‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 151 sur 263 · Rennert, Boston · texte numérisé non relu

Rennert, Boston

3. Parnaso. t. VI. — Réimprimées dans l'édit. du comte de La Yiùaza,

310 PIÈCLE d'or. DF.iXlÈMF PARTIE. — TTIKATRE

fugues aventureuses des éludes faites au collège impérial, dirigé par les Jésuites. A treize ans, assure-t-on, il écrivait déjà une pièce, El Verdadero Amante, ce qui indiquerait, en poésie et même en galanterie, une compétence qui devançait les années. 11 entra, comme page, chez l'évêque d'Avila, Jerônimo Manrique, lequel lai fit suivre les cours de rUniversité d'Alcalâ. Ce fut vers cette époque qu'il devint orphelin. Il profita de sa liberté pour nouer quelques intrigues amoureuses, interrompues par l'expédition aux îles Terceiras (1583). Au retour, il entra au service du marquis de Las Navas, et ce fut alors qu'il connut Elena Osorio, la Dorotea du roman qui porte ce titre. Une rupture violente, scandaleuse, avec Eleiia, causa son exil au début de 1S88. De Valence, où il s'était réfugié, il revenait bientôt épouser Isabel de Urhina, fille d'un héraut d\armes, mais il l'abandonnait presque immédiatement pour s'engager sur VJnvincible Armada (1588). Sur le vaisseau San Juan, il écrivait VAngéliea, en atteTidant le désastre, auquel il échappa, mais où il perdit un frère. Après deux ans passés à Valence, il entra au service d'Antonio de Toledo, duc d'Albe, chez lequel il composa VArcadia (1o90-159S). Sa femme Isabel meurt en 159d ; il revient alors à Madrid se mettre «u service du marquis de Malpica, puis du marquis de Sarria, comte de Lemos. Entre temps, il se lie avec Micaela de Lu.j.in, dont il a deux enfants, Marcela del Garpio, religieuse trinitaire en 1620, morte en 1G88, et Lope Félix, né en 1607 et mort à quinze ans. En 1598, Lope épouse, en secondes noces, la fille d'un riche boucher, Juana de fjuardo, laquelle lui donna l'galement deux enfants, Carlos (i604?-i6i2) et Feliciana, dont la naissance, en 161.3, coûta la vie à sa mère. Feliciana se maria, par la suite, avec l.ui-s de Usâtegui. Nous trouvons de nouveau Lope, en 1599, à Valeu&e, où il assiste aux fêles du mariage de Felipe III, puis à Séville (vers 1603), à Tolède (1604, 1610, 1611), et enfin à Madrid, où il vivait dans l'intervalle. En 1609, il a le titre de Familier du Saint- Oflice; il s'affilie, l'année suivante, à la Congrégation de yOratorio, en 1611 î^iî Tiers Ordre 4e Saint-François. Prêtre

LÔPE DE VfiOA 311

en 1613, il fait, deux ans plus tard, le voyage d'Inin, à l'occasion du double mariage d'Anne d'Autriche avec Louis XIII et d'Isabelle de Bourbon avec Felipe IV. Ses lettres au duc de Sesa, son ami, et parfois son complice, montrent qu'en dépit de son âge et de son caractère ecclésiastique, I.ope n'avait point encore renoncé aux intrigues palantes. Il continua du moins jusqu'à ses derniers jours, attristés par des deuils cruels, à étonner le monde par sa fécondité littéraire. 11 mourut le 27 août 1635, à soi.x:anletreize ans, et ses funérailles furent celles d'un roi.

Telle fut la vie de Lope, mélange déconcertant d'aventures romanesques, de passions violentes et de vertus bourgeoises. Ce qui la caractérise, ce n'est point certes l'unité. Qui eût pu prévoir, dans la première partie de celte existence incohérente, le père tendre, le paisible bourgeois bornant son horizon à l'enclos de son jardinet, le prêtre qui tremblait en élevant l'hostie, le pénitent qui éclalou;sait de son sang les murs de sa chambre? Et comment retrouver en cet ascète, le brillant cavalier, le duelliste, le prisonnier, le soldai de VArmada, cette sorte de Don Juan, tel qu'on l'entrevoit, et dont la liste de conquêtes galantes rivalise presque avec celle de ses pièces? Sous celte double l'ace, Lope est bien le type achevé de son époque, en iiiême temps chevaleresque et mystique, galante et pieuse, passionnée et volage. Il a éprouvé tour à tour, ou même à la l'ois, tous les sentiments des âmes de son temps; il a vécu plusieurs vies, et c'est pourquoi peut-être il a pu peindre, plus complètement que tout autre, l'éternelle tragi-comédie humaine.

L'œuvre de Lope. — Son œuvre étonne d'abord par son immensité; son cas est vraiment un prodige (mdnstn^o). Ses œuvres non dramatiques forment vingt et un volumes <, ses drames conservés, vingt-neuf tomes, et ce n'est là qu'une

1. Colecciôn de las obras suellas^ assi en prosa como en verso... (éditée par Cerdâ y Rico), Madrid, 1176-1179. — Les deux derniers tomes contiennent la Faina pôstuma, de MoataIvân, et deB index. -U. A. E, t. XXXVilI.

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faible partie de son théâtre. Il se vantait d'avoir écrit cinq cuadernos (vingt feuillets) par jour durant toute sa vie, et « plus de cent comédies en vingt-quatre heures ». Ce terrible improvisateur fut avant tout un poète : mais il a laissé en prose quelques Nouvelles {Las Fortunes de Diana, El Desdichado par la honra, La mâs prudente venganza, Guzmân el Bravo) qui ne manquent ni d'esprit ni d'agrément, VArcadia, le Peregrino, et la Dorotea, sans parler de maints Comptes rendus de fêtes et de Certàmenes. — Comme poète lyrique, il a fait vibrer toutes les cordes et a composé dans tous les genres, sérieux ou légers : des letrillas, des romances, des églogues, des chansons, des odes, des élégies, des sonnets par centaines, un volume entier de Rimas diiinas (1614). Nous avons parlé déjà du poète didactique et du poète épique, sans avoir épuisé toutefois la liste de ses productions en ces deux genres.

Mais c'est l'auteur dramatique qui intéresse surtout. En 1603, la liste de ses pièces s'élevait à 219; en 1609, à 48.3; en 1618, à 800; en 1620, à 900; en 1623, à 1070; en 1632, à 1300; en 1633, à 1800. En y joignant environ 400 autos, nous arrivons au chiffre presque incroyable de 2.200 pièces, auxquelles il conviendrait d'ajouter encore les entremeses. C'est une moyenne de trente-huit pièces par an. — 11 est vrai que nous ne connaissons plus guère de toute cette bibliothèque que 630 titres, et qu'il n'existe que 400 pièces environ, dont 290 dans les vingt-neuf Partes de ses Comedias^, 76 en d'autres collections; et 37 sueltas ou inédites.

Comment les diviser? Par leurs genres? Mais ces dési-

1. La première Parle est de 160t, la vingt-neuvième de Iti.'M. — L'édition monumentale entreprise par FAcademie Espagnole est en cours de publication depuis 1890. Elle compte actuellement 13 vol. — La B. A. E. contient 110 pièces aux tomes XXIV, XXXIV, XLI, LU. — Obras escogiilas. \ vu!., dont les trois premiers sont consacrés au théâtre, Paris, Garnier, ISSG. — Tealro esco'jidu, 1 vol., Uaudry.

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