ÉPOPÉES HISTORIQUES
Sébastian de Nieva Calvo, où reparaît l'inévilable description de la victoire de Lépante (14 chants, 1625); — VHistoria de laYirgcn (1608), par Antonio Escobar de Mendoza, — et Nuestra Senora de Aguasi Sautas 1 161 1), par Alonso Dîaz.
8" 1 ne autre source très abondante de récits épiques dévols lut la vie des Saints. C'est là que prennent place elle Caballero Assista, sorte de roman de chevalerie '/ lo divino, de Gabriel Mata (1387, 3 parties, en octaves), auteur d'un poème allégorique intéressant sur la vie de l'homme, intitulé Catitos Morales ( I :{ chants, en octaves), — et la Benedictiiia, de Fr. Nicolas Bravo (1604, 18 chants, en octaves,-,
— le San Ignacio, d'Escobar déjà nommé, et Les Cinq Martyrs il' Arabie Cosme, Damiân, Eupremio, Leoncio, Eutimio), de Damiân Rodriguez de Vargas ( (621 , 9 chants, en octaves) ;
— la Vida de S. Diego de Alcalii, de Mala, — le San Nicolas de Tidnitino (1628), de Hernando de Camargo, — le Temple militante, de ïesdrujulista Cairasco de Figueroa i;'.38-l6IO).
I^. Épopées historiques. — Les poèmes épiques roulant sur des sujets nationaux offrent du moins un intérêt historique. Ils sont malheureusement gâtés trop souvent par une enflure que la vanité espagnole n'excuse pas, et par des recherches de pensée qui ne font que mieux ressortir l'ordinaire négligence de la forme.
1/liistoire, très mélangée de légendes, de la primitive Espagne, donna naissance au Leôn de Espaiia, de Pedro de la Vezilla Castellanos (1586, 29 chants, en octaves), qui raconte l'origine des antiquités romaines d'Espagne et la tradition du fabuleux tribut des cent vierges payé par Mauregato; son principal mérite peut-être est d'avoir été mentionné par Cervantes; — à la Numancia, Sagunto y Cartago, ou la. Numantina (1589, 19 chants, en octaves), de Lorenzo de Zamora; — à la Conquista de la Bctica (ou Prise de Séville par S. Fernando), de Juan de la Gueva (1603, 24 livres, en octaves), sujet qui devait être repris, en 1632, par Juan
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Antonio de Vera y Figueroa lEI Fernando, 0 Sçrilla rcslaurada) ; — au Palrôn de Espana, Santiago (1612), aux Naïas de To/osa 1594 (20 oliants. en octaves) et à la liestauracion de Efpaiia 1 1607 i, par Cristôbal de Mesa, poète connu par des vers lyriques estimables. — Le sujet éniinemuient national du Bernardo, déjà chanté, en 158o, par Agustîn Alonso {Hazanaa y hechos del invencible caballero Bernardo del Carpio , ins|iiia un auteur plus justement connu, Bernardo de Balbuena. évèque de Pue-Ho Rico (1568-1627), aulein- aussi d'un petit poème sur Lagrandcza mejicana, joint d'ordinaire aune pastorale que nous retrouverons plus loin. Sou Bernardo ô Victoria de Roncesvalles i1624-, 6 livres, en octaves) montre une imagination riche et brillante, une grande abondance, (jui dégénère en longueurs fastidieuses. Quelques-uns des plus beaux vers épiques de cette é-poque appartiennent cependant à Ballmena.
Les grands ('-vénements contemporains fournissaient de leur côté ample matière aux ambitions épiques des poètes. Carlos V fut célébré longuement parJeronimo Sempere, dans La Carolea (1560, oO chants, en octaves et par Luis Zapata, dans son Carlo Famoso (1566), non moins énorme comjiosiiion en octaves; — D. Juan d'Autriche, par Jerônimo Cortereal, dans les quinze chants, en vers blancs, de sa liatallade Lepanto, et par JuanRufo Gutiérrez, dit El Jurado de Côrdoba, dans son Austriada 1 158i-), dont dix-huit chants, sur vingt-quatre, sont consacrés à la lutte de Don Juan contre les Morisques. Ce poème fut célèbre, et nous rappellerons ici le jugement de Cervantes, à propos de VAiislriada, du Monxerratc de Virués et de VAraucana d'Ercilla : « Ces trois ouvrages sont les meilleurs qui se soient écrits en vers héroïques en Espagne : ils peuvent lutter avec les plus célèbres d'Italie, dardons-les comme les plus riches joyaux poétiques d'Espagne. )i — Happelons enfin, quoique sensiblement postérieur, le poème, en douze chants, de D. Francisco de Rorja, prince d'Esquilachc, sur la Conquête do Saples par le roi Alfonso V d'Aragon ( iGol).
