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B. A. E.,t. XXXII

LES AUGENSOLA 217

1772, par Sedano {Parnaso, VI, p. 3l2-o24) ont été sévèrement jugées par les critiques.

Bar<o/o»/c' entra dans lesordres, devint curé-recteur de Villahermosa (province deCastelInn!, village où Icduc du même nom avait ses états, chapelain de l'Impératrice Maria (1602 , secrétaire de Lemos à Naples, en IGll, puis chanoine à la Seu (ou cathédrale) de Saragosse et chroniqueur d'Aragon et de la Couronne. En cette dernière qualité, il publia, en ItjOO, la trop élt'-gante et trop romanesque Histoire de la Coiuiuista de las Islns Molucas, qui fui reçue avec faveur, les Altcracioiics itopulares de Zaragoza en 159/ , puis, en 1630, une suite, m un volume, aux six tomes des Anales de Aragon, de Zurita. Il y laconte longuement et minutieusemt'utles événements de l.Tl6àl320,avec plus de style, mais moins di' sens historique que son prédécesseur.

Les poésies [Rimas] des deux frères furent réunies en un seul volume par h* fils de Lupercio en 1634. Les Nujets traités sont à pi-u |U'ès semblables, mais le talent diffère. Bartolomé a plus d'abondance, de force et de profondeur, I,upercio plus d'élégance et de finesse ; l'un el l'autre s'ins[)irent des classiques latins, d'Horace surtout, l't, dans les satires, de Juvénal. Ils manifestèrent la même répulsion pour les innovations cultistes et ils sont restés pour la postérité ce qu'ils étaient déjà pour leurs contem- |iorains, des modèles de langue pure et châtiée : habian renidode Aragon à ensenarel castellano, disait Lope de Vega. — Toutes leurs poésies se classent en trois groupes: les satires et épitres, les poésies lyriques proprement dites, les pièces courtes, telles que les sonnets et les épigrammes. De Lupercio on lira avec plaisir les tercets sur Aranjuez, la Salira contra la Marquesilla (Flora), quelques beaux sonnets : Octobre, le Sommeil, etc.; — de Bartolomé, le Dialogue satiriiiue entre le poète et sa plume, la Satire contre les vices de la Cour [à ^'ui'io), VEpitre à Fernando, et quelques sonnets également. La belle tenue littéraire de ces poésies, où il y a plusd'artque de génie et plus de force que d'imagination, •assura aux Argensola une place enviable paruii les lettrés

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(lu grand siècle. (Voyez, pour Barahona de Soto, p. 231 ; pour Valdivit'lso, p. 223, 332; pour Lope de Vega, p. 312).

12. Troisième groupe de lyriques. — <)a nous dispensera d'insister longuement sur la foule des lyriques qui vécurent au temps de Gôngora ou qui composèrent la génération suivante, l.a plupart d'entre eux insérèrent quelquesunes de leurs reuvres dans le Recueil célèbre de Pedro de Espinosa, Las Flores de poetas ilustres, soit dans la première partie, qui parut en 1G05, soit dans la deuxième, publiée [)ar Juan Antonio Calderon, en 1611. Ce recueil', qui conticnl des œuvres de plus de cinquante poètes, est déjà en majeure partie cultiste. Parmi tous ces poètes ou rimeurs, nous pouvons, sans remords, négliger Agustiii Calderon, Rodrigo de Ilohles Carvajal, Alonso Cabello, Juan Valdés // Mcdendez, Ayiistinde Tejada, et le collectionneur lui-même, Espinosa. Nous ne citerons que les plus connus, en suivant, auiant que possible, Tordre cbronologique.

1. Rodrigo Caro, né à Utrera en lo74, mort en lOi?, fut surtout anhéiildgue, et étudia, en cette qualité, les antiquités de sa ville natale et celles de Séville. Mais il doitligurer en bonne place parmi les lyriques du temps, s'il est (comme il paraît démontré) l'auteur de la belle élégie, d'une pensée et d'une forme si pures, A las ruinas de Itàlica (vers 15;)o\ Elle était attribuée anciennement à Rioja.

2. Villamediana Juan de Tassis, comte de), né en 1580, mort en 1622, intéressera plus par ses avi'utures romanesques et par ses amours ambitieuses que par ses vers. Ce fut — avec Carrillo, déjà nommé' — l'un des plus subtils gongorisaiits, comme il le montra dans les Fabulas de Faetvn et du Feni.v, et dans quelques vers satiri(|ues fort

1. lléédilc par Juan Ouin'.s de los Rins et Francisco Rodriyucz Marin. Séville. 1896, 2 ^ d.

OLEVKDO 21!)

piquants el spirituels, li's seuls qui aient i^ardé qu('l(]uo intérêt.

