‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 19 sur 263 · LA LANGUE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

LA LANGUE ESPAGNOLE

A Toiiesl et à l'est, sous l'empire de causes géographiques et politiques, deux romances acquirent de bonne heure une vie indépendante et donnèrent naissance nu portugais et au catalan, ce dernier, dérivé de la langue d'oc ou iémosine, avec ses variétés ralencicnne et matlorquine fortement mélangées actuellement de castillan. Ces langues et ces littératures autonomes n'ont avec celles du reste de l'Espagne que les rapports résultant de leurs lointaines origines communes et de leurs influences réciproques : elles restent en dehors de notre ét\ide. — Dans le domaine proprement espagnol, on distingue, dès le début de la période médiévale, plusieurs dialectes, le galicien, variél(' du portugais, le léonais, Varngonais,le castillan avec de nomlireuses variétés), dialectes dont les lois phonétiques sont souvent analogues, mais qui diffèrent cependant par certaines particularités qui leur sont propres. La difficulté de leur élude provient — en dehors du nombre restreint de textes authentiques — de ce (ju'ils se modifiaient d'autant plus aisément qu'ils étaient moins Rxés par la littérature écrite, et aussi de ce qu'ils se faisaient volontiers des emprunts mutuels. L'hégémonie de la Castille, au xiii'' et au xiv^ siècle, amena la prépondérance de son dialecte particulier, consacrée bientôt par la littérature, et relégua peu à peu au rang de patois les autres parlers régionaux. Dès le xv siècle, la dénomination de langue espagnole s'applique exclusivement à l'ancien castillan, devenu le type et la règle.

Cependant les dialectes provinciaux ne dis[iarurcnt point; ils continuèrent à être parlés, et même écrits, mais ils se chaigèrent de plus en plus de formes empruntées à la langue officielle. Transportés en Amérique avec la langue commune, ils s'y sont maintenus et s'y modifient à leur tour selon des lois analogues à celles qui transformèrent jadis le latin sur la surface de la Rornania, sans que l'effort des grammairiens et des lettrés parvienne à maintenir, ailleurs que dans les livres, et chez les gens instruits, la pureté de la langue académique. — Parmi les variétés dialectales encore

10 LES OniGINES

subsistantes en Espagne, il fauL cWevlv ijalicieit ou yallcyo, intermédiaire entre le portugais et l'espagnol; le léojiais moderne avec ses nombreuses variétés (le bable ou asturien, le montanés de Santander, les parlers particuliers de Leôn, de Zamora, de Salamanque ou charruno, Ycxtremeno, etc.) ; le navarro-ai-agonais, sans parler d'une foule de sous-dialectes ou variétés locales, encore mal t'-ludiées. La géogi^aphie des dialectes espagnols, de même que leur élude scientifique, n'est commencée que sur quelques points. — Quant aux déformations phonétiques, aux corruptions morphologiques, aux négligences de prononciation particulières aux provinces andalouses, quelque curieuses, caractéristiques et envahissantes qu'elles soient aujourd'hui (flamenquismo), elles ne suffisent pas cejiendatit à constituer un dialecte original et autonome.

Page 1