MORETO
amo criado [Où il y a offettse, point de jalousie, ou le maître domestique), original du Jodelet, maître et valet, de Scarron; — La que son mujeres, étude de psychologie féminine, « comédie sans mariage ni meurtre » ; — la Traicion busca el casligo (Trahison réclame châtiment), imitée par Le Sage (Le traître puni). D'ailleurs, Rojas a beaucoup fourni aux imitateurs étrangers : Thomas Corneille lui doit D. Bertrand de Cigarral et Les Généreux Ennemis, Scarron, son Don Japhet d'Arménie, et Rotrou une bonne partie de Venceslas.
Âgustîn Moreto y Cabana (1618-1657) a laissé une cinquantaine de comédies, mais un grand nombre d'entre elles ne sont que des imitations ou des arrangements d'autres œuvres antérieures. Toutes précédèrent son entrée dans les ordres, en 1657. Il fut le protégé du cardinal Baltasar de Moscoso, archevêque de Tolède, qui le nomma recteur du collège du Refuge. Si son originalité est discutable, vu le nombre considérable de ses imitations signalées, il faut reconnaître qu'il n'imita souvent que pour améliorer. C'est ainsi que la jolie pièce El Infanzôn de Illescas (Le seigneur d'illescas), attribuée par les uns à Lope et par les autres à Tirso, devient plus intéressante encore et plus parfaite dans El valicnte .Tusticiero, l'un des plus beaux drames chevaleresques du théâtre espagnol. De même El desdén conel desdén [Vainci'e dédain par dédain) n'est guère que Los Milagros del desprecio, de Lope, mais la charmante comédie de Moreto, si juste, si vraie, si élégante, laisse derrière elle l'esquisse de Lope. La ocasiôn hace el ladrôn rappelle de très près la Villana de VaUecas, de Tirso; mais, si elle ne la surpasse pas, elle n'est pas du moins indigne de ce modèle. El lindo don Diego {Le joli D. Diego) nous présente un amusant portrait de fat dans un cadre Lien approprié. Enfin Trampa adelante [En avant, la ruse!) est un modèle de la comédie dite de figurôn, où le portrait tourne au type et même à la caricature. Citons encore De fuera vendra... [De dehors viendra... qui dehors
354 glÈCI.E d'or, troisième partie. — THÉÂTRE
nous jettera), — La confusion de un jardin, — El marqués del Cigarral, attribué à Alonso del Castillo Solorzano, dans la Parte 46^ de Varias (1679); et dans un autre genre, Los Jiteces de Castilla, comédie historique. Le théâtre de Moreto, par sa valeur pychologique, par la simplicité relative des plans et des intrigues, par sa gaieté franche et spirituelle, ainsi que par la netteté et le bon goût de l'expression, mérite de rester classique.
6. Parmi les dtM^niers soutiens de la comédie espagnole ' figure, à l'ombre de Caiderûn, Antonio Coello, mort en 1652, auquel on attribua le Diablo predicador, une part de collaboration dans El coude de Esex, dans la Baltasara et El Pastor Fido, — Yauto El Reino en Cortes, — la comédie El Robo de las Sabinas, — El dicho, hecho, — Los dos Fcrnandos de Austria, — la Tragedia mds lastimom de amor, — Los empeiïos de seis horas [Les engagements de six heures]. Il a semé beaucoup de poésies dans les recueils du milieu du siècle.
Àlvaro Cubillo de Aragon (f 1664] fut l'un des plus
féconds dramatiques de cette t'poquo, mais une douzaine seulement de ses nombreuses comédies ont été conservées: Las munecas de Morcela [Les poupées de Marcelle], qui contient une idée originale, — El Scùor de Noches Buenas, — La honestidad defendida de Elisa Dido, — la Perfecta casada, — El Rayo de Andalucia, quelques pièces religieuses. Ses œuvres poétiques sont contenues dans son Enano de las Musas (Le nain des Muses) (i6;')4).
Juan Bautista Diamante (f vers 1 68:'») publia deux recueils, en 1670 et 1674, comprenant chacun douze comédies et
i. Voyez, sur les dramaturges de la deuxième moitié du xvii* et de la première moitié du xvin* siècle, la B. A. E., t. XLVII et XLIX (26 auteurs).
DIAMANTE. — SOLÎS — CANnA>fO 3oa
zarziielas, mais qui sont loin de réunir toutes ses œuvres. C'est ainsi que l'une des plus important» s, El honrador de supadre {Le vengeur de son père), publiée en \6'68, au tome XI des Comediaa escogidas, n'y figure point. Cette pièce est une imitation du Cid de Corneille, lequel, on le sait, suivait de près les Mocedades, de Castro. A son tour, VHonrador, de Diamante, inspira ÏHonrador de sus Hijos. de Francisco Polo (1662). Parmi les autres productions de cet auteur populaire, citons Santa Teresa, — Maria Estuarda, — El cerco de Zamora, — El defemor de El Pefion, — et deux Zarzuelns, Alfeo y Aretusa, et Jupiter y Semele.
