‹ Précis d'histoire de la littérature espagnoleChapitre 195 sur 263 · CHAPITRE PREMIER DÉBUTS DU ROMANTISME. - POÉSIE LYRIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER DÉBUTS DU ROMANTISME. - POÉSIE LYRIQUE

2. La transition. — Francisco de Paula Martînez de la Rosa (1787-1862), homme d'Etat et premier ministre, marque à merveille, comme écrivain, la transition entre les deux écoles. 11 y a deux parts dans son œuvre ', la classique et la romantique, et comme l'auteur était avant tout et partout un moderado, un juste milieu, il cherchait d'instinct une conciliation, il adoucissait les exagérations des uns t-t des autres. Ses poésies de jeunesse, son poème de Sarai/oft^e (1809), ses épîtres morales, sa tragédie de la Viiula de Pa(/t7/a (1814), celle de Morai/ma (1818), et même sa Poética Espanola, œuvre longtemps célèbre et d'ailleurs distinguée (1827), sont encore conformes aux canons classiques, ainsi que sa remarquable tragédie d'Œdlpc. Mais l'approche des temps nouveaux se fait déjà sentir dans ses romans, assez médiocres, de Doua Isabcl de Solis et de Pérez del Pulgar, imitations de Walter Scott, et avec plus de force dans les deux drames de Aben Humeya (représenté à Paris, en français, en 1830, puis traduit par l'auteur), et dans la Co7ijuration de Venise (1834), qui ne sont plus du tout des tragédies selon la formule ancienne, mais de vrais drames romantiques en prose, avec de nombreux personnages, avec le mélange du tragique et du comique, et l'emploi de la fameuse « couleur locale », en un mot, tous les ingrédients recommandés. Ces nouveautés furent présentées et

1. Obras complétas (t. XWlli-XXX'.l des Majores Aiitores espanoies). — ObraSf Paris, Didot, 5 vol.

•4IH im'-hiodk KoMANiioi i:. — i'(>î;siE

jusliliées par M;utînez de la Uosa lui-même, dans ses Apiintcs sobre cl draina hislùrico, sorte de manifesle, fort ililTérenl de La Poclica, mais où l'on retrouve toutefois l'ordinaire modération de l'auteur. <> La verdacl esta en un justo medio », telle était, en littérature, comme d'ailleurs en politique, sa conclusion ordinaire. Dans la comédie, il suit simplement les traditions de Moratin qui, malgré son classicisme, reste, dans le domaine comique, le maître toujours écouté. La iiina en casa y la madrc en la mascara, bien supérieure à Lo que pitede un empleo, est une satire amusante de certains travers sociaux.

3. La poésie lyrique. — Avec Martinez de la Rosa nous entrons dans le romantisme. Nous y sommes pleinement avec José de Espronceda M808-1842) ', écolier indiscipliné, conspirateur au sortir du collège, prisonnier en 1824, puis exilé à Gibraltar, à Lisbonne, à Londres, à Paris. Il fait le coup de feu avec les insurgés des Journées de Juillet, avec les guerrilleros de Chapalangara; il ne tint pas à lui qu'il ne le fit avec les Polonais soulevés; Ame de révolté, ardente, généreuse, imagination de poète, émancipée de toute entrave et de tout frein, même de celui de la morale. Le Pelayo, son poème de jeunesse, ne compte guère. Ses poésies lyriques, réunies et publiées eu 1840, abordent tous les sujets et prennent tous les tons. On y trouve des méditations poétiques (A la Nuit, Au Soleil), des chansons, pittoresques et romanesques {Le Pirate, le Cosaque, le Mendiant, le Condamné à mort, le Bourreau), des chants bachiques (A Jarifa), des sujets historiques {Torrijos, Joaquin de Pablo, Messénienne, A la Patrie opprimée). Les influences de Byron, de Lamartine, de Victor Hugo, de Déranger, de G. Delavigne sont évidentes. Il y a de tout dans ce pot pourri.

Page 1