i.opi; ui; VE(;\ poète epiol e z^it
La DrtKjmitea, de Lope de Vega, parut en 1598, deux ans ,i|irè.s l;i mort du liardi corsaire anglais, dont elle prétend lit'trir le nom, Francis Drake, qui fit tant de mal à la marine espagnole et Joua un rôle décisif dans Tanéantissement de VInvincible Armada. C'était donc, au plus haut point, un sujet de luùlante actualité, ce qui explique les virulentes invectives lancées contre Drake, contre la reine l'.lisabeth, et contre l'Anglelerre, mais ce qui n'empêcha pdint l'auteur de recourir à tous les procédés ot artifices ainsi qu"(à tout le merveilleux habituel du genre épique. Le cri de di'divranceque iioussa l'Espagne, lorsqu'elle apprit que
le Dragon » venait d'expirer à Panama, trouva un écho éloquent dans le dernier des dix chanis de ce poème singuliiT.
On éprouve quelque hésitation à ranger parmi les épopées historiques la .Tcrusalén conqaistada, du même Lope de Vega (1609). Il est vrai que la tentative malheureuse de lîichard Cœur de Lion pour reprendre Jérusalem à Saladin fournil le sujet du poème: mais il s'y niêb' tant de fables à commencer par la participalion d'Alfonso VHI d'Espagne à cette croisade), tant d'épisodes romanesques, tant d'avenluri's amoureuses, que l'élément historique en est à peu près étouffé. Au surplus, le manque de vérité historique importerait médiocrement : ce qui est plus grave, c'est que le sujet, tel que l'auteur l'a conçu, se prêtait mal à l'épopée. Le titre lui-même est équivoque, puisque ce n'est point Hicliard, mais Saladin qui conquiert .Jérusalem. Ces réserves faites, il faut reconnaître dans cette œuvre (particulièrement chère à Lope, puisqu'il s'astreignit à la corriger) son habituelle maestria que l'on retrouve dans des épisodes intéressants, dans des caractères bien tracés, dans des octaves pleines d'éclat ou de charme.
Lope de Vega, qui eût aisément mis l'histoire universelle en épopées, s'il n'avait préféré la mettre en drames, publia encore, en 1627, sous le titre de Corona Tvâgica, l'histoire de Marie Stuart (5 livres, en octaves). Elle lui valu! du pape Urbain VIII des honneurs et des bénéfices. Le
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sujet était beau, et ce serait beaucoup dire que lauteur en a tiré tout le parti possible. Elle contient du moins des détails touchaiits, mais l'invective contre Elisabeth et les Anglais y occupe une place disproportionnée et donne trop souvent à cette tragique élégie les allures d'un pamphlet.
16. UAraucana, — En ce qui concerne les épopées à sujets fl7/(t';ùrt//i.s-, nous n'insisterons ni sur le Cortés Valerofio, de Lasso de laVega (1588), — ni sur le Peregrino Indiano, ou Conquête du Mexique, par Antonio de Saavedra Guzmân 1,1599), — ni sur les Eleuins de Varones ilustrcs de riidias (lo8^ , par Juan de Castellanos, ni sur bien d'autres dont ta sèche énumération deviendrait vite fastidieuse.
