‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 15 sur 263 · XVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XVI PRÉFACE

années, lu, traduit, commenté les auteurs de toutes les époques, il nous faut, en fin de compte, loyalement avouer notre impuissance à tout embrasser également. peut-on espérer qu'un débutant, ou même un honnête homme qui ne se pique point d'être spécialiste, se fasse directement une opinion personnelle sur toutes les œuvres? Ne suffira-t-il point de leur faire faire, eu quelque sorte, le tour de cet immense domaine, de leur en présenter, du haut de quelques points culminants, une vue d'ensemble, afin qu'ils choisissent ensuite, si besoin est ou si bon leur semble, le coin où ils auront plaisir à s'arrêter?

Un mot sur une double innovation introduite dans cet ouvrag-e, non certes avec l'ampleur désirable, du moins suffisamment pour le but ici poursuivi. En premier lieu, il faut remarquer que si hi littérature d'un peuple n'est que l'une des manifestations de son génie, elle n'en est point toujours ni nécessairement la principale. Le résultat de son activité politique, ou sociale, ou religieuse, ou artistique, peut, à un moment donné, être plus important, plus caractéristique que tous les autres. En tous cas, dans la vie de cette nation, ainsi qu'en un organisme vivant, tout se lient, tout se commande, tout devient tour à tour matière à action et à réaction. La beauté littéraire ou artistique n'est que l'épanouissement, à une date et en un point déterminés, d'une force organisée, une fleur qui puise, comme toutes les parties de la plante, sa vie et sa sève dans le sol ou dans l'air ambiant, lesquels eux-mêmes influent sur la nature de cette plante cl de celle fleur. L'histoire définitive, c'est donc celle

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de la civilisation, qui seule embrasse loules les manifestations de la vie, et en peut déterminer l'importance relative : riiistoire liltéi'aire n'en est quiiiio face. Nous avons trop souvent, dans notre enseii*'ii(>ment, conslati! la justesse de celte vérité, l'utilité de cette UK'thode, pour ne pas essayer de nous y conformer même en ce simple résunn'', en rappelant brièvement, au début de cha({ue époque, le caractère général de l'histoire politique correspondante, comme aussi ce (|u."il y a de plus important dans Thistoii-e de l'art, si intimemeid unie parfois à celle des letlics, mais si injustement dédaignée dans la plupart des ^fanuels.

Ce n'est point tout. En lualière littéraire comme en matière arlistique, ni la théorie do la génération spontanée, ni celle des cloisons étanches n'ont de sens : les progrès des études de littérature comparc'c l'établissent de phis en plus. A quel(|ue époque f[uc ce soit, une barrièn^ politique, une frontière, si haules ou si nettes soient-elles, n'ont. jamais arrêté une idée littéraire ou mie forme d'art. Entre deux peuples voisins, surtout si la communauté d'origine et dinslilutions, si la parenté des langues les favorisent, les échanges sont perpétuels. Par suite d'infd- I rations, parfois invisibles, il tinit toujours par s'éta- ]»lir une certaine corres[)ondance enire eux. Pour l'b^spagne en particulier, l'histoire de sa langue, comme celle de sa littérature, ne s'éclairent complètement (pie si Ion rapproche ces dernières de celles de la France et de l'Italie, car ce sont là les deux grands r(''ser\()irs où (die a puis(' et aux(piels elle a eu

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revancho rendu à son lour nno partie <le ?es emprunt?. Nous ne pouvions songer à faire ici ces rapprochements d'une fai^-on approfondie : c'est affaire aux érudits. Nous avons voulu, tout au moins, en donner ridée, les amorcer, en traçant rapidement le tableau synchronique des principaux faits d'oidre litt(''raire chez les deux autres nations voisines.

Je ne sais si j'aurai suffisamment réalisé ces intentions dans le présent Manuel. Malgré mon attention et mes efTorIs pour profiter des résultats de la criti({ue contemporaine, je crains cpu» bien des omissions, des distractions, ou même des inexactitudes ne puissent m'ètre signalées. Sur beaucoup de points, dailleurs. l'histoire de la littératui-e espagnole est à faire, — ou à refaire. Le terrain sur IcMpicl on marche est par endroits peu sur, et les guides incertains. 11 reste, dans cette carte provisoire, trop de terme incogiUtae. Chaque année amène sa récolte de faits nouveaux, de rectifications nécessaires. Nous nous eflorcerons, si l'occasion nous en est donnée, d'enregistrer ces dernières ainsi que de corriger nos ei'reurs.

.Mais, dès à présent, nous xouloiis excuseï- une doidde lacune que le lecteur notera facilement. Nous avons, de propos délibér»''. supprime- toute citation de textes. A moins de doiiMcr l'i'IciKhK" de ce Manuel, nous n'aurions pas réussi à donner, jtardes IVaguuMils f()i'e(''nient é<'0urtés, ridf'efl'uu oiivi-age ou d'un auteur. Le r()m])|(''ment ni'Cessaire de ce pi-t'cis es! doue lin icciicil (je nioi'eeauN eimisis, suivant exactement le même ordre : j'espère ipiil \ieiidia en son temps. Alors, aussi, nous pourron- comliler l'aiilie lacun<' à

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laquelle nous faisions allusion : l'absence d'indications bibliographiques détaillées. Nous nous sommes borné ici à l'indispensable : la meilleure édition ou la plus accessible, l'ouvrage capital. Cela peut suffire à la généralité des lecteurs ; mais ceux qui, par nécessité ou par goût, veulent approfondir une question, ont besoin de renseignements plus abondants. A ces derniers aussi nous espérons pouvoir donner bientôt satisfaction.

Je ne ferai aucune difficulté, en terminant, pour reconnaître ce que je dois à mes prédécesseurs : je leur ai emprunté beaucoup, le meilleur sans doute de ce que l'on trouvera ici. Les nommer tous serait trop long, mais je ne puis passer sous silence le nom du grand historien de la littérature espagnole, M. Menéndez y Pelayo, ni celui de M. Ramôn Menéndez Pidal, dont l'ingénieuse pénétration et la sure méthode ont renouvelé certains chapitres de l'histoire. Si je devais signaler ici en détail ce que je leur dois, leurs noms seraient à toutes les pages d'un livre qui leur serait dédié de droit, s'il était plus digne d'eux. Je dois du moins remercier le second d'avoir bien voulu dérober à des travaux plus graves quelques instants d'un temps précieux pour lire les épreuves de ce livre '.

E. Mérimée.

1. Qu'il me soit permis aussi de remercier M. Dibie, professeur agrégé d'Espagnol à Garcassonne. qui s'est chargé de dresser l'index alphabétique, et M. Henri Mérimée, maître de Conférences à l'Université de Montpellier, qui m'a aidé dans la correction et la revision des épreuves.

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