OOras. 18!)0-1892, fi vol
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ileneira, que nous avons déjà rencontié parmi les mystiques, et le P. Juan Marquez (1564-1021) publièrent, le premier, sous le titre de El principe cristiano (1599), le second, sous celui de El ç/obeniador cristiano il612), des traités dans lesquels ils essayaient l'un et l'autre, probablement pour répondre à Machiavel, de déduire des Livres Saints les principes d'une politique vraiment chrétienne. Ces deux ouvrages sont d'un style pur et classique. On [leut encore lire avec plaisir celui de Juan Antonio Vera y Ziifiiga v. p. 117) sur V Ambassadeur (1620;, dans lequel il nous communique les fruits de son expérience comme ministre d'Espagne à Venise. — Cristobal Suârez de Figueroa s'adresse à un public moins restreint dans son Pasayero 1017), où il donne le soir, après chacune des dix étapes, ou Alivios, du voyage de Madrid à Barcelone, des advertencias iitilisimas à la vida humana, dont la variété même lait l'intérêt. Figueroa, qui est aussi l'auteur d'une encyclopédie (en partie traduite de l'italien), très utile pour l'onnaître la science de son temps, Plaza universal de las ciencias (1615), et d'un roman ])astoral, La Constante Amarilis (v. p. 270), se rendit fâcheusement célèbre par un caractère difficile et une humeur satirique, dont beaucoup eurent à se plaindre, entre autres Cervantes et Alarcon.
14. Le plus illustre polygraphe et mmaliste de la première moitié du xvii« siècle est Francisco Gomez de Quevedo y Villegas (1580-1645). Né à Madrid, d"une bonne famille de la Montagne de Santander, orphelin de Ijonne heure, étudiant à Alcal.'i, il suivit la Cour (de 1001 à 1606) à Valladolid, où il commença à se faire connaître par d'alertes et spirituelles satires en vers et en prose. A la suite d'un duel, il quitta l'Espagne (1611), et entra au service du fameux duc d'Osuna, Pedro Téllez Girôn, en Sicile d'abord, à Naples ensuite. Chargé par celui-ci d'épineuses missions, il joua un rôle encore mal défini, mais dangereux, dans la
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conjuradoii contre Venise (1618j. Disgracié à la chute d'Osuna (1621 , il se relira dans ses terres de la Manche (à la Torre de Juan Abad), et s'efforça d'obtenir les faveurs d'Olivares, le favori de Felipe IV. Il n'y réussit que médiocrement. Accusé, avec toute vraisemblance, d'avoir glissé sous le couvert du Roi un Mémorial satirique en vers, où il dénonçait Tanibition et l'avidité du Comte-Duc 1639), il fut emprisonné au couvent Santiaguisle de San Marcos de Leôn, en sortit très malade en 164.3. pour achever de mourir le 8 septembre 1645.
Son activité littéraire fut considérable, et elle se manifesta à peu près dans tous les genres '. Nous avons déjà parlé de ses poésies Voir p. 219,, auxquelles il faudrait ajouter quelques essais dramatiques de circonstance, d'ailleurs sans importance. Ses œuvres en prose comprennent : 1" des traités didactiques de politique, tels que la Politica de Dios lG20i, nouvelle tentative pour fonder la science politique sur les enseignements de la Sainte Ecriture. Malgré la gravité affectée du ton et la solennité de l'appareil critique, la satire et l'allusion se devinent dans ces pages négligemment reliées entre elles par un plan capricieux et mal conçu. Le Marco Brulo composé en 1631 , imprimé en 1644) ne diffère pas essentiellement de la Politica, qiiant aux intentions secrètes. C'est un commentaire ingénieux et subtil de certains passages de la biographie de Brulus par Plutarfjue. Quevedo y subit, plus qu'on ne le voudrait, l'inlluence. funeste en Espagne, du concepliste italien Virgilio Malvezzi, dont il venait de traduire (1631) le trop célèbre fiomu/o (1629). Joignons à ces ouvrages les opuscules sur la politique contemporaine, que Quevedo, qui avait le tempérament d'un vrai Journaliste, prodigua durant toute sa vie, les Gratidcs annales de rjuinzc jours i 1621 , récit des plus instructifs, malgré toutes les réticences et l.-s ioiiorip> (],■ l'auteur, de la révolution de palais qui
