HIST. LE LA LIT. ESPAGNOLE. J
Z LES OniGINES
religions, do langues difîérentes. Ce n'est qu'après de long« siècles de luttes que l'unité politique a pu se réaliser. En dépit même de cette unité péniblement et tardivement conquise, l'Espagne est Tune des nations où les provinces gardent encore le plus fidèlement leur caractère propre, leurs mœurs locales, leurs dialectes : le régionalisme, le fédéralisme semblent sortir du sol lui-même.
2. Formation du peuple espag'nol. — Les plus anciens habitants sont, dès le vi-^ siècle avant Jésus-Christ, qualifiés d'Ibères. Ils étaient, depuis une époque indéterminée, fixés dans le pays; mais leurs origines et leurs migrations successives échappent à l'histoire. Plusieurs peuples, dans les temps historiques, vinrent se joindre à ce premier noyau ethnique : les Phéniciens, dès le xi" siècle (littoral du sud et de l'est); les Grecs, à partir du vii^ siècle (Valence et Catalogne) ; les Celtes, duvi" au iv^ siècle l'Galice, Portugal). Le mélange entre ces dernieis et les Ibères a été désigné par le nom de Celtibéres, expression purement géographique et artificielle. Ciiacun des peuples envahisseurs apporta naturellement avec lui ses mœurs, sa langue, ses arts plus ou moins rudimentaires. Les débris de ces civilisations disparues, ibérique, phénicienne, grecque, sortent peu à peu de terre; ils prouvent que, dès la plus haute antiquité, les germes d'un art local, fortement influencé par des traditions orientales et grecques, existaient en Ibérie, et produisaient parfois des œuvres curieuses, comme le buste d'Elciie'.
Dans le courant du iii* siècle avant Jésus-Christ, les Carthaginois s'établirent dans une grande partie de l'Espagne et étendirent leur influence Jns(|u'à l'Ebre et au Duero,
1. Voyez, sur ce point, P. Paris, Essai sur l'art et rincluslrie de riis/jar/ne primitive. Paris. liMI3-0i ; — A. Engel et P. Paris, Une forteresse Uiérique ùX)sunfi, Paris, 1906.
LE PELPLE ESPAGNOL <i
mais ils ne tardèrent pas à se heurter aux Romains, alliés de quelques tribus orientales. La conquête romaine, complète au i^'' siècle, assujettit le pays entier, sauf quelques obscures peuplades cantabriques; l'œuvre de la romanisation se poursuivil durant de longs siècles, plus complète dans les régions du littoral ou sur les grandes voies de communication intérieures, plus superficielle dans les parties reculées et moins accessibles. Aux villes anciennes, Tarraco, Toletum, Nova-Cartago fCartliagène), Ilerda (Lérida) s'ajoutèrent des villes nouvelles : Asturica Augusta Astorga), Ciiesaraugusta Zaragoza , Legio vir' Gemina (Léoni, Lucus Augusti Lugo,i,PaxAugusta(Badajoz;,Valentia Valence ;, etc. — Dès le !«■'■ siècle après Jésus-Christ, l'Espagne apportait son tribut à la littérature latine "avec les Sénèque et Lucain (de Cordoue),Quintilien de Calahorra), Martial de Bilbilisi, Columella (de (îadès), Mêla (de Tingentera). — Hygin, Juvencus, Prudence, Idalius, Orose, Isidore étaient également espagnols.
La forte organisation politique, administrative, judiciaire, religieuse de Rome fut aflaiblie par les progrès du christianisme, par la décadence et la corruption du système lui-même, et finalement ruinée par les invasions des Barbares Germains. Au début du V" siècle, les Visigoths entrèrent en Espagne, dont ils chassèrent, pour le compte des Romains, d'autres barbares, les Vandales, les Alains, qui les avaient précédés. Complètement indépendants dès la fin du V siècle, ils expulsèrent de la péninsule les Suèves, établis en Galice, et les Romains byzantins installés, depuis un siècle, sur les côtes d'Andalousie et de Valence.
Au début du vui'' siècle uue violente et rapide invasion des Musulmans se répandit par toute la péninsule et relégua les Visigoths dans les monts Cantabres. La facilité de cette conquête montre combien étaient peu profondes les racines que la société barbare avait poussées dans le sol. Pendant plusieurs siècles les diverses dynasties mauresques se succédèrent à Cordoue,à Grenade, à Valence, à Tolède, à Saragosse, imprimant à la civilisation de la pé-
i \.ES ORIGINKS
ninsule un cachel particulier, et forçant, par la lutte, la société chrétienne à prendre conscience d'elle-même et à dégager son originalité. Cependant les petits royaumes cil réliens s'organisaient dans le nord, en Léon, en Caslille, en Navarre, en Aragon, et la Reconqinsta commençait avec Pelayo, pour ne se terminer complètement qu'en 1492 par la prise de Grenade. Ce fut la dernière des grandes invasions qui introduisirent dans la péninsule des éléments ethniques nouveaux. Les événements politiques séparèrent, en 1139, réunirent momentanément, en 1580, puis divisèrent définitivement, en 1640, le Portugal et l'Espagne; mais les deux pays, issus dune origine commune, soumis aux mêmes invasions et révolutions, ont été constitués à peu près des mêmes éléments.
