LA LANGUE ESPAGNOLE
pas être exagéré : il y a beaucoup plus de mots romans dans le basque que de basques dans le roman. — L'apport de la langue grecque (par les premiers commerçants et colons de la Grande Grèce, par les Byzantins et les Grecs médiévauxj est également de minime importance. — Plus nombreux sont les mots d'origine germanique, mais leur nombre est loin cependant d'être en rapport avec le rôle politique et social des Visigoths'. On le comprendra aisément si l'on réfléchit que ces barbares élaient déjà fortement latinisés lors de leur arrivée en Espagne : la majeure partie des racines germaniques restées dans l'espagnol sont communes à toute* les langues néo-latines ou romanes, et, par conséquent, étaient entrées dans le latin antérieurement à la conquête visigothique. — La langue arabe fournit un contingent important au dictionnaire espagnol-. Il est facilement reconnaissabk par sa physionomie toute particulière, et il trahit exactement la nature de l'influence exercée par la civilisation de ce peuple. A côté d'expressions empruntées aux arts de la guerre, il en fournit beaucoup pour désigner des fonctions civiles, des métiers, les usages ou les objets de l'agriculture, du commerce, de l'industrie, les plantes, les fruits, les matières employées dans la médecine, les arts et les sciences, etc. — La découverte de l'Amérique introduisit en Espagne, d'où ils passèrent presque tous dans le reste de l'Europe, une petite quantité de mots exotiques. — Parmi les langues européennes modernes, celles qui contribuèrent le plus à l'enrichissement du dictionnaire espagnol (par la littérature surtout), sont le français (aux xii^-xiii®, puis aux xvm*-xix^ siècles), et ïitalien (surtout au xvi« siècle). En dépit de tous ces emprunts^, la langue espagnole reste
1. De 300 à 400 mots, selon Fœrster, Spanische Sprachlehre, BerUn, 1880, p. 177.
2. Le Glossaire des mois espagnols el portugais, dérivés de l'arabe, d'Engelmann (Leyde, 186'J), contient 6o0 numéros.
3. Voyez des listes de ces emprunts dans P. Fœrster, ou. cit., p. 171-9.^-
Ha
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Ihéritière directe et immédiatement reconnaissable de la langue latine. C'est à cette dernière que remonte presque exclusivement son vocabulaire, sa phonétique, et (sauf les modifications nécessitées par la substitution des procédés analytiques aux formes syntliétiques) sa morphologie et les traits essentiels de sa grammaire. Cette langue latine, bien entendu, n'est point le type littéraire, savant, écrit, tel qu'on le trouve dans les auteurs classiques, mais l'idiome vulgaire et rustique, parlé par les basses classes de la société et les soldats ignorants. Ce latin, ou plutôt ce romance [lingua romana ruatica^ plein d'expressions et de constructions considérées comme des barbarismes ou des solécismes par les grammairiens, ne doit pas, à .«on tour, être confondu avec le bas-latin, écrit dans les siècles de dt^'adence et pendant le moyen âge par les savants.
De même que le latin vulgaire se modifia de diverses manières sur les points différents de la Romania, selon l'origine des colonies romaines, selon les prédispositions phonétiques et les traditions linguistiques des populations colonisées, selon leurs relations de voisinage et autres causes obscures, de même sur la surface de l'Espagne romanisée, et sous l'action des mêmes causes, le latin parlé continua son évolution et se déforma en variétés distinctes, premiers germes des futurs dialectes espagnols. Certaines jiarticularités de vocabulaire, de phonétique, ou de sémantique, certaines lois syntaxiques restèrent, il est vrai, communes à l'ensemble des variétés dialectales et peuvent, servir à caractériser l'hypothétique latin-espagnol '. Majs les variétés locales ne tardèrent pas sans doute à s'accuser, à se préciser et à fixer les traits qui les différenciaient dès l'origine.
1. A. Carnoy, Le latin d'Espagne d'après les inscriptions, élude plionrlirjue, Louvain, 1903.