‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 169 sur 263 · I. Kâii. Morel-F".itio. Heilbronn, 1S · texte numérisé non relu

I. Kâii. Morel-F".itio. Heilbronn, 1S

CALDERÔN 3ol

vue purement humain, il est incompréhensilile. Comment Concilier, chez Eusebio et Julia, les deux protagonistes, tant de piété et tant de crimes? Et comment expliquer logiquement de si brusques révolutions psychologiques? N'est-ce point vraiment abuser du miracle et de la crédulité des spectateurs?

La gloire de Calderûn a eu des destinées diverses. Elle >ubit une éclipse presque complète au xvui'' siècle eu l^spagne, et. c'est à Tétranger, particulièrement en Allemagne, qu'elle recommença à briller d'un vif éclat dans la première partie du xix'^ siècle. Et cependant, la vérité qu'exprime son th<''àtre est toute relative, locale, espagnole. Ce qui mancpie le plus à cet art,, sauf en quelques rares pièces, c'est la vérité humaine, éternelle : nulle part n'apparaît mieux le particularisme de la littérature espagnole. Et c'est pourquoi, en dépit des efï'orts — d'ailleurs suspects — des érudits d'outre-Rhin, la renommée de Calderûn cède de plus en plus devant celle de Lope de Vega. Du moins, sa valeur documentaire reste intacte et, en grande partie aussi, son mérite artistique. Chez lui, la comédie, dont il a. renforcé les ressorts, gagne en netteté et en force dramatique ce qu'elle perd en liberté et en aisance. Il eut des qualités rares : une imagination à la fois puissante et délicate, l'instinct du drame, l'art de concentrer une situation dans une action claire et rapide. Le dessin est net et sobre. Il a, dans le style, beaucoU[i de vigueur et de poésie, qui dégénèrent parfois, il est vrai, en recherche subtile et en déclamation. Son Hiéàti'e est l'un des plus lyriques qui existent : c'est là peut-être sa principale originalité. Son imagination conçoit, son âme sent, son esprit Cixe la pensée sous une forme poétique. Beaucoup plus que les prétendus <• lyriques » de son époque, il a eu dans le cerveau, dans les veines, dans l'oreille, ce qu'il a appelé lui-même, d'une expression bien espagnole, la mitsica de la i^angre, ce rythme naturel et interne auquel se plie inconsciemment le verbe de ceux que la muse a élus. Avec Calder('in la

;Îo2 siècle d'oH. TriOISlÈME PARTIE. — THEATRE

comédie a donné tout ce qu'elle devait donner; on peut dire qu'elle meurt avec lui.

5. Autres auteurs dramatiques'. — Parmi les dramatiques (If la granTation di' Caldenin, tjui d'ailleurs le précèdent presque tous au tombeau, deux ou trois se montrent encore dignes de l'héritage que leurs devanciers leur ont légué.

Francisco de Rojas Zorrilla (né en 1607. mort après i660j est resté pour la postérité l'auteur de Garcia dcl Castanar ou Del Rey abajo ninguno (Sauf le Roi, personne). Les iritiques espagnols ne tarissent pas d'éloges; c'est une des rares pièces dont les étudiants connaissent quelques vers, et que le public prend encore plaisir à voir jouer. Elle mérite en grande partie sa réputation ; elle contient de belles scènes de loyauté chevaleresque. Le caractère de Garcia, quoiqu'il trouve bien des modèles chez Lope, a de la grandeur et du charipe. Il y a, mêlé à des scènes énergiques, un lyrisme délicat et plein de fraîcheur, un sentiment de la nature assez rare, mais il n'existe d'autre caractère dans la pièce que celui de Garcia. Les monologues et les tirades sont parfois insupportables de gongorisme ; les jeux de mots alternent avec les grossièretés. D'ailleurs, la réputation de ce drame, en grande partie méritée, a fait injustement tort aux autres comédies de Hojas, par exemple à Entre bobos anda el juego [A fuiaïul, finaud et demi), sorte de vaudeville à quipioquos, très amusant, dans le goût de ceux de Calder(jn ; — Obliijados y ofendidos, y gorrôn de Satamanca {Obligéx et offensés ou le pique-assiettes de Salamanque) , intéressante pour l'étude des mœurs, préjugés et coutumes de l'époque, avec une intrigue, comme toujours, subtile et enchevêtrée, mais assez régulière ; — Donde hay agrarios no hay celos, y

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