L. MORATÎN 38i
{El médico à palos), une traduction de VHamlet de Shakespeare, et une œuvre d'érudition : Los Origenes del teatro Espanol, souvent consultée et fort utile (publiée en 1830); f nlin, des poésies lyriques.
Malgré l'agrément de quelques-unes de ces dernières (les satiriques surtout, et les familières), ce sont les œuvres dramatiques de Moratin qui l'ont illustré. Ses principes (que Ion peut étudier dans les opuscules cités plus haut, dans la Comedia Nucva*, dans le discours préliminaire de l'édition de i825) paraissent tout d'abord d'un classicisme rigide et étroit. Mais il les atténue et les corrige singulièrement dans la pratique. Si les deux qualités essentielles de son théâtre, l'observation habile du cœur humain, et la portée morale, le mettent à un niveau plus élevé, que la plupart des auteurs contemporains, si, par leur valeur philosophique aussi bien que par leurs belles qualités de simplicité, de clarté, de sage ordonnance, ses pièces montrent ce qu'il devait à létude de noe français, il reste cependant national par les sujets, par les personnages, par l'étude consciencieuse de la société qui l'entoure. Sa comédie, selon sa propre expression,/90?7e ôas^w/we e^ mantille. Il reconnaît volontiers que toutes les règles du monde ne dispensent pas d'avoir du yénie, ou du moins du talent, et de là vient son estime, son respect pour les grands maîtres de l'âge d'or, même lorsqu'il juge qu'ils s'égaraient. « La première venue de nos vieilles comédies, dit le D. Pedro du Café, me plaît plus que tvMiles les vôtres. » Le véritable mérite de Moratfn est davoir trouvé la juste mesure dans laquelle il convient de mêler les règles classiques, en ce qu'elles ont de fondé et de juste, aux traditions légitimes du goût national. Il ai réussi, mieux que tous ses prédécesseurs, à réaliser cette conciliation, et à plaire à la fois aux délicats et à la foule. Quoique l'idée maîtresse de chacune de ses comédies soit très simple et très logique, l'intrigue en est, en général,
1. Édit. annotée (avec El si de las Ninas) par F. Oroz (1900), Garnier.
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très ingénieuse, très riche en incidents, eu péripéties, en détails pittoresques et amusants, de telle sorte que si les exigences des habiles sont satisfaites, la curiosité, très excusable, du public populaire est toujours tenue en haleine. Celte fécondité de rimagination de Moratin dans l'invention de délail est remarquable. 11 y faut joindre une qualité qu'il posséda à un degré éminent: c'est celle de l'expression. I.es meilleurs juges sont unanimes sur ce point : « Ce fut, dit l'un d'eux, lun des écrivains les plus corrects et les plus proches de la perfeclion qui existe dans notre langue et dans aucune autre. »
Mais il a aussi quelques défauts ; et dubord, le manque de variété. Les sujets sont presque toujours les mêmes : la critique littéraire, les théories relatives à l'éducation, voilà le cercle étroit où se meut le talent de Moratin. — Et aussi, le manque de profondeur. Même dans le domaine assez restreint où il s'est confiné, il n'a point creusé, fouillé comme il l'aurait pu. Il a peint quelques portraits agréables, ressemblants, mais il n'a su trouver aucun de ces types d'humanité à jamais fixés par un Molière ou par un Shakspeare. Il faut dire aussi qu'il ne connaît, qu'il ne pratique qu'une sorte de comédie, la comédie bourgeoise, moyenne, bornée à une classe de la société, et à une seule catégorie de sentiments. Il s'interdit tout ce qui dépasse le niveau commun; il se contente des pintiiras verhimiles de îo que sucede ordinariamente, réservant sans doute la tragédie à l'aristocratie et la farce au peuple. Aussi n'a-t-il bien compris ni Shakspeare, ni Ramôn de la Cruz. Son maître avoué, c'est Molière; mais celui auquel il ressemble le plus, selon moi, c'est Térence.