3. Francisco de Quevedo, dont les titres principaux sont ailleurs voyez page ^.'lo'i, mérite cependant de ligurer parmi les premiers lyriques de son temps, comme aussi parmi les plus féconds. Les innombrables poésies, de tous mètres et de tous genres, qu'il éparpilla autour de lui durant sa vie entière, et dont quelques-unes trouvèrent accueil dans des collections contemporaines, furent en partie réunies, en 1G48, par son ami Gonzalez de Salas {El Parnaso Espafiol, comprenant six Muses), et complétées en 1070, par son neveu, Pedro Aldrete {Las très inusas ûltiinas casleilaiias). Les 837 poèmes ainsi rassemblés se répartissent, selon leur nature et leur sujet, entre les neuf Muses. Leur valeur est très inégale.

Les poésies de circonstance, les religieuses (parmi lesquelles une épopée héroïque, Cristo resucitado), ont peu de mérite. Dans celles se rattacliantau thinitre [Loas, bailes, cntremeses, j'icaras) la muse fohitre et maligne de Quevedo commence à s'éveiller et à. prendre ses ébats. Elle montre, il est vrai, plus d'esprit que de passion dans les poésies amoureuses (Muse Erato), mais elle reirouve toute sa verve dans la poésie morale et satirique. En vers comme en prose, ia véritable originalité de Quevedo est là, et elle éclate non seulement dans les pièces de forme classique {Sermon estôico de censura moral, — Epistola salirica y censoria contra las costumbres présentes, — Sàtira contra el riatrimonio, etc.), mais surtout dans les courtes pièces dans le goût purem(!nt national, letrillas, romances, et jusque dans ces poésies du bouge et du tripot {jacaras de germania), où il faut peut-être chercher ses vrais chefs-d'œuvre. Cet ensemble de poésies évoque ridée d'une richesse de talent qui a été rarement égalée dans la littérature espagnole, mais il inspire aussi le regret que, malgré tant de facilité, de savoir et d'esprit, l'auteur n'ait point laissé Tune de ces œuvres achevées et parfaites, dignes d'être placées à côté des grands modèles.

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4. Francisco de Borja, prince dEsquilache (I08I-I6081 est. comme Villamediana, un type de grand seigneur homme de lettres. -Malgré les hautes fonctions qu'il occupa, il rima un grand nombre de vers réunis dans ses Obras, en 1G39. Ceux composés dans l'ancien goût espagnol, madrigaux, romances, épigramnies, sont parfois excellents, et bien supérieurs à ses poèmes tels que la Nâpoles remperada por cl rey D. Alonso, ou à ses poésies sacrées.

5. Juan de Jâuregui de Sévilli', 1583-16411, peintre et poète, dut une partit' de sa grande réputation à une excellente et justement célèbre traduction de l'^^mm^a, du Tasse, qu'il avait appris à connaître en Italie, et à une traduction, moins heureuse, de la Pharsale de Lucain. Ses poésies lyriijues sont contenues dans ses Rimas (1618). Quoi qu'il se soit posé dans son Discimo ^)oe7<co( 1624) comme un adversaire du cultisme, il payait tribut, cette même année, à la nouvelle école, dans le poème ou fable d'Orphée, et il ne lui avait déjà que trop sacrifié dans ses poésies, où il serait facile cependant de signaler d'heureuses inspirations, telles que ÏAventure (Vamour i Acarcimiento amoroso).

6. Le licencié Luis Martin (parfois, par erreur, Martinez) de la Plaza, prêtre d'Antequera (1585-1635), n'a pas moins de soixante-dix pièces insi-rées dans les deux parties des Flores de poetas ihistres. Beaucoup, il est vrai, ne sont que des traductions de l'italien, dont il paraît avoir fait une élude spéciale. Il traduisit aussi, comme Gâlvez de iMontalvo en 1587, Sedeiio et Damiân Alvarez en 1613, les Lacrime de S. Pletro de Tansillo, que le sévillan Rodrigo Fernândez de Ribera paraphrasait vers la même époque.

7. Les circonstances tragiques qui accompagnèrent sa mort, ainsi que l'amitié de Lope de Vega, ont rendu célèbre Elisio ou Eloy de Medinilla, beaucoup plus que ses vers lyriques et ('piques Limiiiu concepcit'm delà Virgen). Ses dialogues sur les théories littéraii-es df Lope <El Ver/a de la

HIOJA. VILLEGAS 221

poctica espai'wld' riaient un pcanégyriqui' de la Comcdia niiera. La pari que Mon-to, né en 1618, aurait prise au meurtre (le Medinilla (1620 , est une légende contredite par la chronologie.

8. I.e chanoine et inquisiteur Sévillan Francisco de Rioja né vers 1586, f 1659), a été dépouillé des deux plus beaux lleurons de sa couronne poétique par la critique moderne, qui attribue les Ruinas de Itâiica à Caro, et VEpisloln à Fahio, à l'hippologue P^dro Fernândez de Andrada. 11 lui reste cependant encore des odes morales (par exemple a la richesse, à la pauvreté, au printemps], des sonnets et quelques élégies, animées parfois d"un souflle antique assez pur.

