La critique littéraire et artistique. — Parmi les
historiens de la littt'rature et les critiiiues les plus dignes d'être connus, il faut citer:
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Le P. Martin Sarmiento (1695-17721, bénédictin comme FeijiHi, sur le Tcatro duquel il publia une dissertation à la fois critique et apologétique (2 volumes, 1774). Son œuvre la plus connue est un Mémoire s^iir T histoire de la poésie et des poètes espagnols (tome I*""" des Œuvres posthumes, 1775); — Luis José Velâzquez de Velasco (1722-1772), auteur d'un livre encore utile, mais conçu dans un esprit un peu étroit : Los Origenes de la pocsia cnstellana (1754), ainsi que d'ouvrages d'i'rudition sur les Médailles Gothiques (1759), et d'une enquête sur les sources historiques recueillies au cours d"un voyage d'étude (1765). Il publia, en 1753, les poésies de Ténigmatique Francisco de la Torre, mais en les attribuant à Quevedo. Vers la même époque (1700\ <"asiri publiait sa liiblioteea arabico-hispano-escurialensis,
Gregorio Mayâns y Siscar, l'un des érudits les mieux informés du xviii« siècle ( 1697-1781), fit connaître, dans ses Origenes de la lengua castellana (1737), des textes précieux; le Diâlogo de la lengua, des ouvrages de Bernardo Aldrete l't du marquis de Villena, le dictionnaire de Germania, d'Hidalgo, etc. — Ses lettres latines (1732), ses Cartas eruditas 1791), ses biographies d'Antonio Agusti'n (1734), de Nicolas Antonio (1742), son Spécimen bibliothecœ hispano-majansianse 1733), montrent létendue de ses connaissances. Sa volumineuse autant que précieuse correspondance avec tous les savanis contemporains est loin d'être entièrement publiée.
La publication de textes littéraires inédits, ou la composition d'anthologies et de florilèges deviennent fréquentes à la fin du siècle. Les plus célèbres sont celles de Tomâs Antonio Sànchez Colecciôn de poesias castellanas antrriores 'il si(jlo XV. 1779-1790, 4 volumes). C'est là que l'on trouve pour la première fois le Poema del Cid, l'Alexandre, les poèmes de Berceo, de Juan Ruiz, etc. ; — de Pedro Estala, >ous le pseudonyme de Ramôn Fernândez {Colecciôn de poetns cspaùoles, 1789-1820,20 volumesl; — de l'Italien J.-B. Conti Colecciôn de poesias castellanas traducidas en verso toscano, 4 volumes, 1782); — de Juan José Lopez de Sedano
El Parnaso espanol, pûesias de los-màs célèbres poetas, 1768t778, 9 volumes), collection faite sans goût ni critique, mais utile par srs notices et la réédition de textes rares; — du Catalan Antonio de Capmany (1742-1813,1 {Teatro histôrico-o'itico de la elocuencia espunola, 1786-1794, 5 volumes), recueil de morceaux choisis des meilleurs prosateurs. — Comme Capmany le prétendit faire dans cet ouvrage, et dans la Filosofia de la elocuencia (1812 , Gregorio Garces voulut contribuer à maintenir la pureté de la langue en publiant son Fundamento del vigor // clegancia de la lengua castellana '1791;. — Les PP. Mohedanos Rafaël et Pedro Rodrîguezj, dans leurs dix volumes d'Historia literariacle Espana (1766-1791, n'avaient pu dépasser le i" siècle après Jésus-Christ. — Rodrîguez de Castro (1739-1799) fournit dans sa Biblioteca espanola, continuation de Nicolas Antonio, et dans sa Habinico-espanola, en deux volumes (1781-1782), d'intéressants renseignements sur la littérature rabbinique médiévale. — Antonio Valladares lit paraître, de 1787 à 1791, son Semanario erudito, revue liUéraire dont la collection, en trente-quatre tomes, contient une foule de notices précieuses. — La Biblioteca de los mejores escritores del reinado de Carlos III, par Sempere y Guarinos ,6 volumes, de 1785 à 1789), permet d'embrasser tout le mouvement intellectuel de cette époque. Nous avons parlé plus haut (p. 394; du Tesoro del Parnaso espanol, de Quinlana.
