‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 121 sur 263 · CHAPITRR II LA PROSE (EN DEHORS DU ROMAN · texte numérisé non relu

CHAPITRR II LA PROSE (EN DEHORS DU ROMAN

La prose, à cette époque, comprend trois genres principaux : ['histoire, la littérature mystique et morale et le roman. Dans chacun d'eux nous allons i^encontrer quelques-uns des plus grands noms de la littérature. C'est en effet l'époque où la langue des prosateurs atteint son point culminant de richesse et de pureté, mais l'on y peut surprendre déjà, quoique à un moindre degré que dans la poésie, les premiers signes d'épuisement et de décadence.

1. L'Histoire. — Floriân de Ocampo avait tenté de doter d'une histoire complète et véritable l'Espagne, qui jusquelà n'avait guère eu que des chroniques. Il avait complètement échoué dans cette entreprise. L'Aragonais Jeronimo de Zurita (1512-lo80), moins ambitieux, se borna à l'histoire d'Aragon (Anales de Aragon, six volumes, publiés de 1562 à 1H80). Secrétaire du Roi, chroniqueur du Royaume d'Aragon, il laissa une œuvre, sinon d'une grande valeur liltéraire, du moins sérieuse et bien documentée. Elle fut continuée par Hartolomé de Argensola, par Sayas et par Dorraer. Ambrosio de Morales ^1513-1591), professeur d'Alcalâ, chroniqueur de Castille, poursuivit en trois volumes (1374-1377), VHistoire (VEspaijnc d'Ocampo et la mena jusqu'en 1037. 11 écrit avec plus d'élégance que Zurita, et fait dans son œuvre une place importante aux antiquités et à l'épigraphie : il a tracé

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une description, ou plutôt un panégyrique brillant do l'Espagne, publié à la suite de son Histoire. Ce fut un savant et un écrivain.

2. Mais le véri laide liislorien de TEspagiie devait être le Jésuite Juan de Mariana' (l;J3o-162i-). Fils non reconnu d'un chanoine de Talavei'a,-il entra dans la naissante compagni'' de Jésus, parcourut, comme étudiant ou professeur, diverses Universités (Alcalâ, Rome, la Sicile, Paris), et, pendant les quarante-neuf dernières années de sa vie, ne quitta plus guère sa studieuse retraite d«' Tolède. C'est là qu'il rédigea sa censure de la liible polyglotte (1572), d'Arias Montano, accusée d'hérésie, et qu'il conclut courageusement en sa faveur. C'est là aussi qu'il écrivit, en latin, le De Rege et Régis institut ione, plein de pensées hardies et d'une éloquence fougueuse. Il y soutenait cette thèse, souvent défendue avant lui, que le peuple tyrannisé, après avoir épuisé tous les avertissements, avait le droit de tuer le tyran, et, en passant, il excusait Jacques Clément, « œternitin Galliœ decus » (1599). Onze ans plus tard, Ravaillac assassinait Henri IV. On rendit Mariana responsable de ce meurtre et son livre fut solennellement brûlé à Paris. Il publia en outre Sept Traités (Tractatus VII, 1609), dont trois au moins méritent d'être mentionnés : 1" Le Traite des Jeux Publics, riche de renseignements précieux sur les mœurs du temps; — 2° Le Traité de la Monnaie; — .3° De la Mort et de l'immortalité.

.Mais Vilistoire d'Espngne absorba surtout l'activité tle Mariana. Désirt-ux de montrer à l'étranger la grandeur de son pays, il la rédigea en latin et la publia en vingt livres (1592), puis en vingt-cinq (1595), et enfin, complète, en trente livres (1605 . Cependant, cédant à certaines sollicitations et inquiet peut-être pour le sort de son

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