I/auteur de la Conquête de Mexico, Solis i voy. p. 359), écrivit aussi pour la scène, mais ses succès y furent médiocres. Neuf de ses pièces furent imprimées en 1681. Les meilleures sont : El ainor al uso (L'amour à la mode), — Un bobo hace ciento [Un sot en fait cent), — El Doctor Carlino, — La Gitauilla de Madrid. De plus, un grand nombre de loas et sainetes, assez médiocres ou insignifiants, se trouvent dans son recueil de Varias poesias, sagradas y profanas, 1692.
Juan de Matos Fragoso (1614-1689), quoique portugaisde naissance, n'écrivit qu'en espagnol. Ses pièces de théâtre sont très nombreuses et commencèrent à s'imprimer dès 1653. On en connaît environ une quarantaine, dont douze parurent en 1638. Les moins insignifiantes sont £/ yerro del entendido [VErreur du bien informé), — El qalàn de su mujer, — La dicha por el desprecio [Le bonheur par le mépris], — Lorenzo me llamo y carboncro de Toledo [Je me nomme Lorenzo, on le charbonnier de Tolède), — El redentor cautivo.
Francisco Antonio de Bancés Candamo (1662-1704) et Juan de la Hoz Mota mouiurent Tvin et l'autre dans les premières années du xv!!]"^ siècle , ils occupaient d'assez hautes situations dans l'Administration. Ils écrivirent beaucoup. Mais le premier réussit surtout dans le drame
336 SIÈCLE d'or, troisième PARTPE. — THEATRE
lyrique ou zarzucla ; et du théâtre du second il n'a guère survécu que le Castigo de la miseria.
Francisco de Leiva [El honor es loprimero, — La Dama présidente) ; — Cancer y Velasco {San Ginés) ; — Antonio Sigler de Huerta [No hay bien sin ajeno daûo, — Nul bien sans mal d'autnii); — Fernando de Zârate, que l'on est tenté d'identifier avec Enriquez Gûmez (voy. p. 362), et dont quelques œuvres [Qiden habla mâs obra menos, Beau parleur agit peu; — La presurnida y la hermosa) eurent beaucoup de succès; — le juif Miguel de Barrios, dont toutes les œuvres poétiques s'imprimèrent en 1655 et 1672; — Cristobal de Monroy y Silva (La Sirena del Jordan); — Francisco de Monteser, qui réussit particulièrement dans les Enhcmeses et rivalisa avec Benavente ; — Sébastian de Villaviciosa; — Jerônimo de Cuellar ne sont plus guère que des noms oubliés aujourd'hui. Ils brillèrent, d'un éclat relatif et tempéré, dans la deuxième partie du xvii' siècle,
Antonio de Zamora et José de Canizares sont postérieurs. I.e premier, mort après 1730 (ses deux volumes de Comedias s'imprimèrent en 1744), obtint une grande vogue à là cour pendant les premières décades du siècle. 11 faut surtout retenir de son œuvre dramatique un remaniement du Burlador de Sevilla, intitulé : No hay plazo que no se cumpla ni deuda que no se pague {Point d'échéance qui n'arrive ni de dette qui ne se paie). — Le second (1676-1750) fut le rival, souvent heureux, de Zamora. Il remit à la scène des faits historiques, Las cuentas del gran cnpitân, — Carlos V sobre Tùncz, — Hernôn Cortés. Mais c'est dans les petites comédies burlesques, dites de figuivn, qu'il faut chercher sa véritable originalité, si tant est qu'il en ait {El domine Lucas, La màs ilustre Freyona, etc.)
Ces deux auteurs .suffisent à représenter la littérature dramatique pendant la première partie du xviii<= siècle. Us suivent docilement la tradition nationale, de même que Francisco.de Castro, dont. les Entremeses (publiés en 1700,
ZAMORA. CANIZARES X'il
1702 et 1742), eurent un n'-el succès populaire, et Tomàs de Anorbe f 1740, dont le théâtre, imprimé vers 173.")-1740, provoqua les attaques de Luzân. Evidemment, c'en était fait du lliéâtre national. La comedia se mourait d'épuisement l/àme et le génie qui l'avaient souti-nue pendant plus d'un siècle s'étaient éteints; seuls les défauts subsistaient et devenaient de plus en plus sensibles.
Un genre, appuyé sur des règles fixes et soutenu par des traditions classiques, peut faire illusion plus longtemps, mais lorsque le talent individuel, la fantaisie de Timagination, les infinies ressources du style sont les seuls garants du succès , et qu'il n'y a plus ni talent, ni force d'invention, ni fantaisie, ni style, on ne peut que faire ce que tirent en réalité les derniers héritiers des Lope et des Calderôn : tourner sans cesse dans le même cercle, reprendre tes mêmes sujets, usés jusqu'à la corde et jusqu'à la dernière ficelle, ou s'ingénier à remplacer tout ce qui n'existe plus par les extravagances d'une invention épuisée et d'un style ridicule. Ilétaittempsde trouverautre chose etd'essayer de ranimer ce cadavre, en lui infusant, si possible, du sang nouveau.