette réforme étaient déjà formulés dans l'édition de Garcilaso quHerrera donna en l.'iSO. Quoiqu'il eût pris la précaution de déclarer que Garcilaso était le plus grand poète espagnol qui eût vécu « jusqu'alors », plusieurs de ses critiques parurent irrévérencieuses pour son illustre devancier. Un " habitant de Biirgos», dissimulé sous le pseudonyme du Licenciado Prête Jacopin ^Don Juan Fernândez de Velasco?), répondit vertement au « poète Sévillan ». La discussion devenait une querelle de clocher, et dans la réplique d'Herrera elle resta médiocrement attique, il faut bien l'avouer. Plus tard, Quevedo, sans rendre suflisamment justice à ce qu'il y avait de légitime dans la révolution tentée par Herrera, lui reprochait, non sans quelque fondement, la part de responsabilité qu'il avait dans les excès des cultistes. Malgré tout, Herrera resta, pour sa génération et la suivante, £/ divino ; et il eut le mérite de tenter dans son pays quelque chose d'analogue à ce que faisait en France l'école de Ronsard.
T. A peu près vers la même époque que celles d'Herrera furent publiées d'autres poésies, où le goût national se mélangeait encore, dans des proportions plus ou moins foi tes, au goût italien, par exemple les Ubras poéticas de Jeronimo de Lomas Ganterai (1578), celles de l'Extréménien Romero de Cepeda •îo82j, le Cancionero de Maldonado lT>Sn., les deux livres de poésies diverses de Pedro de Padilla io82- 1d87j, le recueil religieux de Fray Damiân de Vegas ib90 , et les Rimas de Vicente Espinel, que imus retrouverons ailleurs, mais qu'il faut nommer aussi parmi les lyriques, à cause de son habileté- technique, de l'invention qu'on lui attribue de la Décima octosyllabique, dite, de son nom, Espinela abbaaccddcj, ainsi que de la cinquiènic corde de la guitare dite la prima, et surtout à cause de l'intérêt que présentent plusieurs des epistolas ou canciones mêlées, dans ce recueil si estimé d'Ercilla, aux vers proprement lyriques.
Ajoutons ici que plusieurs des auteurs que nous étudions ailleurs, tels que Monlemayor, (iil'Polo, Ginés de Mita. Hal-
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liuena, Uarahonu de Solo, Lope de Vega, etc., ont souvent mêlé à leurs œuvres en prose des poésies lyriques, parfois ineilleures que leur pnise elle-même.
•S. Deuxième groupe. — Lhériluge dHerrera l'ut re-
iieilli par 1'' cordouau Luis de Argote, qui prit de sa mèn-
■ nom de Gongora 1:>G1-I627i, le ixirte le plus important
e la génération qui naissait au dt'bul de la seconde moitié
lu siècle. Etudiant de Salamanque, ardent et batailleur,
il entra cependant dans les ordres, devint prébendier, ou
'icioHero,de\a cathédrcile de Cordoue, et, plus tard, par la
[lotection de deux favoris, le duc.de Lerma et D. Rodrigo
ilakb'rôn, chapelain et aumônier du Roi. En 1626, frappt'
d une attaque de paralysie, il abandonna la cour et revint
mourir, l'année suivante, à Cordoue.
Ses œuvres poétiques, éparses de toutes parts, furent recueillies pour la première fois par Juan Lûpez de Vicuiia, qui les publia en 1627, puis par Gonzalo Hozes y Côrdova (16(4). lequel y ajouta l'M pièces nouvelles, les comédies de Las Finezas de Isabela, la Venatoria et des fragments du Doctor Carlino. ces dernières œuvres dramatiques sans intérêt réel.
Il y a dans la carrière littéraire de GcSngora, deux périodes très dillerentes, de même qu'il y a dans ses œuvres deux courants opposés. Jusqu'à son arrivée à la cour, c'est-à-dire jusque dans les premières années du xvii* siècle, G(')ngora se contente d'être un disciple ingénieux d'Herrera; il sabandonne librement à son génie à la fois brillant et subtil, à son esprit volontiers malin et satirique. Ses poésies familières, ses piquantes lelrillas, ses charmants romances coulent lie source, clairs, limpides, faciles, en plein dans le grand courant national : c'est là que sont ses vrais chefs-d'œuvre. Mais sa subtilité et l'ingéniosité de san esprit se donnent déjà carrière dans les poésies dun genre plus relevi' plus particulièrement dans les divisions de