9. Esteban Manuel de Villegas (l')89-1669), «ommença avec éclat en publiant, en 1617, ses Poesias Eroticas 6 Amatorias,

A los veinte iimadas, Y à los catorce escritas.

Le recueil se composait de traductions fort habiles et decharmantes imitations d"Anacréon et d'Horace, de satires, dVlégies et autres poésies, parmi lesquelles, sous le titre de Latinas, des tentatives pour reproduire exactement la métrique latine. Ceci n'était qu'un jeu sans conséquence, mais le charme de ses anacréonliques frappa vivement les contemporains. Malheureusement, Villegas ne tint pas les promesses qu'il avait fait concevoir. Obligé de lutter pour gagner le pain quotidien, poursuivi par l'Inquisition, il ne produisit plus rien qu'une traduction de Boëce, par laquelle il se consola de ses infortunes et de ses déceptions.

Iî{. Poésie Épique. — Pendant toute cette période, mais surtout durant la première paitie, la poésie épique

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prend un développement extraordinaire. [>es causes de ce fait sont diverses : le désir de ri valiser avec les grands modèles classiques, mieux connus, ou avec les œuvres analogues de ritalie, le lang que les poétiques classiques attribuaient à répopée, l'orgueil castillan qui aspirait à consacier par des chants dignes d'elles les conquêtes réalisées dans les deux mondes, à célébrer solennellement les hauts faits contemporains et le rôle providentiel de l'Espagne, Tespiit religieux qui se mêlait à l'orgueil épique de la race et prétendait chanter les mystères ou les héros de la Foi, les capitaines du Christ comme les grands princes et les coiiQuistadores, enfin le succès de ce genre littéraire et la mode elle-même qui s'en mêla, tout cela explique suffisamment l'éclosion de tant de poèmes multiformes. Ils sont malheureusement plus remarquables,— sauf de rares exceptions, — par leur nombre que par leur valeur. Lorsque les sentiments qui les inspirèrent se modifièrent ou disparurent, lorsque le souffle qui anima quelques-uns d'entre eux se fut calmé, on vit ce que le genre avait trop souvent de conventionnel, d'apprêté et de froid La plupart furent oubliés, et s'ils encombrèrent encore les recueils classiques de longues séries de noms, bien peu continuèient en réalité à être lus. Nous ne nous arrêterons donc qu'à ceux qui ont échappé à l'oubli : ils suffiront anipb'ment à donner l'idée des autres.

Ils peuvent se diviser en quatre groupes principaux : i° Les épopées religieuses, célébrant les mystères de la religion ou les Saints du catholicisme ; 2° Les poèmes historiques, consacrés aux grands événements de l'histoire ancienne ou récente de l'Espagne et aux conquêtes du nouveau monde; .3" Les poèmes fondés sur des aventures romanesques, fabuleuses ou de pure imagination ; 4° Les sujtîts empruntées à Vanliquitc classique. — On peut enfin faii'e un groupe à part des quelques épopées burles(iues,(\vn sont comme la panidie des autres.

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14. Epopées religieuses. — Parmi lis épopées religieuses, ("xtrémemeut nombreuses, 1rs plus importantes sont les suivantes :

1° El Monscrrate, du «aiiitaine Cristôbal de Virués, auteur Jiamatique valencien (1550-1610). Ce poème, compost' de vingt chants en octaves, et paru en 1587, raconte la vieille légende, si populaire en Catalogne, et reprise au dernier siècle par José Zorrilla, de l'ermite Juan Garin, qui liabitait les pittoresques rochers du Monserrat, au milieu desquels il tua et ensevelit la fille du comte de Barcelone. Après une vie de iiénitences extraordinaires qu'il accepte docilement, il obtient son pardon. Sa victime est alors miraculeusement rendue à la vie, grâce à l'intercession de la Vierge, à laquelle est élevé sur cette montagne l'un de ses plus vénérés sanctuaires. — Ce sujet religieux est tout aussi bien romanesque, comme on le voit: il repose sur une légende hagiographique, qui n'a pu recevoir le caractère épique que par les hors-d'œuvre (p. ex., la bataille de Lépante) que l'auteur y a insérés. Ce qui en fit le succès persistant, en dehors de son caractère mystique, ce fut l'originalité de la tradition, tantôt poétique et tantôt dramatique, et le talent du poète, reconnu par tous ses contemporains, de(niis Cervantes jusqu'à Lope.

■2° Le Maestro José de Valdivielso raconta, en "/OO pages, J.a vie, les mérites et la mort du très glorieux patriarche Saint Joseph {iQOl), et célébra, en un autre poème, non moins interminable, la Vierge du Sagrario, particulièrement vénérée à Tolède (1618).

.3° La Cristiada (en 12 chants, 1611), du Maestro Diego de Hojeda, a donné lieu souvent à des rapprochements ave< les poèmes analogues de Vida, de Millon ou de Klopstock. Cette œuvre est moins difîuse que la plupart des poèmes contemporains. On en cite quelques passages touchants ou énergiques.

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