SIÈCLE DOK. DEUXIÈME PARTIE. HOMAN
d'amerluine. Tout est hypocrisie ici-bas, tout est mensonge. Celle Iriste vérité, cent fois développée par Quevedo dans ses autres œuvres, est présentée ici sous un jour nouveau avec une insistance infatigablement ingénieuse. Il ne garde aucune mesure dans la plaisanterie ; il force le trait, dédaigne les nuances, pousse tous ses portraits à la charge et à la caricature. Sa gaieté a quelque chose d'amer, de forcé et de sarcastique. Le biuit strident de ce sifflet, de ce rire aigu, inquiéta d'ailleurs la société ainsi fouaillée, et valut bien des ennemis à Quevedo, qui n'en avait cure, « car je suis, di^^ait-ij, un scorpion médisant, fils après tout de ces plaines de sablf qui engendrcntles serpents ».
8. Tout autre est VEsrudero Marcos de Ohrejun (1618), de "Vicente Martînez Espinel, né à Ronda vers InoO, mort en 1624. La vie de l'auteur fut elle-même un véritable roman picaresque, et il n'eut qu'à la raconter pour écrire celle d'Obregôn : il s'inspire le plus souvent de souvenirs personnels. Il est certain que lui-même a vu tous les pays que parcourt son héros Marcos, l'Espagne, l'Italie, les Flandres : aux événements dont ce dernier fut témoin, Espinel assista également. Sa vie d'étudiant et de musicien à Salamanque '1370-1574), ses interminables courses à travers l'Espagne, le Portugal, l'Italie, les Pays-Bas, son séjour à Madrid vers 1583, puis en Andalousie, sou ordination à Mâlaga, son retour à Ronda oîi il obtient un « demi-bénélice », son séjour à Grenade, où il assiste à l'incendie de l'Alhambra en lo89, sa nomination de chapelain de l'hôpital de Ronda et les plaintes qui s'élèvent de toutes parts contre sa conduite médiocrement édifiante, nous permettent de nousfaire une idée assez complète de ce joyeux vivant, qui n'hésite pas d'ailleurs, comme Villon, à battre luimême sa loulpe : "Au temps de ma jeunesse folle, j'eus peu de veitus et force vices ; je n'ai point toujours observé les lois de la tempérance ; j'ai eu quelques faiblesses pour
ESPINEL. — SALAS HAHBADILI.O 295
lîacclius el pour Cérès, et j"ai fait môme quelques sacrifices joyeux à la déesse de Chypre. » Destitué, il revient à la cour, prend le titre de maître es arts en 1399, et, de 1599 à 1623, dirige la chapelle de l'évêque de Plasencia.
C'est le s'ieil t'ouycr de- dames [rodrlgôH: Marcos de Obreyôn qui raconte, à un ermite des i-nvirons de Madrid, ses aventures fort semblables évidemment à celles d'Espinel lui-même. Le récit estdivisé en trois parties, dont chacune comprend un grand nombre de chapitres ou descanso.s haltes, repos). Ce sont des mémoires autobiographiques auxquels se mêlent beaucoup d'éléments réels et historiques.
Le ton est mesun'', modeste ; la morale, des plus saines, ce qui est eucori- une originalité. Elle est condensée et résumée dans le dcscanso nltimo, qui est un t'ioge de la patience, de la conforinidad , cette vertu si éminrmment espagnole et picaresque. L'Obrcgùn contient un grand nombre de contes divers, tantôt romanesques et tantôt tragiques, comme la Nouvelle de Cornclio y \urelio. Par le fond et par la forme, c'est certainement l'un dos meilleurs romans espagnols.
î>. il y eut peu de romanciers plus féconds que Alonso de Salas Barbadillo ' lo80-163oj, qui naquit et vécut à Madrid t^t, malgré son titre de Criado dcl Rcy, écrivit pour vivre. <)utre des poésies, il a composé des comédies dans le genre picaresque : La Escuela de Celestina, El Gattardo Escarramâii; — beaucoup d'autres pièces et intermèdes, dans La Casa del placer honesto (1620), les Fiestas de la boda... (1622), les Coronati del Parnaso (l63o) : — des romans : Don Diego ■/e .\oc//e, aventures amoureuses d'un galant qui, pendant neuf nuits consécutives, échoue dans toutes ses entre-
l. ohms. t. I, par Eiii. Colarelo [ColeciHÔn de Escrilores Caslellanos. t. C.XXVm). — Dos novelas <nil,li<ifilos EspaFiolei, l. XXXI}.
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