‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 119 sur 263 · Épopées antiques. — Epopées burlesques · texte numérisé non relu

Épopées antiques. — Epopées burlesques

Les poèmes sur des sujets antiques, absolument oubliés, présentent un très médiocre intérêt. Joaquîn Romero de Cepeda publia, en lo82, ]â Destruycioti de Trojja, et b^ Hoho de Elena; M. Gallegos, une Guerre des géants (Gigantomachia), en 1628. On peut rattacher à cette série toutes les Fabulas épico-lyriques qui devinrent si à la mode au début du nouveau siècle, les Daphné (de Gregorio Silvestre, d'AIonso Pérez, de Villamadianai, lesPyrameet T/sôe (de Silvestre, de Montemayor, de Villegas), les Polyphème (de Géuigora), les Phaéton, les Europa (de Villamedianai, la Fabula de Eco, de Anastasio Pantaleûn de Ribera, VAtalanta, la VenusyCupklo, de Moncayo, la Psyché, de Jacinto de Villalpando, VEurydice, de Salazar, etc. — Il faut mettre à part, ne serait-ce qu'à cause du nom de l'auteur, la Filoména et VAndrômeda, de Lope de Vega (1621). Le premier de ces poèmes raconte les métamorphoses de Terée et de Philomèle : Lope a retrouvé, pour les chanter, l'élégante facilité d'Ovide. Presque toutes ces œuvres, sans aucun intérêt, sont envahies par le gongorisnie.

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Elles prêtaient à la parodie, parce qu'elles étalaienl, mieux que tout autre sujet, ce que le genre avait de conventionnel et de faux. El en etTet, les épopées burlesques ne manquèrent point pendant cette pérode : elles dissipent un peu (si l'on n'en abuse point) l'ennui [irofond où nous plongent trop souvent les autres.

Un poète médiocre, dont les œuvres parurent en 1587, composa contre le connétable de 'V^elasco, gouverneur de Milan, un poème à peu près introuvable, intitulé la Asneida. Un autre espagnol, réfugié à Paris, donna, sous le pseudonyme de Cintio Meretisso (1604), une assez amusante facétie épique : La nnierte, entierro y honras de Chrespina }tarauzmana, r/ata de Juan Chrespo Elle est moins connue cependant que la Gatomaquia, de-Lope de Vega, publit'e en 1634-, et dont les héros sont empruntés également à la race féline, ou que la Moschea (1615) de José de Villaviciosa, laquelle chante les exploits des mouches. On peut ne pas éprouver un entliousiasme immodéré pour ce genre épicozoologique, qui s'autorisait du grand nom d'Homère, le prétendu auteur de la Batrachomyomachie. Mais, le genre admis, il faut bien reconnaîre que l'on ne lit rien de mieux à cette époque que la Guerre des mouches et den fourmis ou Moschea, ingénieuse et parfois piquante parodie de Vlliade et de VEnéide, ou surtout que la Bataille des chats, dans laquelle nous sont racontées les amours de la b<'lle Zapaquilda et de ses prétendants, les vaillants Marramaquiz, et Mizifuf. Il est difficile, dans un sujet aussi léger, de mettre plus de finesse, d'imagination et d'esprit. L'ironie légère, la parodie littéraire coulent de source dans ces souples silvas où le vers inégal se modèle sur la pensée, où la rencontre imprévue des mots pittoresques ajoute sa drôlerie à la verve bouffonne qui, par un tour de force dangereux, se maintient pendant 2.500 vers.

Ce n'est point l'esprit non plus qui manque dans le fragment intitvilé Las necedades y locuras de Orlando, el Enamorado, de Quevedo (vers 1635)- H y en aurait plutôt trop, car la bouffonnerie y atli-int, et y dépasse même, les dernières

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limites. Cette caricature extravagante, où se cachent des attaques féroces contre des adversaires, ne provoque plus guère qu'un rire forcé et manque souvent son but par son excès même. Nous sommes loin de l'aimable désinvolture de Tome de Burguillos, car Lope voulut se dissimuler sous ce pseudonyme, en publiant, en 1634, ses œuvres burlesques.

