‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 141 sur 263 · I.E> NOVEI.A8 E.IEMPLAHKS i^H I · texte numérisé non relu

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mais non loin du Quichotte (1613). Elles sont au nombre de douze. En voici les litres, avec la date approximative de la composition : l" La Gitanilla de Madrid (après 1606), histoire charmante, à la fois très romanesque et tri's réaliste, de la petite Preciosa, volée par des Gitanes. — 2" El Amante libéral a\a.ni 1604? . — 3° Ilinconetc y Cortadillo [iwàntseph-mbre 160i), admirable croquis de la bohème de Séville, peinte d'apiès nature. — 4" La Espafwla Inglesa en 1606?), jol i fait divers, élégamment conté. — 5° El Licenciado Vidriera en 1597?), histoire d'un fou plein de bon sens (ce type a décidément séduit Cervantes) où, sous forme comique, est •Miferniée beaucoup de philosophie. — d" La Fuerza de la ■<an(jre (entre 1599 et i604'), dans laquelle le romanesque l'emporte. — 7" El c.eloso Extremeùo {le jaloux Extrémcnien), nouvelle variation sur le vieux thème, toujours fécond, du Mariner de Séville. — 8° La liustrc Fregona ou Vlllustre Serrante (après 1599), document curieux sur les goiits apicarados de la Jeunesse du temps, enfermé dans un récit plein de mouvement et de vie. — 9" Las dos Doncellas ou Les deux Jeunes Filles (avant 1600). — 10" La Senora Cornelia, l'une des plus récentes. - 11° et 12" El Casamiento engal'ioso [te Vaux Mariage) et le Coloquio de lus perros (avant 1609). Cette dernière nouvelle, dans laquelle Cipiôn et Herganza, les deux chiens de l'hôiiital de la Résurrection, <le Valladolid, nous racontent leur vie, contient quelquesunes des pages les plus savoureuses et les plus profondes qu'ait écrites Cervantes. Quant à la picaresque et trop hardie Tia ftngida (la fausse Tante), le texte manuscrit, mêlé à d'aulres nouvelles et particulièrement à Rinconete, se trouvait dans un recueil factice formé, entre 1606 et 1610, j.oui- la distraction d'un prélat sévillan, plus lettré que timoré. Il a été publié, comme de Cervantes, en 1814, par Arrieta, puis, en 1818, plus exactement, par Ferdinand Wolf. Son authenticité, malgré de longues discussions, n'est pas encore solidement établie.

Plusieurs de ces nouvelles peuvent à bon droit concourii' à la gloire de Cervantes. Elles sont d'autant meilleures

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qu'elles se rap|irochent davantage de la vie n'-elle, ou (luelles expriment mieux la philosophie pratique et la riche expérience personnelle de l'auteur. Au premier rang nous mettrions les nouvelles proprement picaresques, Rinconete y Cortadillo, et celles où l'étude de la réalité se mêle, dans des proportions variables, à l'imagination, telles que la Gitan illa, la llustre Fregona et, tout à côté d'elles, le Coloqido et Yidriera, qui remplacent lintrigue absente par tant de bonne humeur et de sagesse stoïcienne. Ces dernières renferment, répétons-le, toute la philosophie morale et comme la quintessence de la riche et souvent douloureuse expérience du conteur.

Les autres, plus romanesques, d'une facture plus italienne, nous paraissent moins parfaites et se peuvent confondre avec bien d'autres. Elles ne méritent pas toutes le titre iï exemplaires que leur auteur leur donna : on ne voit pas bien quel '< nabrono y honesto fruto » l'on peut tirer du Celoso Extremeno, ou du Casamiento engaftotio, pour ne rien dire de la Tia fiiigida. Mais nous reconnaissons volontiers que les nouvelles italiennes étaient d'ordinaire encore moins « medidas con la razôn y discurso cristiano ». Quant à la prétention de l'auteur d'être le « premier qui ait écrit des nouvelles en langue castillane», et, sans doute, surdos sujets originaux, on pourrait peut-être la contester. Mais, tout bien considéré, c'est un mérite qu'on peut lui accorder: car, en dehors d'imitations serviles ou de contes anecdoliques, comme ceux de Timoneda, ce genre n'avait encore rien donné d'important en Espagne, de même qu'on reconnaîtra volontiers qu'elles contribuèrent beaucoup à y développer ce genre. Diego de Agreda songeait sans doute à elles, lorsqu'en 1620 il donnait ■< douze Noi^elof^ morales, utiles par leurs enseignements ». Cependant, si son Viejo enamorado rappelle le Celoso Extremeno, .Vgreda puise souvent chez les Italiens, maîtres encore incontestés du genre. Le premier de ses contes, Anrclio y Alejandra, emprunte à Bandello l'histoire de Homeo et Juliette. Lope de Vega païaît bien avoir songé à-

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taii-e la leçon aux Novelas de Cervantes dans celles cju'il I omposa (Voy. le début de la première, Las Fovtitnas de Innna). Quant à Suârez de Figueroa, à Salas Barhadillo, à l.ificin y Verdugo, à Tirso de Mulina, à Ambrosio de Salazar. a Trancisco de Lugo, à Camerino et à bien d'autres, ils Mint fous redevables à Cervantes, au moins de leur avoir < iivi-rt la voie.