1. B.A. !■:., t. XXllI, M.VllI. \.\\\. — mhli^.f.Attddl., 1898-1901. 2 vol.. en cours de publicalioii.
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coïnokia avec ravènenn'iit do Felipe IV; Le iiwnde cdihic. Le Lynx d'Italie, pamphlets politiques pour favoriser ou pour justilier la politique tortueuse du duc d'Osuna en Italie; Le Chitùn de las taravillas Silence aux caquets! 1630), qui est une défense des mesures financières d'Olivares, qu'il devait si vivement attaquer bientôt; la Lettre au Roi Fernando (le Catholique), la Rébellion de Barcelone, le Manifeste de Bragancc, la Lettre à Louis XIII, tous écrits de circonstance, animés dun patriotisme un p<'u trop di-monstratif et qui sent trop son courtisan.
2" Les œuvres de morale et de rclii/ioii nous font connaître le philosophe et le stoïcien. La plus importante est le Traité de la Providence dirinc .1641), en deux parties (immortalité de l'âme, — existence de Dieu et de la Providence). 11 lient le milieu cntie la démonstration purement philosophique et les lieux communs de la chaire chrétienne, mais il ne sutiit vraiment pas à mériter à Fauteur les titres de " profond penseur et très original philosophe •>, que les Espagnols lui décernent beaucoup trop complaisamment. La philosophie de Quevedo répond assez exactement à l'état des esprits et de la science à son époque : elle est tournée vers le passé, non vers l'avenir, elle ne porte en ses flancs aucun germe de rajeunissement ou de progrès. Mais si la philosophie théorique de Quevedo est stérile, ses écrits de morale pratique sont de nobles encouragements à la patience, à la résignation, au stoïcisme. Tels sont les enseignements que l'on trouve dans la ron.s/rtHce f/e Job (publiée en I713i, dans la Vie de saint Paul (1644), dans ses traductions de Phocylide, de Sénèque, d'Epictète, de François de Sales, ses véritables saints, dont il s'inspire dans Le Berceau et la Tombe (1035), dans Les Quatre Fléaux et les Quatre Fantômes ou Vertu militante, 1651). La biographie du grand archevêque de Valence, Thomas de Villanueva, et le curieux Mémorial en faiseur de l'unique patronage de saint Jacques, menacé par les partisans de sainte Thérèse, complètent cette série (1628).
Nous avons eu déjà l'occasion de signaler la part que
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prit QueveJo dans les polémiques à propos du cultisme. Joignons à ses pamphlets littéraires le Cuento de citentos, curieuse collection d"idiotisines et de façons populaires de parler qu'il tourne en ridicule, et la l'erinola (le Toton), dirigé contre le Para todos de Montalvàn, son ennemi de cœur.
Mais le titre le plus incontestable de Quevedo sont ses œuvres burlesques et satiriques, les Songes {Los Sueùos), et le Biiscô7i. — De très bonne heure, il s'était fait connaître par d'amusantes et vives satires, les Pragrnâticas, des facéties académiques, telles que les Carias de! Caballero de la Tenaza, le Traité de la vie de la Capitale et une foule d'autres fantaisies qu'il inséra plus tard dans ses Jeu.v de Jeunesse (Juguetes de la Nînez).
Le Buscôn, composé vers 1607, imprimé en 1626, est un roman picaresque dont il sera parlé plus loin (p. 293). Les Soiiges (Los SueDos), qui le suivirent de près, constituent une série de satires sous la fiction commode d'une visite aux Enfers. Ils sont au nombre de six : le Jugement dernier (1607 ? , VAIguazil démoniaque (1607-1608;, le Songe de r Enfer [\<i08, le Monde vu du dedametdu rfe//ors (1610-1612?) le Songe de la Mort '1622), le Discours de tous les diables (1628). Il y faut joindre la Fortune raisonnable et Vheure de tous (1636 . La Maison des fous amoureux est d'une authenticité douteuse.
Rien de plus amusant que le détilé sous nos yeux de tous les originaux que rencontre aux Enfers la Muse boufTonne de Quevedo. C'est une caricature extrêmement maligne de la société, si guindée et si solennelle en apparence, du temps de Felipe III et de Felipe IV. Le satirique prend un cruel plaisir à nous en montrer toutes les tares et tous les vices, et à poursuivre de ses traits, acérés comme aiguillons de guêpes et drus comme grêle, tous les types ((ui constituent son gibier habituel, juges, avocats, médecins, arbitristes, marchands, tailleurs, aubergistes, poètes, barbiers, colporteurs français et banquiers génois, et les coquettes, et les aventurières, et les due-
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iines, etc. II n'y a guère que deux classes de la société qui ne sont pas représentées aux Enfers, et le trait est caractéristique, et vraiment, bien espagnol : les pauvres et les soldats.
