PÉRIODE ROMANTIQUE
Espagne une influence non moins imporlante que dans les autres pays étrangers. — En Allemagne, la gloire de Schiller, mort en 1803, était encore intacte ; celle di' Goethe devait aller toujours grandissant jusqu'à sa mort fl832). Mais linfluence de l'Allemagne sur l'Espagne ne se produisit que plus tard. C'est plutôt l'Allemagne qui alors s'occupe, avec une sympathique admiration, de la littérature espagnole, où elle croit retrouver quelques-uns des principes du romantisme moderne. Elle n'est point fâchée d'ailleurs de l'ériger en rivale de la trop glorieuse littérature française : Calderôn la vengera de Racine.
Les émigrés, de retour en Espagne, y rapportèrent une foule d'idées nouvelles. Ils furent le levain de la nation, les traducteurs, les commentaltnirs désignés des œuvres étrangères. Grâce à eux, les idées littéraires de la bourgeoisie, non moins que ses idées politiques, se moditîèreni rapidement. Très classique au début du siècle, elle devint en grande partie romantique vers 1830, non d'ailleurs sans protestations. }\ous avons caractérisé suflisamment ses idées philosophiques : ajoutons que, dans la deuxième partie du règne de Fernando VII, on note un retour timide au spiritualisme sous l'iniluence des Français La Romiguière et Royer-Collard, en attendant Cousin et Jouffroy, ou sous celle des Ecossais Thomas Reid et Dugald-Stewart. En politique, cette classe moyenne est franchement libérale. C'est chez elle et dans l'armée que les sociétés secrètes firent le plus de recrues. La Franc-Maçonnerie du rite écossais avait l'-té introduite dans la Péninsule dès Feriiando VL Elle se développa énormément sous la domination française. En 1822, les Comiineros y Vengadores de Juan de Padilla comptent dix mille affiliés. Les Carbonari italiens ont des tentas à Barcelone et à Valence. Les modérés ont la Société des Amigos de la Constituciôn ou Anilleros.
Enfin, la Révolution a donné naissance à deux genres nouveaux, ou peu llorissants jusque-là dans la littérature : 1° l'éloquence fiarlementaire. pendant la guerre de l'Indépendance et le tricnnium libéral de 1820-182:5. Les noms
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principaux sont, parmi les libéraux, ceux de Argiielles [El Ditino), Alcalâ Galiano, Mùnoz Terrero, le tluc de Rivas, Isturiz; parmi les modérés, Toreno, Marlinez de la Rosa, Gareli: parmi les exaltados, Romero Alpuente, Moreno Guerra; — 2" la presse politique, qui fleurit d'abord en 1812 : El Robcfipierve espanol. El Duende de los Cafés, El Concit^o (de Sânchez Rarbero , puis, de 1820 à 1823 : El Imparcial de Burgos, La Miacelnnca, El Vniversal, El Censor (de Hermosilla, Minano et Lista) ; — sans compter les pamphlets, comme les Carlas^ del pobrecito holgaziin, de Mifiano, les Fraternas, les satires et le dictionnaire burlesque de Bartolomé Gallardo.
Tel était, dans ses grandes lignes, l'étal du pays lorsque, à peu près en même temps, le régime constitutionnel et le romantisme s'implantèrent définitivement de l'autre côté des Pyrénées. La lutte entre le passé et l'avenir devait être plus vive et plus longue sur le terrain politique; c'est elle qui donne quelque intérêt à ce monotone jeu de bascule ministérielle qui commença à fonctionner alors, à l'instar de l'Angleterre. La régence de Maria Crislina inaugura une ère nouvelle. La réouverture des Universités, fermées depuis 1830, la création de l'Ecole normale d'instituteurs et des écoles primaires, grâce surtout à la propagande d'un grand citoyen, Pablo Montesino, la suppression des ordres monastiques en 1835, la réorganisation de l'Enseignement secondaire en 184.j, par Gil de Zârate et le marquis de Pidal, d'autres réformes ou créations dans l'Enseignement supérieur, de 18i-0 à 1850, sont des faits autrement importants que les révolutions de palais ou les misérables intrigues ministérielles. Au point de vue littéraire, la période qui comprend à peu près le second tiers du siècle reçoit la qualification de romantique, parce que le romantisme fut le fait significatif, mais il va de soi que cette étiquette ne saurait convenir indistinctement à toutes les œuvres parues entre ces deux dates. En réalité, beaucoup se réolament de principes ditTérents, sinon opposés : il semble bien même que l'enthousiasme avec lequel la jeu-