Pour achever de donner l'idée de l'intérêt que l'on prenait alors aux questions d'érutlition et d'histoire, il faudrait mentionner les nombreuses revues ou publications périodiques qui suivirent le Diario de los iiteratos : par exemple, le Pensador, de Clavijo y Fajardo; El Censor (1781); El Correo de los ciegos (1786-1791); El Espiritu de los mejores diariûs (1787-I793j; £/ Correo literario; El Mémorial literario (1782-1808), etc. Il conviendrait aussi d'éniimérer b'S voyages de découvertes dans les archive», bibliothèques et colb'Ctions ou à travers les curiosités artistiques du pays, tels que ceux entrepris par L.-l. Vebizquez Voir ci-dessus),
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par le Jésuite Andrés Marco Burriel (1719-1762), qui fouilla surtout, en 1750 et 1752, les archives des cathédrales; — parAntonioPonziFùye de Esjiafia, 18 volumes, 1772-1794, plus 2 volumes du Viaje fuera de Espafia); — par Joaquîn et Jaime Vxllanueva ( Viaje titerario à A/s i(/lcf<ias de Espaùa, i803-l(SD2, 22 volumes) ; — par Pérez Bayer, mentionné ci-dessus, et par quelques autres. Le récit des nombreuses et vives polémiques littéraires, auxquelles nous n'avons pu que faire allusion, compléterait ce tableau de l'activité intelle.tuelle de l'époque.
La plus célèbre et la plus longue fui celle qui s'éleva, en Italie, entre plusieurs historiens de ce pays et quelquesuns des Jésuites espagnols qui s'y étaient réfugiés après leur expulsion. Il s'agissait, dans le principe, de savoir si le mauvais giu'it qui corrompit les deux littératures au xvn« siècle (.Marinisme et Gongoiisme) venait d'Italie ou d'Espagne. Mais bientôt le sujet s'élargit et embrassa l'étude comparée de ces deux littératures. Bettinelli {Risorqimento delVltalia, 1773), Tiraboschi [Storia délia letteratura italiana, 1772-1783) attaquèrent la littérature espagnole. Les PP. Serrano et Juan Andrés la défendirent (Andrés : DelVorigine, progressa e statto altuale d'ogni letteratura, 1782-1799, 9 volumes). Vannetti, Zorzi, du côté italien, Esteban Arteaga {Revoluzioni del tcatro musicale), Isia, Antonio Eximeno (1729-1808), et surtout le P. Xavier Llampillas 1731-1810), du côté espagnol, intervinrent dans la lutte. L'ouvrage de ce dernier [Saggio storico-apologetico délia letteratura-spagnuola, 6 volumes, 1778-1781), fut traduit en espagnol, dès 1782, et ohiint une grande vogue.
3. Littérature Romanesque. — Le roman, éjniisé, semble-t-il, parla surproduction de la période précédente, est manifestement en décadence. Les noms de Torres Villaroel et du P. Isla suffiront à le représenter.
Le D'- Diego Torres "Villaroel MG9G, f après 1758), dont la
vie est dt-jà un véritable roman, a laissé quinze volumes d'œuvres diverses (1794-1799). Plusieurs d'entre elles appartiennent à la littérature romanesque, la dernière, par exemple, où il raconte ses curieuses aventures personnelles [Vida... escrita por el mismo, 1743-1758) ; puis, certaines imitations de Quevedo, qui fut son auteur favori et son modèle, telles que ï Anatomia de lo vhible é invisible, -^ les Suenos morales, visiones y visitas de D. Francisco de Quevedo, — /os Desahuciados del mundo y de la i/loria [les Abandonnés du monde et de la i/loire), — El Ermitafw y Torres, en que se trata de la piedra filosofai, etc. L'auteur, professeur de mathématiques à Salamanque, nous donne de lamentables renseignements sur l'état de renseignement dans les universités espagnoles. Ce polygraphe trop peu connu, et dont le mauvais goût et les bizarreries de pensée et de style ne sont que trop manifestes, est cependant l'un de ceux qui permettraient de se rendre le mieux compte de l'état des esprits, des idées et des aspirations de la société espagnole vers le milieu du x\ui^ siècle.
Le P. Jésuite Francisco de Isla 1703-1781 1 est beaucoup plus célèbre que Torres Villaroel, et il méritesaréputation '. Ses premiers ouvrages n'ont cependant qu'une médiocre importance. Ce sont la Juventud triunfante (1727), compte rendu des fêtes de Salamanque en l'honneur des saints de la Compagnie, Louis de Gonzague et Stanislas Kostka, et le Dia grande.de Navarra 1 1746), récit pompeusement ironique des fêtes célébrées à Pampelune lors de l'avènement de Fernando VI. Mais V Histoire du fameux prédicateur Fray Gerundio, surnoinmé Zotcs'^, devait établir solidement et répandre de toutes parts la réputation de l'auteur (1758). [.e suicès du premier volume fut rapide et considérable, mais l'Inquisition, charitablement sollicitée, le mil en interdit, et le second volume ne parut qu'après que l'auteur eut été