Elles ont toutes d'ailleurs été rejetées dans l'ombre par VAraucana, d'Alonso de Ercilla y Zûniga, le seul poème épique espagnol vraiment célèbre. La première partie, commencée en 1555, parut en 1569, la seconde en 1578, la troisième en 1589; deux chants furent ajoutés encore dans l'édition de 1590'. L'ouvrage comprend trente-sept chants, en octaves. Le sujet est l'insurrection des Indiens Araucans, commandés par Caupolican, contre les conquérants espagnols. Mais l'auteur y rattache Ihisloire antérieure de la conquête du Chili (juscju'au chant 12'i ; puis, comme le récit strictement historique, tel qu'il l'avait conçu et annoncé, lui parait à la longue un peu nu et froid pour l'épopée, il commence, à partir du chant 12, à y mêler divers épisodes de pure imagirtation ainsi que des aventures amoureuses. Il semble même, dans la suite, oublier complètement ses obscurs Araucans pour célébrer plus volontiers les grands événements contemporains, qu'il rattache, tant bien que mal, au plan primitif, par des songes, des visions, des révélations magiques. C'est ainsi
1. Edit. Iluntington, 1902-03. — 15. .\. E.. t. XVII. — Voyez les Morceaux choisis, par M. Diicaniin. 1000. Garnier.
l'ahvucana 229
que nous trouvons, au chant 24, un récit de la prise de Saint-Quentin, puis de la bataille de Lépante, ou de la guerre de Felipe II contre le Portugal (chant 37i, sans parler d'épisodes encore plus étrangers au plan, si possible, tels que l'histoire de la reine Didon (chants 32 et 33j, si galamment vengée par les écrivains espagnols de la trahison du pieux Enée.
En dépit de cette part de fantaisie qu'Ercilla,à l'exemple sans doute des Italiens, se crut obligé d'ajouter à son ' poème, ce dernier reste, dans ses éléments essentiels, strictement historique. L'auteur note au jour le jour ce qu'il a vu, dépeint les personnages, les paysages qu'il a sous les yeux : on dirait parfois un simple chroniqueur ou un géographe, qui auraient la rime facile. Les chefs espagnols qu'il met en scène, Valdivia, Villagràn, Garcia, Reinoso ont réellement existé, et quant aux héros Araucans, Caupolican, Lautaro, Tucapel, Colocolo, Rengo, les traits sous lesquels il nous les dépeint sont évidemment empruntés en grande partie à la réalité. Les caractères de femmes, au contraire, Fresia, Guacalda, Tegualda, Glaura, ■^ont trop conventionnels: ces sauvages indiennes paraissent avoir trop fréquenté les illustres héro'ïnes de l'antiquité ou de la romanesque Italie. En revanche, Ercilla excelle dans la description des batailles; on sent que << la main qui tient la plume tenait tout à l'heure l'épée ». Ici, le soldatpoète a peu à faire pour devenir épique. Si ses harangues <raprès le modèle classique, malgré les louanges hyperbotiques de Voltaire, nous paraissent froides, il sait du moins trouver l'image juste pour peindre les attitudes ou les actes, et il les poétise par d'heureuses et pittoresques comparaisons. Ses descriptions, où nous voudrions aujourd'hui plus de couleur locale, évoquent parfois les paysages exotiques. La précision des traits, de même que le caractère scrupuleusement historique du récit, ne rendent que plus étranges le merveilleux mythologique et païen, les dieux comme Mars ou Bellone, les magiciens comme Fiton, qui tous, d'ailleurs, faisaient inévitablement partie des
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accessoires traditionnels de l'épopée. Celte applique, ou cette surcharge, ne fait pas corps avec le fond. Telle qu'elle est, cette œuvre singulière, qui est tantôt une chronique, tantôt un poème fabuleux dans le goût de l'Arioste, tantôt enfin un écho des vieilles épopées classiques, ce récit qui se déroule et s'enrichit, chemin faisant, et dont la trame se modifie selon le caprice du moment, cepanégyrique de Ténergie espagnole dans l'ancien et dans le nouveau monde, ces robustes octaves, d'une forme parfois négligée et de rimes peu opulentes, mais pleines souvent du fracas des armes et où se peint une imagination plus riche que scruimleuse, tout cela constituait une tentative originale pour créer une forme nationale d'épopée, en amalgamant et en transformant des éléments anciens.