I.e style de Quevedo n'a jamais plus de vivacité, de mordant et de verve que dans ces fantaisies légères. D'ailleurs son style, comme son i^énie lui-même, se plie, suivant les circonstances et la passion du moment, aux sujets les plus opposés. Grave, solennel, presque guindé, d'un conceptisme ingénieusement travaillé, dans ses œuvres ascétiques ou politiques, il atteint parfois, dans les burlesques, le dernier degré du cynisme et du débraillé.
De même, le stoïcien, qui expia dans les cachots son courage civique, agit parfois et parle comme un courtisan. Ce qui lui manque surtout, c'est la mesure, le goût épuré, le sentiment juste de la proportion et de la convenance, le respect de son propre talent. Il eut la perception nette du ridicule, une extrême vivacité d'impressions, une imagination qui donne la vie aux conceptions de l'esprit : il n'eut point (avec un talent de styliste peut-être supérieur, et un savoir infiniment plus vaste) le ferme bons sens, la raison sûre d'elle-même, le parfait équilibre moral de Cervantes. .Uissi, malgré de brillantes qualités, ne reste-t-il (ju'au second rang.
15. Par son conceptisme, par la finesse brillante de son esprit, par quelques-uns des sujets qu'il traita, le jésuite BaltasarGraciânf 160 1-1 658) rappelle Quevedo et le continue. Il a laissé un certain nombre d'ouvrages laborieusement aiguisés, dans lesquels les uns ont voulu voir de solennelles niaiseries et les autres, nombreux surtout de l'autre côté du Rhin, un génie abstrus, inaccessible aux foules'. Dans El llcroe (1630), Graciànessaiede tracerleportrait d'un
1. B. A. K,. t. I,.\V. — El Héroe: El Discreto. édit. par Artbur Farineili. Madrid. 1900.
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surhomme chrétien, dont il trouverait, volontiers le type, historiquement réalisé, dans Fernando cl Catôlico > \6kO. I.a Agudeza y Arte de ingcnio (1648), œuvre de critique littéraire, est le plus significatif de ses ouvrages. I,a Finesse [Agudeza) est pour lui l'Art suprême, le signe ilu génie, et il nous énumère longuement toutes les variétés d'Agiidez'is, avec exemples à l'appui, et avec les recettes et ingrédients pour confectionner ce ragoût des délicats, [.a théorie de l'art, il la déduit des œuvres des poètes, mais il suffit de voir ceux qu'il choisit, pour se rendre compte de la valeur de celte théorie : cultistes et conceptistes se renloulrent pêle-mèlp, mais presque exclusivement, dans ces pages, et rien ne montre mieux par quels liens se reliaient ces deux écoles, ni avec quelle facilité elles s'étaient fondues l'une dans l'autre. — LeCriticôn est divisé en trois parties, ou trois saisons (16.")1, 1653, 16.57). L'effort du penseur est ici plus méritoire, et l'idée sur laquelle repose l'ouvrage, pour n'être pas neuve (on la retrouve dès le début de la littérature didactico-allégorique', ne manque pas d'ingéniosité. Elle consiste à mettre l'àme vierge d'un sauvage (Andrenio en face de toutes les inventions et de tous les raffinements de la civilisation et à les lui faire juger. Crililo dirige et provoque cette enquête et cet inventaire. I.e plan permet aisément de passer la revue de toutes les questions pouvant intéresser le moraliste, le savant, l'homme d'Etat. Graciân avait résumé antérieurement et condensé la quintessence de sa philosophie dans une suite de maximes et d'aphorismes sous le titre (VOiàciilo mannal y Arte de prudencia (1647), véritable bréviaire et livre de chevet du parfait conceptiste. Il est certain que Graciân possédait un esprit souple, habile et fin, de la pénétration et de l'art, mais ses qualités réelles furent gâtées par une recherche perpétuelle de subtilité, même à propos des idées les plus simples, par un tortillage de style qui rend difficile et fatigante, pour nous du moins, la lecture de ses ouvrages. Mais je répète que d'autres y découvrent des beautés cachées (]ui m'échappent.