En résumé, le peuple dit espagnol [hispanum, hi!<panioneiii, capaiion, cspaiiol) est formé par le mélange entre le fond autochtone ou primitif et diverses races : phénicienne et africaine, grecque, romaine, germanique, arabe, qui se répartirent et se mêlèrent dans des proportions inégales sur les différentes parties du territoire. Au point de vue de la civilisation, l'influence de Rome fut prépondérante, mais elle fut toutefois modifiée profondément par celle des peuples germaniques et, à un degré moindre, par celle des Arabes.
ii. Le caractère espagnol. — Essayer de déterminer le caractère dun peuple formi- d'éléments si disparates est une entreprise qui peut prêter à des généralisations plus ou moins brillantes, mais qui manqueront toujours de base scientifique. On peut, à la rigueur, parler du gt'nie français, allemand ou anglais, parce que les différences provinciales se sont, en ces pays, mieux fondues pour former uii type général et moyen, et tiiio, d'ailleurs, on le dégage a posteriori du rôle bistoricjue juué par ces peuples et du caractère de leur civilisation. Mais le génie espagnol nous a[qiaraît bien divers, selon les époques et selon les
LE CARACTERE ESPA(;NC)I. O
ri'gions. La fusion est moins complète ici qifiTilleurs, à tel point que, tandis qu'il est malaisé en France de distinguer sûrement l'origine régionale des écrivains d'après leurs seules œuvres, chaque région de l'Espagne garda longtemps, dans le domaine littéraire et artistique, une physionomie propre qui ne s'est point encore entièrement efTacée. Sans doute quelques traits généraux se retrouvent un peu partout et se maintiennent à travers les âges : un amour jaloux de lindépendance, un individualisme irréductible, un sentiment très chatouilleux de l'honneur ou de ce que l'on estime tel, une foi religieuse à laquelle tout se subordonne, un loyalisme à toute épreuve à l'égard du souverain, loyalisme que l'on concilie d'ailleurs avec le mépris de la loi et de la règle, une tendance marquée à donner le pas à l'imagination -sur la raison, à l'instinct sur la réflexion. Mais tous ces traits ne sont pas spéciaux à ce peuple, et d'ailleurs leur importance relative varie selon les époques. Il est plus facile de montrer, — à condition encore de ne point trop les exagérer, — les caractères particuliers de chacune des régions qui constituent l'unité politique, forcément artiticielle, du pays. Et cette caractéristique suffit, surtout pour le moyen âge.
Les provinces du nord-ouest se distinguent par certaine tendance à la rêverie, à la poésie intime, au lyrisme pénétrant, à une mélancolie génératrice du spleen {saudadrs, morrii'ia], qu'elles ont peut-être héritée des ancêtres celtiques. L'énergie, l'obstination, l'entêtement semblent l'apanage des Aragonais et des Navarrais, et ils en ont, à maintes reprises, donné d'illustres témoignages. Les côtes levantines, largement ouvertes vers les pays méditerranéens, abritent une race entreprenante et ambitieuse, que séduisent, aux temps héroïques, les expéditions lointaines, les conquêtes faluileuses, et, à notre époque moins épique, les entreprises plus protitables du grand commerce d'outremer. [^'Andalousie, brillante, gaie, spirituelle jusqu à la subtilité', triomphe dans tous les arts de l'imagination, laquelle semble se colorer, chez elle, des splendeurs excessives de
b LES ORKilNES
son soleil, race faitr pour la poésie, l'éloquence et les arts, el qui passe avec rapidité de lenlhousiasme à une indolence tout orientale. La Castille a mérité et justifié ses glorieuses destinées. Celle race pauvre, dure et sèche, brûlée tour à tour par un soleil torride et par l'àpre cierzo dans des plaines poussiéreuses et rocailleuses, sans roules, sans verdure, souvent sans eau, incroyablement résistante aux intempéries, à la faim, aux marches, tenace et tière, a été, en somme, le nerf de la nation : elle a formé le noyau le plus solide de cette « redoutable infanterie » qui, à un moment, conquit le monde.
Voilà quelques-uns des traits que les Espagnols se reconnaissent eux-mêmes, mais qui forment plutôt lame castillane, andalouse, galicienne, catalane, etc. Qui pourra, qui osera, avec ces traits épars, parfois contradictoires, peindre '- Tàme espagnole » elles fondre en une figure unique, qui ne soit pas une caricature ?
4. Formation de la langue espagnole. — Les dialectes. — De tous les idiomes successivement jiailés dans ce (jui .illait être TEspagne, un seul devait subsister, c'est la langue latine. Tous les autres, ou bien ont disparu complètement, ou bien nont contribué que dans une proportion extrêmement réduite au vocabulaire de l'espagnol.
C'(;st à peine si quelques mois peuvent se rattacher sûrement aux langues, d'ailleurs mal connues, des « Ibères » ; ils appartiennent, en majeure partie, au dictionnaire géographique. Quelques-uns d'entre eux paraissent apparentés d'assez près au basque (Euskara), encore parlé en Vizcaye, en Guipiizcoaotdans une partie, de jour en jour plus réduite, de la Navarre et du l'Àlava. Le 6«.sy^wc actuel peut être considéré comme le dernier représentant des langues dites ibériques, sur l'oiigine desquelles les thèses les plus opposées ont iHé soutenues. L'n certain nombre de mois basques se retrouvant dans r-spagnol, mais bur nombre no doit