I. 'auteur était particulièrement désigné pour essayercette entreprise. Né en 153^, à Madrid, mais d'une lamille originaire du petit port de Bermeo (Biscaye), élevé àlacouravec les pages, il accompagna Felipe H dans ses nombreux voyages (1548-1554), et, entre temps, suivit l'Infante Dona .Maria, en Bohème, en Autriche et en Hongrie. En 1555, il partit pour le Chili avec VAdelantado Jerônimo de Alderete. 11 resta en Amérique de 1656 à 1502, prit part à une foule de combats, d'expéditions, de voyages, de découvertes, fut disgracié, emprisonné, et même condamné à mort pour une méchante querelle avec un rival. Pour le bonheur des lettres espagnoles, sa peine fut commuée. De retour en Espagne, il rédigea et termina son poème, se maria en 1570, reçut l'habit de Saint-Jacques en 1571, voyagea en Italie, en Allemagne (1574-1577), perdit un hls en 1588, et traîna une vieillesse assez triste. Jusqu'à sa u'.ort ■27 novembre 150i-j.
I.e grand succès de ÏAraucana suscita diverses imitations : VArauco Domado (1596), du Chilien Pedro de Ona ', auteur d'un autre poème sur Saint Iç/nace (1639;, une suite, en deux parties, par Santisteban Osorio ^1598), et le
J. lî. A. K., l'veinas éjiicos, t. II.
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l'urén Jndoiitito, de Fernando Alvarez de Toledo flo98;, récemment publié '1862 .
1 7. Epopées romanesques. — Parmi les poèmes à sujets romanesques nu fabuleux, il faut citrr tout d'abord, VAngéllra ou les Lni/rimas de A. (1.">8G), parlaquelle Luis Barahona de Soto li lij9rji,se proposait de continuer la riche série des liolands ilaliens. Il n'avait p;is été le premier dans cette voie, car déjà, en luo7, Nicolas Espinosa nvait donné la Ih'uxièmc partie de l'Orlando, et, en lo78, Martin de Bolea y Castro publiait le Lihro de Oiiando determinado, <• qui continue le suietd'Oi/andoenamorado>' (seize chants, en octaves). Mais il fut éclipsé par YAngélicci, dont le succès est attesté par Lope et par Cervantes qui, sans aucune ironie, appelle son auteur iino de los famosos poetas del inundo, no solo de Espana. Celle première partie, en douze chants, resta unique. l/ai.'réable poème de Barahona constitue son principal titre, malgré ses vers lyriques, son Éylorjuc des Nymphes, trop vantée par Luzân, l;i Fàhida de Aeteim, ses Satires, publiées par Sedano (Parnaso, 1\, n3-89 , et quelques autres fragments épiques.
Le poème de Barahdua n'épuisa pas la vogue dont jouissaient les fictions de l'Ariosle. Lope de Vcga, pendant qu'il voguait sur le galion le San Juan de l'Invincible Armada, faisait de la même Angélica et de Medoro les héros d'un nouveau jioème, La Hermosura de Annélica, qui ne devait paraître, retouché et amplifié, quen 1602 (20 chants, en octaves). La beauté d'Angélique et celle de Medoro leur vaut le trône de Séville, mais avant de s'y asseoir, ils traversent une foule d'aventures et de péripéties, où la trop vagabonde imagination de l'auteur s'est donné carrière. Les épisodes, les digressions, les allusions contemporaines étouffent la trame légère, sur laquelle le Lrillant improvisateur a jeté les broderies de son style, sans réussir toutefois à faire oublier l'œuvre de son modèle.
232 SIÈCLE d'or, deuxième partie. — ÉPOPÉE
Les Amantes de Tertiel, « épopée tratrique » en vini:t-six chants et en vers blancs, par Juan Yagùe de Salas, fut publiée en 1616. Elle raconte la dramatique histoire de deux amants malheureux, Diego ^larcilla et Isabel de Segura, séparés par le sort, et réunis trop tard : vieille tradition de Teruel, assure-t-on, mais modifiée probablement par un conte italien. Cette légende romanesque avait été antérieurement racontée par Pedro de Alventosa,de Teruel vers !o3o , par Rey de Artieda (lîiSlj, et par Bartolomé de Villalba l;j87). Elle devait être reprise avec succès au théâtre par Tirso de Molina, en 1627 frattribution est d'ailleurs peu sûre), par Pérez de Montalvan, 1638, et PU (In par Hartzenbusch 1837).