SIÈCLE DOR. TROISIÈME PARTIE. — THEATRE
vage qui ne triomphe de ses instlutts grossiers que par la raison. C'est cette raison qui lui montre que tout ici-bas est passager^ illusion et songe, et qu'il n'y a de vérité et de réalité que dans le monde éternel de l'au-delà : thèse à la fois platonicienne et chrétienne. Le plan est des plus simples. Le premier acte renferme l'exposition, et nous fournit les éléments de la fable, dont les racines plongent dans les plus lointaines traditions orientales. Le deuxième et le troisième actes montrent respectivement le triomphe de la Bête et celui de la Raison. Le seul personnage vraiment original est celui de Sigismond : c'est aussi l'un des plus profonds et des plus suggestifs de tout le théâtre espagnol. — Par malheur, le style cultiste, les jeux de mots, les calembours même déparent cruellement cette originale inspiration, alourdie parTinulile intrigue de Clotaldo et de Rosaura.
El Màgico produjioso ', dont les éléments sont puisés dans Mélaphraste,dans la Légende Dorée ei dans le Flos Sanctoruin, développe un sujet à peu près analogue à celui de ÏEsclavo del Demonio de Mira de Mescua. Il fait aussi songer à la légende du docteur Faust. La portée religieuse du sujet ne nuit point à l'intérêt purement humain, mais les incidents romanesques, les anachronismesde mœurs, le caractère incohérent du démon, le pédantisme scolastique, les fades plaisanteries des graciosos, Moscou etClarin, sans parler de l'inévitable gongorisme, nous empêchent trop souvent d'admirer pleinement.
La Devociôn de la Cruz est le plus curieux peut-être des drames théologiques, « le chef-d'œuvre de l'art chrétien », selon ceux-ci, « un déli à la raison et au bon sens », selon •ceux-là. Le sujet est très analogue à celui du Condenado por desconfiado, de Tirso, ou du Purgatoriodc San Patricio, de Calderôn lui-même : le mérite de la dévotion à la croix est tel qu'il peut effacer tous les crimes. Le drame, fondé sur cette* doctrine, est émouvant et pathétique; mais, au point de