‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 191 sur 263 · Éilit. Lidforss, Leipzig · texte numérisé non relu

Éilit. Lidforss, Leipzig

II!: p. isL\ 407

obligé de quitter rFspagne,en 1767, avec tous les membres de l'Ordre des Jésuites.

I-eln-aj/Giî/'u/if/io est surtout une satire littéraire : il montre le riilicule dont se couvraient alors certains prédicateurs emphatiques et conceptistes, d'ailleurs fort à la mode, il étale sans pitié la « barbarie de la chaire espagnole », selon l'expression de Hartzenbusch, barbarie souvent signalée déjà, et en [larticulier par Mayans dans son Orador cristiano (1 ^33) et sa lihctorica (1737). Il trace les portraits inoubliables de quelques-uns de ces rhéteurs sacrés, lance, en passant, des traits malins à l'adresse de certains ordres religieux, etrappelle les uns et les autres au bon sens, comme au sentiment de leur dignité. La satire est vive, spirituelle, amusante. Nul n'était mieux en mesure que le P. Isla de l'écrire, car il voyait de près un mal dont il avait souffert lui-même au début, et les six volumes de Sermons, qu'il devait laisser et qui furent imprimés en 1792-1793, établissent du moins sa parfaite compétence. Mais, je le répète, cette satire n'est qu'une parodie littéraire, tandis que le Do)i. Quichotte, auquel on est naturellement tenté de la comparer, dépasse singulièrement le but immédiat que visait l'auteur. Malgré tout, ce roman est à peu près le seul de son l'poque que l'on puisse encore lire, et il est resté populaire. — Le poème satirique Cicéron (vers 1775), dont certains fragments seuls ont été publiés ', roulait sur des sujets très divers et consliluait une suite de digressions et de satires littéraires ou morales, qui sont la partie essentielle de l'œuvre. Ce n'est guère qu'une traduction libre de l'italien Giancarlo Passeroni, dont le Cicérone, qui ne comptait pas moins de cent un chants, avait paru en 175.5. Les douze mille vers de l'adaptation espagnole ne dépassent point le dix-huitième mois de la vie du futur orateur l'omain. — Les trois Cartas de Juan de la Encina, écrites à Ségovie, en 1732, contre un malheureux cliiruigien, le D"" ("-armona, émule des Sangrado et d^s

1. Pur li. Gaudeuu, Esaai sur l'ruy Gerundio, Paris, Ib'JU, aux p. 029-339.

408 LE NK0-CLASSIC1SME. — LA PHOSK

Cuchillo du GU Blas, s'efforçaient en vain de faire contre les médecins ce que \eFray (iennidio devait faire conlie les mauvais prédicateurs. Mais les médecins eurent la vie plus dure que les moines.

Le P. Isla, qui avait un goût déclaré pour la myslificalion, avait écrit une traduction du GU Blas, de Lesage, lequel, selon lui, était un simple plagiat. Il prétendait dans cette traduction, qui ne pai^ut qu'en 1783, après sa mort, restituer « l'original à sa langue primitive ». Cette prétention fondée sur une allégation calomnieuse de Voltaire, suscita de longues polémiques. Isla n'a réussi qu"à montrer combien notre GU blas, d'ailleurs si français d'esprit et de tour, avait habilement profité de tous les emprunts faits par l'auteur aux romans picaresques espagnols. Le mérite de la traduction est d'ailleurs certain, et le GU Blas espagnol est loutà fait digne de Fray Gert/Hf/Zo, son cousin germain. Car le Fray Gemndio est le dernier, et le plus inattendu, des nombreux avatars du roman picaresque, que l'on ne s'attendait pas, malgré le précédent du Donado hablador, à voir finir dans un couvent, ni monter dans la chaire. — Nous regretterions de ne point signaler ici les six volumes de Carias famUiares laissées par Isla (1785-1790) : elles forment en effet l'un des plus intéressants recueils epistolairesde toute la littérature. Elles font honneur à leur signataire.

Le P. de Montengon, confrère d'Isla et exilé comme lui, s'inspira à la fois de Fénelon et de Rousseau dans ses romans pédagogiques, VEusebio (1786-1787) et ÏEiidoxia (1793). C'est en prose également qu'il écrivit deux poèmes, VAntenor (1788) et le Rodrigo (1793). Mais des curieux seuls auront l'idée d'exhumer cette littérature morte, dont la valeur est purement documentaire.

Page 1