Iî>. Poésie didactique. — Nous aurons terminé iaperçu de la poésie à cette époque lorsque nous aurons signalé, parmi les poèmes didactiques, ceux qui méritent encore une mention particulière. Ils sont d'ailleurs peu nombreux. Le ])eintre Pacheco. beau-père de Veh'izquez, nous a conservé d'importants fragments dun poème sur la peinture, Poema (le la pintiira, de Pablo de Céspedes, l'artiste coidouan, ami de l'archevêque Carranza. Ce poème, composé vers 1604, au moment où les peintres espagnols allaient illustrer leur pays, est intéressant par le sujet, et agréable par la vigueur des hendécasyllabes, lénergie des octaves et l'agrément des desiriptions. 11 est intéressant de le rapprocher des Dià logos de la pintura, publiés en 1633, par le peintre Vicente Carducho, et de YArte de La Pintura (1649 , du même Francisco Pacheco, portraitiste de tant d'illustres contemporains.

L'ouvrage de Francisco de Guzmân. les Triunfos Morales (lo'îT), et celui de Lope de Veg.i, les Triunfos divinos (1625 , sont inspirés dii'ectement des Triomphes de Pétrarque. Ils contiennent lun et l'autre un enseignement moral sans grande originalité. Il en est à peu près de même des Emblcmas{['.)9\], de Juan de Covarrubias, frère du lexicographe, lesquels firocèdent iliieiti'meiit du livre si populaire d'.Mciit. — Nous rencontrons ensuite une série de poèmes importants |)our l'histoire littéraire et la critique. C'est, en jtremier lieu, FArte poética (1591), de "Vicente Espinel, qui n'est guère (ju'une liaduction d'Horace'. i)uis VEjcmpInr

\. Scdano. Purn. E.s/i.. t. \. nfiS.

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poético^, (lu sévillaii Juan de la Cueva ' 1550, f après 1609). I/auteur avait accompagné :iu Mexique et aux Canaries un de ses frères, inquisiteur. Il passa à Cuenca les dernières années de sa vie. Ses œuvres comprennent des poésies lyriques (13.82), l'épopée La conquiata de la Bética{\60^) déjàcitée,un autre poème didactique, imité de Polydore Virgile, intitulé Los inrentores de las cosas (1*507), œuvre médiocre et justement oubliée, le Viaje de Snnnio (l'iSb)^, un recueil de liomanccs historiales, intéressant par le sujet (i587), des drames dont il sera question plus loin (page .301), et VEjcmplar poclico (1606j. Dans les trois epistolas qui com- |)0sent cet ouvrage, La Cueva formule les préceptes généraux du style poétique, définit les vers et les genres et prend résolument la défense de la Comedia cfsparwla. Le plan est d'ailleurs confus, la théorie parfois contestable, iriais l'intérêt documentaire de cette poétique est grand.

L'Aile nuevo de hacer comedias en este tiempo^ (1609, en 389 hendécasyllabes blancs) n'est pas moins important à ce point de vue. Lope de Vega y pai^ait surtout préoccupé de défendre son système dramatique contre les connaisseurs, les cienti/icos, et il excuse trop humblement les audaces de la nouvelle école, qui est la sienne. S'il n'y a point quelque ironie dans cette humilité, il plaide les circonstances atténuantes, dont la principale est le goût déclaré du public, auquel il se résigne à sacrifier, tout en le condamnant au nom des principes. Mais, chemin faisant, il émet des jugements ou des aperçus précieux pour les historiens du théâtre.

On ne trouve point, en revanche, tout ce qu'on serait en droit d'attendre, d'après le sujet et d'après le nom des auteurs, dans le Vioje del Parnaso (1614), de Cervantes, ni dans le Laurel de Apolo il630), de Lope de Vega. Ces deux poèmes ne sont que de longues et fastidieuses énuniéra-

1. Imprimé pour la preuiière fuis par .1. J. Lô.iez Sedano, i'avnaso espanol. t. VIIL 1174. — Edit. E. Walberg, Lund, 1904.

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