Le Don Quichotte. — On ne peut faire que des conjectures sur la date de la composition de El Ingenioso Hi- • l'ilgo Don Qitixote^ de la Maitclia-. 11 fut sans doute ébau- I lié durant l'un des trop nombreux emprisonnements de i auteur en Andalousie, car il faut renoncer à la légende qui lui donne pour berceau le cachot du village manchois d'Aruamasilla. I,a première partie était âciievée lorsque Cervantes vint à Valladolid, en 160:5. Il vendit le manuscrit au libraire madrilègne Francisco de Robles, f(ui le tit imprimer dans le courant de 1G04, par Juan de la Cuesta, et qui le mit en vente en KiOo. On ignore la somme payée à l'auteur, mais elle dut être minime, car il avait reçu une somme équivalente à 334 francs pour sa Galatea, et ses Novelas ne lui valurent encore que 400 francs.

La première partie eut un prompt succès : on en avait déjà fait huit éditions avant 1615, et la vogue allait croissant. En 1614 jtarut, à Tarragone. une Seconde partie du Don Quichotte, signée d'un pseudonyme : Le licencié Atonso Fernândez de Avcllancda, de Tordesillas. Une foule d'hy[)0thèses ont été faites pour percer ce pseudonyme : le

1. La prononciation franiaise Quichotte se rapproche beaucoup plus que la prononciation espagnole actuelle de celle usitée du temps fie Cervantes. Au début du xvii" siècle, la x espagnole avait encore le son de eh français, ou sce italien : Xaldlon = Châtillon : Xuarcshalt = Sc/iwarzljcild : mais déjà la confusion entre x et J était fré(|uente.

2. Édit. Fitzmaurice Kelly et Orni.sby, 1899-1900,2 vol.— Extrait^ annotés, par L. Dubois, 1897.

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mystère reste entier. Il nous dispense de la fastidieu.sc discussion de toutes les attributions proposées (Aliaga, Argensola (Bai'lolomé , Lope de Vega, Tirso de Molina, Alarcôn, Alfonso Lainberto, Juan Marti, etc., etc.). Quel qu'il fût en réalité, Avellaneda rendait hommage au succè:? obtenu par le Don Quichotte, en essayant d'en profiter. Son pastiche n'est pas toujours aussi mauvais que le disent certains Cervantophiles exaspérés, mais cependant il travestit grossièrement les admirables caractères du bon <hevalier et de son lidèle écuyer : il leur fait traverser des aventures qui ne sont plus que grotesques ou répugnantes. Toute poésie et tout sens moral disparaissent. Ce qu'il eut de meilleur, sans contredit, fut d'obliger îindolent Cervantes à achever et à publier la vraie deuxième partie, qui traînait quelque peu et qui parut enfin à Madrid, en 1615. Elle lit aussitôt oublier la fausse.

Si nous essayons d'imaginer la genèse du Don Quichotte, il nous semble qu£ Cervantes, au début, ait voulu simplement ajouter une Nouvelle à celles qu'il composait alors, et amuser ses lecteurs par la description d'un type extravagant, aperçu peut-être au cours de ses pérégrinations. Il ne dul point tarder cependant à comprendre qu'il avait rencontré un filon précieux. Il creusa donc plus avant, et la portée de sa satire lui apparut: elle ne tendait à rien moins qu'à ruiner, sous le ridicule, la littérature chevaleresque \derribar la maquilla... dcstos caballerescos libws). Ce premier élargissement de la pi'nsée initiale n'a échappé à aucun critique. L'entreprise en tdle-même n'était pas aussi inutile qu'on l'a dit. Sans doute, le genre chevaleresque était en décadence vers l'année l(iOO, mais l'esprit, qui l'avait créé et popularisé, durait encore. Autrement, le succès de la satire serait incompréhensible. Une parodie n'a de sens et de sel, elle n'est possible que si, d'une part, les types qu'elle vise sont encore couipris et, de l'autre, si l'on est

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